[ENTRETIEN] François Afif Benthanane, directeur fondateur de Zup de Co

[ENTRETIEN] François Afif Benthanane, directeur fondateur de Zup de Co
Pour François Benthanane, l’échec scolaire n’est pas une fatalité, mais le résultat d’une absence d’accompagnement des enfants après l’école. Ayant lui-même réussi à échapper à cette spirale, il accompagne depuis plus de dix ans les enfants des collèges sur le chemin de la réussite avec Zup de Co. C’est la plus-value sociale qui le motive.


Comment vous est venue l’idée de créer Zup de Co ?

Je le dis souvent, je suis un pur produit de l’échec scolaire et je n’ai jamais eu mon baccalauréat. J’ai été élevé dans un environnement modeste d’un quartier populaire pas vraiment stimulant intellectuellement. On trouve d’ailleurs seulement 5% des enfants d’ouvriers de ma génération dans les grandes écoles. Adolescent, je préférais accompagner mon père sur les marchés, ce qui me donnait une certaine autonomie financière, plutôt que me pencher sur mes études. À vingt ans je suis parti faire carrière à Paris où je suis devenu le meilleur vendeur en porte-à-porte, puis commercial pour finalement prendre la direction commerciale d’une société informatique. J’ai créé en 1991 ma première entreprise dans le domaine de la publicité, une entreprise innovante dont l’activité a débouché sur le data-mining.

Cela m’a permis d’intégrer en 1996 le programme Challenge+ d’HEC. J’ai alors découvert une grande école et tout de suite pensé que si on me l’avait montrée gamin, cela m’aurait stimulé.

Se sont ouverts pour moi les chemins des possibles. Depuis ce moment je suis en effet resté convaincu que faire visiter les grandes écoles aux élèves, c’est leur donner les moyens de se demander comment faire pour y entrer.

Après avoir géré ma boîte pendant dix ans, j’ai fait une parenthèse sociale et mené une étude de deux ans pour trouver les moyens d’éradiquer l’échec scolaire, étude qui a abouti à la création de Zup de Co en mars 2005.

 

Comment fonctionne l’association et avec quels moyens ?

Nous avons commencé par accompagner des enfants des collèges de Cergy et Nanterre ayant entre 6 et 9 de moyenne, avec un tutorat de 1h30  par semaine dans leur établissement scolaire. Dans tout ce que j’entreprends je mets en place des moyens de mesure et efficacité, aussi nous nous sommes vite rendu compte que notre accompagnement ne changeait pas grand-chose, car il était trop court.

Il a donc été décidé que l’accompagnement se ferait sur quatre ans et non plus sur une seule année. Avec un objectif clair : les devoirs à l’école pas à la maison. Logique puisque personne ne peut aider ces enfants chez eux. Aujourd’hui les équipes de Zup de Co accompagnent 2 000 jeunes dans une dizaine de départements en France. Nous avons dans nos équipes un responsable secteur, un coordinateur gérant en lien avec un collège et une personne qui manage les jeunes engagés en service civique chez Zup de Co.

Avec le temps le monde associatif s’est professionnalisé et les enseignants nous font confiance parce qu’ils savent que nous sommes très carrés.

Notre métier : identifier les jeunes en difficulté, mettre en place des outils de mesure, agir en conséquence.

En 2016, 2 200 enfants ont été accompagnés dans 45 collèges tous les soirs. L’idée est une personne en face de chaque enfant, soit 2 000 étudiants et 200 jeunes en service civique.

Nous menons ce travail en partenariat avec les mairies, les caisses d’allocations familiales, les départements, mais aussi des entreprises qui nous soutiennent comme Microsoft depuis le début ou encore le programme Lire et faire lire d’Alexandre Jardin.

En dehors du tutorat, clé de voûte de notre dispositif, nous avons mis en œuvre des programmes de stimulation avec visite des grandes écoles ou de lieux culturels. Sans compter le travail que nous faisons avec la Web@cadémie en partenariat avec Epitech.

Notre intranet gère toute notre action (mesure d’assiduité, note moyenne/moyenne de la classe, mail de compte rendu…). Le but étant de faire gagner des points pour leur faire décrocher le brevet.

La mesure de l’action au quotidien est essentielle dans notre système et nous allons d’ailleurs lancer en ce début d’année des outils d’évaluation. Nos partenaires verront ainsi en temps réel l’action de Zup de Co dans leur région.

Il y a 80 000 collégiens et 80 000 élèves en primaire qu’il faudrait accompagner. Mais seulement 700 000 professeurs pour 12 millions d’élèves. Ils ne peuvent pas régler le problème eux-mêmes. D’autant que le maillon faible c’est le cadre après école.

L’enjeu est pourtant de taille, y compris d’un point de vue financier. 140 000 enfants sortent du système scolaire sans diplôme chaque année, cela coûte 32 milliards d’euros à la collectivité sur vingt ans. Consacrer ne serait-ce qu’un % de ce montant à ce sujet réduirait l’échec….mais aussi la facture.

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