[HORS FRONTIÈRES] Éducation Financière: Lafayette, nous voilà !

[HORS FRONTIÈRES] Éducation Financière: Lafayette, nous voilà !
Chaque mois carenews.com vous invite à voyager pour découvrir les us et coutumes du mécénat, du fundraising, de la philanthropie et des innovations au service de l'intérêt général hors de nos frontières. Une chronique mensuelle pour s'inspirer et s'améliorer en France avec un regard ouvert vers l'extérieur. Aujourd’hui aller-retour express entre la France et les États-Unis pour un regard croisé sur l’éducation financière.


Financial Literacy : 200 ans d’histoire américaine

 

Toutes les perplexités, les confusions et les angoisses de l’Amérique ne proviennent pas de problèmes issus de la constitution ou de la confédération [mais bien plus] d’une ignorance pure et simple de la nature de la monnaie du crédit et de leur circulation." Ces mots sont de John Adams, Vice-président des États-Unis d’Amérique à l’époque où il écrit ces lignes (et 2d président du pays quelques années plus tard). Si les États-Unis sont alors un pays jeune, âgé de 11 ans, l’un de ses plus hauts responsables met déjà en avant le besoin d’éducation de la population aux questions financières. Dans le même esprit, la loi Smith-Lever votée en 1914 institue un système de partage des connaissances relatives à l’agriculture et à “ l’économie de la maison ”, qui existe toujours aujourd’hui.

 

Cette dynamique d’éducation du public aux questions financières se poursuit depuis avec la mise en place de nombreux programmes tout au long des périodes de prospérité et des crises que va traverser le pays au cours du 20e siècle. De façon générale, l’absence d’un système de retraite au niveau national oblige les citoyens américains à rechercher un conseil sur ces questions et à se former à la finance indique Guillaume Piard de la fintech Nalo. De fait, les employés qui se voient offrir une formation à ces questions sont plus nombreux à ouvrir un compte épargne retraite. Les turbulences rencontrées par les systèmes publics d’assurance en France l’amènent aujourd’hui “ à un tournant dans sa façon de gérer son épargne ”.

 

En France : les acteurs de l’intérêt général en éclaireur

 

Le problème semble aujourd’hui si vaste que l’OCDE a démarré en 2003 un programme intergouvernemental avec pour objectif de dégager des axes structurants pour une politique d’éducation financière. Les acteurs de l’intérêt général, dont certains travaillaient déjà sur ces sujets embraient rapidement : Cresus, créée à l’origine pour répondre aux problématiques de surendettement existe depuis 2004, l’Association Nationale des Porteurs Français de Valeurs Mobilières est devenue l’Institut pour l’Éducation Financière du Public en 2006 et la Fédération bancaire française a lancé son programme Les Clés de la Banque en 2011. Finance et Pédagogie, créé par la Fédération nationale des Caisses d’Épargne travaille également sur ce sujet depuis 1957. Les fondations ne sont pas en reste. Par exemple,  la Fondation Société Générale pour la Solidarité agit depuis 2013, en France et à l’international, sur ces sujets, notamment via le mécénat de compétences. Mais les besoins sont toujours là : 85% des Français n’ont pas bénéficié d’éducation budgétaire et financière au cours de leur vie. Or, 43% d’entre eux ont ressenti le besoin de recevoir ce type d’enseignement et 89% des dossiers de surendettement impliquent un crédit revolving (Étude CSA/Cresus 2009).

 

En France, c’est justement en 2013 que le ministre de l’Économie et des Finances entame les consultations qui aboutissent, en décembre 2016, à la création du Comité national de l’éducation financière. Plusieurs actions ont d’ores et déjà été lancées et notamment un site internet dédié : https://www.mesquestionsdargent.fr

 

Des limites de l’éducation financière

 

Si le fait de mieux maîtriser les notions économiques de base ne peut être que bénéfique, l’éducation financière se heurte à des problèmes plus larges. L’un des principaux problèmes identifiés par C.Pretsch, est le luxe d’information disponible sur le sujet. Professionnel de la finance de Pittsburgh, engagé pour l’éducation financière au niveau local via le CFA (une association de professionnels de la finance), il pointe pourtant qu’un investisseur mieux informé est un meilleur client. Par-delà les questions d’information et d’enseignement, la question comportementale est centrale. En effet, comme pour un régime, une éducation financière, même de qualité, ne garantit pas un changement des habitudes.

 

Le problème de l’éducation financière touche toutes les classes d’âge et toutes les couches de la population. Pour permettre à chaque individu de prendre les meilleures décisions pour lui et les siens, la mise en place d’une “ stratégie nationale d’éducation financière ”, pilotée par la Banque de France, déclinée en milieu scolaire et via 53 Points Conseils Budget actuellement expérimentés dans quatre régions, est à l’évidence un pas en avant. Ces Points Conseils Budgets seront en partie gérés par des associations comme la Fondation Agir contre l'Exclusion et l'UDAF.

 

À noter que ces programmes ne partent pas de zéro. En effet, malgré une prise de conscience récente, les étudiants français réalisent un score comparable à celui des étudiants américains à l’étude PISA de l’OCDE. Gageons que cette initiative permettra d’améliorer ce score, malgré un démarrage plus tardif, et qu’elle apprendra beaucoup du travail réalisé aux USA pour aider chacun à mieux gérer ses finances, ses dépenses… et ses dons !

 

 

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