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La France s’engage pour l’enseignement du français aux réfugiés

La France s’engage pour l’enseignement du français aux réfugiés
Fraîchement lauréate de La France s’engage, l’école Thot est une réponse innovante à l’accueil des réfugiés et des demandeurs d’asile. Elle leur apprend la langue française de manière structurée, pragmatique, diplômante, et fondamentalement humaine.


Engagement solidaire et force de conviction

Judith Aquien et Héloïse Niot se rencontrent alors qu’elles sont bénévoles dans les campements parisiens de migrants. Elles aident ces derniers à vivre au mieux leur condition, en l’occurrence celle de l’exil et d’une attente permanente, sans possibilité de sortir du campement. Pourtant, la plupart d’entre eux avaient une situation établie dans leur pays d’origine. Ils souhaitent désormais construire un nouveau projet de vie en France.

Mais pour pouvoir accéder à une formation ou à un emploi, l’apprentissage de la langue française est une étape de première nécessité. Judith Aquien raconte : « La demande d’asile est tellement longue aujourd’hui que les gens se retrouvent dans un sas où il ne se passe rien. Une fois qu’ils sont projetés dans leur statut, ils n’ont plus certaines aides, même sommaires, et n’ont même pas encore appris la langue. »

Designer et fille d’universitaires, la jeune femme se met en quête d’une structure capable de leur inculquer le français avec une pédagogie solide, abordable et débouchant sur un diplôme reconnu. Sans succès. L’idée de Thot, une école dédiée à l’apprentissage du français pour les réfugiés et les demandeurs d’asile, fait son chemin. Elle sera fondée sur une méthode pédagogique adaptée et une équipe de professeurs pérenne, justement payée, parlant si possible l’une des langues maternelles des migrants. « On est très agiles, c’est naturel chez nous de faire appel aux réseaux, assure Judith Aquien, désormais à la tête de l’association qu’elle a co-fondée avec Héloïse Niot et Jennifer Leblond. On a mobilisé toutes nos compétences professionnelles, toute notre ardeur. On avait une énorme conviction et on a foncé ».

En octobre 2015, Thot ouvre un appel au crowdfunding pour financer sa première session, parrainée par le chanteur Abdel Malik. Première victoire : en 35 jours, le projet récolte 66 000 euros. Le formulaire d’inscription est immédiatement ouvert. Seconde victoire : les places se remplissent en une seule journée. La deuxième session battra ce record, l’abaissant à seulement six heures. L’Alliance Française propose alors d’accueillir Thot dans ses murs, lui procurant un meilleur espace de travail.

16 semaines, 160 heures de français… et bien plus encore

La plupart des réfugiés et des demandeurs d’asile accueillis sur les bancs de Thot ont une scolarité succincte. Ils n’ont pas « appris à apprendre », comme le souligne Judith Aquien. Une pédagogie spécifique s’impose. Basée sur des mises en situation, elle entre dans le quotidien pour en extraire des apprentissages. Par exemple : aller acheter du pain à la boulangerie, c’est apprendre un champ lexical donné, mais aussi l’argent, le vocabulaire de la transaction, etc.

Innovante, la méthode fait ainsi coïncider plusieurs points d’accès vers le langage. L’apprentissage en est plus fluide et les étudiants se l’approprient plus naturellement. Toutes les deux semaines, une intervenante de Pôle Emploi anime une session d’insertion professionnelle. Les étudiants y découvrent le fonctionnement du marché de l’emploi. Ils apprennent à valoriser leur parcours, créer un CV, choisir une formation ou un emploi.

Pour appuyer cette approche empirique, Thot organise des sorties culturelles. Et depuis que l’école est hébergée par l’Alliance Française, les étudiants peuvent participer à tous les moments de convivialité proposés. Ils sont donc mélangés à d’autres étudiants, de diverses nationalités, avec qui le français est la seule langue commune possible.

En complément, Thot propose chaque semaine des ateliers artistiques : le dessin, le chant, le théâtre sont autant de langages alternatifs pour encourager l’expression de soi. Et pour que chacun puisse se délester du trauma de l’exil, une psychologue est présente pour ceux qui le souhaitent. « Pas un seul de nos étudiants n’a pas vu un proche mourir sous ses yeux. On essaye de l’oublier souvent pour continuer notre travail, mais ce sont des parcours tragiques », rappelle Judith Aquien. Les étudiants peuvent également faire appel à une assistante sociale ou à une aide juridique pour les épauler dans leurs démarches.

Un diplôme à vie et des résultats « époustouflants »

À la fin de la session de 16 semaines, les étudiants obtiennent un diplôme d’État, le DILF (Diplôme Initial en Langue Française) ou le DELF (Diplôme d’Etudes en Langue Française), selon leur niveau de maîtrise. Un précieux sésame valable sans limitation de durée, partout dans le monde. C’est donc un acquis, même si leur demande d’asile n’aboutit pas.

Et les résultats ne se font pas attendre. « Pour la première session, on a eu 93% de réussite, explique, avec le sourire, Judith Aquien. C’est une vraie fierté de voir que le dispositif qu’on a mis en place fonctionne. » Certains ont continué l’apprentissage du français au palier supérieur, d’autres ont trouvé un emploi, voire une équivalence à l’université. « Deux de nos étudiants n’avaient jamais tenu un stylo de leur vie, avoue la responsable de l’association. Ils ont appris à lire, à écrire, à s’exprimer parfaitement en français. Ils ont obtenu entre 70 et 78 sur 100 au DILF. C’est énorme ! »

Prendre de l’ampleur grâce à La France s’engage

Récemment désigné lauréat de la sixième promotion du dispositif La France s’engage, Thot a désormais vocation à devenir une structure officielle de Français Langue Etrangère (FLE) pour les réfugiés et les demandeurs d’asile, validée par l’État.

Pour cela, la priorité est de pérenniser l’action existante : « L’enjeu absolument primordial est de stabiliser notre activité, reconnaît Judith Aquien. Nous voulons être sûrs de pouvoir continuer notre travail session après session, selon le calendrier fixé. » La labellisation La France s’engage permettra aussi de rémunérer l’équipe dirigeante, pour ancrer solidement chacun des postes clés : si l’un des membres souhaite se consacrer à un autre projet, son job doit être transmissible clés en mains.

Ensuite, Thot souhaite gagner en autonomie en multipliant les sources de financements. Là encore, le label est une étape nécessaire : « La France s’engage va accélérer les choses vis-à-vis des fondations d’entreprises, avoue sa créatrice. Cela nous permettra de lever des fonds et d’ouvrir rapidement plus de classes. ». Avec en ligne de mire, un essaimage en régions : « Notre projet à plus long terme est d’exister ailleurs en France. On a déjà beaucoup de demandes. »

Le coup de génie final du projet ? Il donne un dynamisme nouveau à l’emploi des professeurs de FLE, métier précaire où les enseignants connaissent des difficultés de débouchés. Décidément, Thot est à tous points de vue une école d’intérêt général.

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