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[MÉCÉNAT CULTUREL] Velux et les musées parisiens, et la lumière fut

[MÉCÉNAT CULTUREL] Velux et les musées parisiens, et la lumière fut
Bernard Hasquenoph, fondateur de Louvre pour tous, signe pour carenews.com une rubrique mensuelle. À travers des chroniques étudiant quelques cas d'études de mécénat culturel, Bernard Hasquenoph retrace l'historique des relations entre de grandes marques, souvent du luxe, et les institutions culturelles françaises. Croisant les problématiques de la philanthropie, du marketing, de l'image, du financement, du parrainage... ses récits sont au coeur d'une spécificité bien française, celle du mécénat culturel traditionnel, devenu nécessaire et omniprésent, parfois sans le dire, dans les musées, établissements publics, opéras, théâtres... Aujourd'hui, lumière sur le mécénat de Velux au Grand Palais et au Palais de la Découverte à Paris.




Redonner au Palais d’Antin « la générosité de son éclairage naturel », tel est le but des récents travaux de restauration menés sur sa verrière. Le bâtiment, oeuvre de l’architecte Albert Thomas, constitue la partie ouest du Grand Palais inauguré en 1900. Nommé ainsi parce que donnant originellement sur l’avenue d’Antin devenue depuis Franklin-D.-Roosevelt, il est plus connu sous l’appellation de Palais de la découverte depuis qu’en 1937, cet espace novateur de vulgarisation scientifique fut pérennisé devant le succès qu'il remporta à l'Exposition Internationale des Arts et Techniques. Depuis 2009, l’institution octogénaire est réunie avec la Cité des sciences et de l'industrie dans Universciences, établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) placé sous la tutelle des ministres de la culture et de la recherche. « L’état particulièrement critique de ses toitures a nécessité un démarrage anticipé des travaux de restauration de cette partie du monument » indiquait en 2015 le Grand Palais, quand un lifting général de près de 500 millions d’euros est prévu de 2020 à 2024. A la création du Palais d’Antin, l’électricité existait déjà mais il était encore d’usage de privilégier l’éclairage naturel pour les lieux d’exposition. Albert Thomas développa une technique savante pour filtrer et diffuser la lumière, dispositif partiellement obstrué depuis.

Le Palais de la découverte pouvait-il rêver mieux comme mécène que l’entreprise Velux qui, depuis 75 ans - quasi le même âge -, se donne pour mission « d’améliorer le cadre de vie grâce à l’entrée de lumière naturelle et d’air frais par le toit » ? Un mécénat en symbiose avec son identité. Né au Danemark, le groupe commercialise ses fameuses fenêtres de toit à pivot, invention révolutionnaire de l’ingénieur Villum Kann Rasmussen, son fondateur. Un tel succès que Velux - contraction des mots ventilation et lux pour lumière en latin - fait partie du cercle VIP des marques dont le nom leur échappe pour entrer dans le langage courant, ce qui en général, profitant à la concurrence, ne les enchante guère. Cela ne doit pas trop inquiéter Velux qui détiendrait « environ 75% du marché » mondial de la fenêtre de toit. Statutairement aussi, le groupe fut innovant. Pour conserver son indépendance, la maison mère est détenue par deux fondations d’utilité publique toujours entre les mains de la famille Rasmussen. « Quand Velux gagne plus que ce qu'elle doit réinvestir pour satisfaire ses clients, elle verse une grande partie de cet argent aux fondations, qui le redistribuent au profit de leurs oeuvres, dans les sciences, l'environnement, l'action sociale ou la culture », expliquait en début d’année son directeur au journal Les Échos. Depuis leur création, plus d’un milliard d'euros y a été consacré !

En France, au saupoudrage, la marque préfère des actions de mécénat ciblées et exclusives. Outre le soutien à une dizaine de projets sociaux et environnementaux, ses fondations ne se sont investies, avec celle du Grand Palais pour 850 000 euros, que dans cinq opérations culturelles en quinze ans, chacune délivrant un message au sujet duquel la marque communique en toute transparence - c'est le cas de le dire - , ce qui est plutôt rare. En 2001, Velux apporta 214 000 euros pour la rénovation du parlement de Bretagne - « région propice au développement de la fenêtre de toit » - dont la charpente s’était effondrée dans un incendie. En 2002, elle offrait 229 000 euros pour la restauration du Jubé de la chapelle Saint-Fiacre au Faouët, rendant ainsi  « hommage au savoir-faire des artisans et valoris[ant] l’exceptionnelle longévité du bois », matériau principal de ses propres produits. En 2006, don de 200 000 euros pour la rénovation du couvent de la Tourette construit par Le Corbusier, pour son « utilisation de l’éclairage naturel » et « pour marquer le partenariat tissé au fil des ans avec les architectes ». Enfin, de 2008 à 2014, Velux s’investit dans une opération hors normes, ce qui lui vaudra de recevoir la médaille de Grand Mécène du ministère de la Culture : 5 millions d’euros pour la restauration de vitraux de la Sainte-Chapelle gérée par le Centre des monuments nationaux (CMN), soit plus de la moitié de son coût. « Le choix de ce projet, expliqua l’entreprise, a été motivé par sa concordance avec les valeurs fondamentales de la marque, l’enjeu étant de redonner une nouvelle vie à ces véritables murs de lumière. » Pour l’inauguration, se pressaient ministre de la Culture, ambassadrice du Danemark, représentants français et danois de Velux... Et la lumière fut.


PS. Nos remerciements au service presse du Centre des monuments nationaux. Ni le Palais de la découverte, ni l’entreprise Velux n’ont répondu à nos sollicitations.

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