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[LU] Le mécénat culturel : « la grande illusion » ?

[LU] Le mécénat culturel : « la grande illusion » ?
Alors que le mécénat gagne du terrain et devient un levier de financement essentiel pour les institutions culturelles, ce dernier fait en même temps débat. Qualifié de « grande illusion », attaqué pour n’être qu’une « niche fiscale », accusé de nourrir un certain élitisme, la générosité des mécènes est pleinement mise à l’épreuve par un article de Dominique Adrian, dans le webzine ResMusica.


Le mécénat culturel : nouvelle « niche fiscale » ?

 

Dominique Adrian publiait, le 19 juin dernier, un article dans le webzine ResMusica pour dénoncer les dérives du mécénat culturel. Sans mâcher ses mots, il décrit le mécanisme de « niche fiscale » à l’oeuvre et rappelle que les entreprises bénéficient de 60% de réduction d’impôts (66% pour les particuliers) pour tout don réalisé. Si cette politique a fait ses preuves, boostant le mécénat en France, il n’en demeure pas moins qu’on peine parfois à considérer l’autre versant de ce dispositif incitatif. Les généreux mécènes se révélant parfois d’habiles financiers… De plus, si ces derniers apportent une bouffée d’oxygène au monde de la culture, soumis de plus en plus fréquemment à des baisses de subventions, ce n’est jamais sans contreparties. Image de marque, communication, organisation de conférences, influence sur les choix culturels des institutions, les philanthropes sont loin de s’éclipser une fois leurs dons accordés. La rédaction s’attardait notamment il y a peu sur le mariage controversé entre mécénat de luxe et musées.

Par ailleurs, à travers l’exemple de l’Opéra de Paris, Dominique Adrian souligne l’impasse de la stratégie menée par ses dirigeants. Voulant faire de « l’Opéra une marque de luxe à destination d’une clientèle haut de gamme moins sensible à Mozart qu’aux ors de Garnier », ils ne sont pas parvenus à rétablir les comptes de ce grand palais du lyrisme. Les difficultés financières sont toujours présentes malgré la générosité croissante des mécènes. Ces derniers contribuent à hauteur de 15 millions d’euros au financement du Palais Garnier, et ce sur un budget total de 200 millions d’euros. Un maigre apport, relativement aux efforts menés par les institutions culturelles pour conclure des partenariats, selon Dominique Adrian.

 

Le mécénat : amplificateur des inégalités ?

 

Au-delà des enjeux financiers, le rédacteur de ResMusica met en lumière une autre question essentielle, souvent absente du débat. Le mécénat ne nourrit-il pas une nouvelle forme d’élitisme ?   Face à l’éthique de « la culture pour tous » qui doit guider les politiques publiques, comment interpréter la communication mise en place par les institutions culturelles pour attirer les mécènes ? Souvent marquée par un « vocabulaire du privilège et de l’exclusivité », selon Dominique Adrian, elle admettrait implicitement l’acceptation de nouveaux privilèges et nouvelles formes d’élitisme. En parallèle, ce sont aussi les inégalités territoriales qui seraient renforcées par la générosité ciblée des donateurs et par l’inégale répartition des subventions de l’État . Ainsi, si Versailles ne manque pas de partenaires, nombres de monuments et de structures locales sont laissées de côté. La conclusion est claire pour Dominique Adrian : « Le mécénat est économiquement inefficace, socialement injuste, centralisé à l’excès, mais c’est l’occasion rêvée d’avoir l’occasion de faire quelque chose sans toucher au budget et sans évoquer le contenu de la politique culturelle. » Le constat est très dur et mérite d’être nuancé. Néanmoins, il introduit l’importance de l’organisation et du contrôle des modalités de financement de la culture en France. Un appel implicite au ministère en charge de cette dernière pour reprendre en main son secteur et mener une politique plus affirmée.

 

 

 

 

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