[HORS-FRONTIÈRES] Quand les associations entrent en fusion

[HORS-FRONTIÈRES] Quand les associations entrent en fusion
La thématique des fusions et acquisitions est bien connue du monde de l’entreprise. En revanche, ce moyen de grandir et d’élargir le champ d’action reste encore peu utilisé par le troisième secteur. Plusieurs cas sont apparus au cours des dernières années et ce notamment chez nos voisins anglo-saxons. Qui sont ces associations qui fusionnent, pourquoi le font-elles et avec quels résultats ?


Un phénomène encore rare, mais émergent

Si les fusions d’associations existent depuis un certain temps, on aurait cependant tort de penser que ce type de démarche est habituelle. De fait, les différentes études conduites sur le sujet aux USA ne permettent pas de dire que le phénomène est en progression. Si l’étude publiée au printemps 2014 dans l’excellente Standford Social Innovation Review a permis de montrer qu’il y a effectivement davantage de fusions d’associations ces dernières années, cela serait en majeure partie dû à l’augmentation du nombre global d’associations. En valeur relative, le nombre de fusions est même en recul dans l’un des états audités (comme la Floride).

On a longtemps cru que la crise économique de la fin des années 2000 allait agir comme un accélérateur. De fait, il semble que ce soit d’abord les difficultés financières qui amènent les associations à vouloir se rapprocher même si l’urgence est apparemment mauvaise conseillère : les fusions intervenant en dehors d’un contexte économique tendu donnent les meilleurs résultats.

 

Fusion entre associations et plus si affinités

Parmi les cas les plus intéressants se trouve celui de l’Arizona Children Association (AzCA). Depuis 1998, celle-ci a réalisé 7 fusions et a ainsi multiplié par 2 le nombre de ses bénéficiaires, diminué de 40% ses coûts et triplé sa surface financière. Au Royaume-Uni, Housing and Care 21 (H21) une association qui propose des soins et logements aux séniors a réalisé une opération complexe en achetant Claimar, une entreprise de soins à domicile pour séniors. Enfin, Crittenton Women est issu de la fusion de deux organisations travaillant sur la question de droit des femmes. La première était spécialisée dans l’accueil et le soutien opérationnel, la seconde dans la recherche et l’advocacy. En Australie, ce sont deux associations du domaine de l’éducation qui ont fusionné suite à leur rencontre via l’un de leurs donateurs.

 

Obstacles et barrières

Malgré les réussites évoquées plus haut, plusieurs éléments font régulièrement échouer les tentatives de fusion. En premier lieu, la méconnaissance ou la méfiance envers ces dernières est patente. Si 20% des associations interrogées par l’étude de citée plus haut indiquent considérer les fusions comme un élément de leur stratégie, seuls 7% de ces organisations avaient déjà réalisé une fusion.

 

Parmi les cas marquants (mais positifs), celui de Rare et de Nature Conservancy : la première est une association qui a pour but l’engagement des communautés locales dans les projets de conservation de la biodiversité, la seconde est une association historique de préservation de la nature via des méthodes plus classiques. Pour la première, rejoindre NC était avant tout l’occasion de changer d’échelle. Elle aurait ainsi été en capacité de déployer ses méthodologies auprès de communautés plus nombreuses partout dans le monde. De son côté, Nature Conservancy pouvait ajouter une autre corde à son arc et mieux intégrer les communautés vivant à proximité des projets qu’elle met en œuvre. Après avoir entamé les démarches, les deux associations ont préféré continuer à travailler en partenariat plutôt que de se marier.

La question du coût de telles opérations émerge souvent dans les parutions que nous avons pu lire. De ce point de vue aussi les choses commencent à bouger, un fonds dédié aux USA ayant vu son budget passer de 1,4 à 5,3 millions de dollars en 8 ans.

 

Outil de management et de réussite de la mission

Si les fusions d’associations peuvent être une bonne idée, il semble que le principal écueil soit émotionnel. En effet, ce sont principalement les membres du CA, le management de l’association ou la question du nom du futur ensemble qui posent problème. De fait, il apparaît que plusieurs personnes confondent l’organisation à laquelle ils appartiennent avec sa mission propre. “Ils ne peuvent pas séparer ces deux entités pour se concentrer sur la façon dont ils pourraient créer un impact plus important en modifiant l'organisation”, indique Mme Babcock de Crittenton Women (un ensemble de vidéo sur ce sujet ici). Certains passent par-delà ce problème, la fusion entre Mobilize.org et Generation Engage ayant abouti à l’utilisation du nom du premier pour les deux ONGs.

 

Si les fusions semblent se développer, celles-ci restent marginales. Gageons que les associations ne manqueront pas de regarder ce moyen comme un outil d’efficacité pour leur bénéficiaires et d’impact de leur action.

 

 

 

Du côté français, signalons que la loi ESS prévoit plusieurs dispositions pour la fusion des associations. Par ailleurs, France Active a réalisé un court guide sur les différentes formes de collaboration et/ou de fusion entre acteurs de l’intérêt général.

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