[ENTRETIEN] Jean Deydier, directeur de WeTechCare et d'Emmaüs Connect

[ENTRETIEN] Jean Deydier, directeur de WeTechCare et d'Emmaüs Connect
C’est pour sortir les plus démunis de la précarité numérique que Jean Deydier s’est pleinement engagé dans l’aventure d’Emmaüs Connect, association qu’il a créée. Et pour démultiplier l’action d’Emmaüs Connect il vient de créer WeTechCare. La nouvelle association met en place des outils d’aide à la recherche d’emploi et d’acquisition de compétences numériques de base.


Quel parcours vous a conduit à créer WeTechCare ?

J’ai travaillé pendant une vingtaine d’années dans l’informatique et en particulier dans le software. Je m’intéresse et travaille depuis une dizaine d’années sur les sujets d’innovation sociale. Partant de l’idée que nous avons un seul monde, mais très segmenté j’ai perçu la nécessité de le décloisonner. Engagé il y a six ans comme bénévole chez Emmaüs Défi dont j’ai assuré plus tard la présidence j’ai ensuite pris dix-huit mois de congé sabbatique pour réfléchir à mon projet. J’étais entraîné par un ami Charles-Edouard Vincent qui avait fait un changement de carrière radical et me suis finalement engagé depuis quatre ans à temps plein dans la problématique de la précarité numérique. 

Parce que la connexion numérique n’est plus une option. Elle est obligatoire pour la protection sociale comme pour un parcours chez Pôle Emploi par exemple. Elle est vitale en particulier pour les plus fragiles et les personnes isolées.  Raison pour laquelle j’ai créé il y a trois ans et demi Emmaüs Connect que je dirige. Avec un projet global: équiper les personnes, leur faire faire les premiers pas, leur donner un bagage numérique minimum. 

Mais je me suis aperçu qu’il fallait aussi s’adresser au monde de l’accompagnement qui n’avait pas du tout anticipé cette évolution alors que le numérique est aussi un outil de productivité permettant de faire plus avec moins.

Face à cette vague de besoins, nous avons souhaité changer d’échelle et faire profiter les 5 millions de personnes en précarité numérique et sociale de l’expérience des 20 000 accueillies chez Emmaüs Défi. En créant WeTechCare nous voulons démultiplier les capacités d’accompagnement des personnes fragiles dans l’acquisition de leur autonomie numérique. 

 

Quel est le mode de fonctionnement de WeTechCare ?

Nous proposons des parcours d’insertion en ligne aux acteurs et réseaux de l’action sociale, aux services publics et aux collectivités territoriales afin d’agir plus, mieux et ensemble pour mettre le public visé en capacité de s’insérer dans la société et l’économie. 

Les publics fragiles ne feront pas leur transition numérique sans que ceux qui les accompagnent aient fait eux-mêmes leur transition. 

Aussi nous voulons transmettre notre ingénierie de projets, notre veille, nos études et notre force de conseil aux acteurs économiques qui font la transition numérique des publics fragiles. D’où les ateliers de soutien aux services clés, les appels massifs au bénévolat permettant en quelque dix minutes de progresser sensiblement. 

Premier service développé CLICNJOB, plateforme web et mobile dédiée à l’insertion professionnelle des millions de jeunes éloignés de l’emploi en France. Nous avons fait le constat que les jeunes utilisent le numérique pour tout ce qui est ludique, mais très peu pour les démarches liées à l’insertion professionnelle. Des vidéos, des quizz, des exercices sont mis à disposition par des jeunes pour des jeunes. Ce sont aussi des outils mis au service des structures d’insertion et facilitant l’ interaction aidants/aidés, mais aussi entre pairs.

Nous sommes en train de créer la plateforme « Les Bons Clics » pour rapprocher les services en ligne de ceux qui en ont le plus besoin. Celle-ci propose des modules de formation sur les compétences numériques de base et des formations appliquées aux services clés comme acheter moins cher, trouver un emploi, faire des démarches.

 

Quelle est votre vision de l’évolution du mécénat ?

Le mécénat porté par les fondations d’entreprise se développe de plus en plus avec une forte envie d’être acteur. Et les organisations se concentrent sur un ou deux thèmes en lien avec leurs métiers. 

Le dialogue entre les structures qui financent les projets est aussi en développement avec une volonté d’entrainement (mécénat de compétences) et de co-construction permise par le développement des réseaux. 

Le mécénat est aussi de plus en plus un laboratoire social et c’est typique dans le monde du numérique. En gros, les financeurs commencent à percevoir la valeur de l’innovation sociale et c’est très positif.

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