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[ON Y ÉTAIT] Séminaire AFF: Quel fundraising pour demain ?

[ON Y ÉTAIT] Séminaire AFF: Quel fundraising pour demain ?
« Quel fundraising pour demain (et après-demain) ? Des technologies et des hommes ». Tel était le thème de la conférence plénière animée par Thomas Guillochon (Hello Asso), qui s’est tenue le 20 juin 2017, dans le cadre de la 16e édition du Séminaire francophone de la collecte de fonds organisé par l’AFF (Association Française des Fundraisers.) Portant leurs regards vers le futur, Philippe Doazan (Duniya), Jean Karinthi (HAND), Arnaud Mourot (Ashoka), Domitie de Laroullière (École de la Philanthropie) et Barnabé Louche (BSF) ont partagé leur vision de l’avenir de la collecte de fonds et identifié les tendances technologiques et humaines qui impactent le secteur. Parmi celles-ci, la démocratisation des smartphones, l’intelligence artificielle, la réalité virtuelle, l’emploi des outils numériques et de nouveaux moyens de lever des fonds ou encore l’éducation à la philanthropie dès le jeune âge.


« Dans un contexte de bouleversements permanents de l’environnement (politique, juridique, social, technologique), le monde de la collecte de fonds doit embrasser la culture du changement et savoir anticiper », estime Thomas Guillochon, directeur du développement d’HelloAsso. Les usages évoluent : le renforcement de la place des smartphones ouvre la voie, au-delà du don par sms, à de nouvelles opportunités, telles que la mobilisation des donateurs via la géolocalisation ou l’utilisation de la réalité virtuelle. Les outils numériques renforcent plus que jamais la proximité entre donateurs et associations (information, échanges et dons en un clic mais aussi ultra-personnalisation des méthodologies de communication). Une « ère du collaboratif » se profile, avec le développement du « match crowdfunding » qui réunit grand public et mécènes, comme lorsqu’une entreprise abonde les dons particuliers, et la multiplication d’opérations de collecte dans lesquelles les associations se réunissent ou réunissent leurs soutiens.

 

Les nouvelles technologies révolutionnent la collecte de fonds

 

Trois technologies, déjà existantes, retiennent l’attention de Philippe Doazan, consultant de l’agence Duniya. Robots interagissant avec des humains, systèmes intelligents d’analyse du comportement ou génération de robots capables de créer de l’empathie, l’intelligence artificielle est en plein essor et peut fournir de nouveaux outils au fundraiser. Toutefois, pour éviter que les fundraisers de demain ne soient des robots, les collecteurs de fonds doivent « se réapproprier le champ des donateurs et des bénéficiaires » et renforcer l’accent sur l’humain. Rappelant que la réalité virtuelle a déjà été utilisée par des associations pour collecter des fonds (dans le jeu « Second Life » par exemple), le consultant y voit un « outil formidable pour amener la cause jusqu’au donateur, le transporter sur le terrain éloigné de l’action, le faire vibrer et lui faire ressentir la cause, indépendamment d’une relation écrite ou orale ». Évoquant le succès du fonds d’investissement DAO, qui a levé fin 2016 près de 135 millions d’euros, grâce à la technologie Blockchain, il s’interroge sur la possibilité d’utiliser ce moyen pour la collecte de fonds. Il souligne aussi le potentiel des neurosciences pour approfondir la connaissance des comportements et la segmentation des donateurs. Surtout, Philippe Doazan appelle à ne pas laisser ces nouvelles technologies au seul usage du secteur marchand et à les intégrer dans les pratiques des fundraisers, au service de l’intérêt général et de la générosité.

 

Le numérique offre aussi de nouveaux outils de financement pour accompagner le développement des associations. Dans un nombre croissant de pays, BSF fournit, grâce à l’Ideas Box (une médiathèque numérique mobile en kit), un accès à l’information, à l’éducation et à la culture, aux populations qui en sont éloignées. L’association est passée de 20 à 100 salariés en à peine deux ans. Son directeur des partenariats, Barnabé Louche, témoigne des outils innovants de levée de fonds auxquels BSF a eu recours dans un contexte budgétaire contraint : tombola numérique (Hello Asso) pour élargir la base de données,  arrondi sur salaire, dons par sms ou sur terminal de paiement, boîte à dons Common Cents, partenariat avec Gooded (dons en échange d’un temps de visionnage de publicité)…

 

Jean Karinthi, qui est membre du Conseil d’administration de SOS Méditerranée et de l’ONG HAND (Hackers Against Natural Disasters), met l’accent sur les nouvelles infrastructures et technologies qui permettent de créer un lien entre une problématique d’envergure, parfois des drames humains, et une solution rapide. Ainsi, la technologie de la collecte en ligne, avec la compagne de crowdfunding menée sur la plateforme Ulule, a permis de financer initialement SOS Méditerranée, et de sauver en mer plus de 19 000 migrants à ce jour. Autre tendance qui apporte des solutions concrètes : le « hacking citoyen », qu’il qualifie de « système immunitaire de nos sociétés technologiques », vise à déceler les failles des systèmes et à partager en open source des technologies. Au sein de l’ONG Hand, hackers et makers mettent ainsi leurs compétences en commun pour préparer les populations aux catastrophes naturelles et en réduire les effets, à travers des projets comme « Caribe Wave » (préparation des populations caribéennes aux tsunamis).

 

Utiliser le digital et la Big Data pour monétiser l’action des entreprises sociales ?

 

Structures hybrides entre associations et entreprises classiques, les entreprises sociales sont l’avenir pour Arnaud Mourot, directeur d’Ashoka Europe, qui plaide pour une accélération de leur déploiement à travers l’usage du digital et une évolution de leur modèle économique.  À cet effet, Ashoka, qui a accompagné plus de 3 300 entrepreneurs sociaux en 35 ans dans 90 pays, vient de lancer, en partenariat avec HelloAsso, un incubateur d’entreprises sociales, dont l’objectif est de les aider à définir leur impact social et une stratégie de croissance par le digital. Car, alors que l’entrepreneuriat social a un réel impact sur la collectivité, les entrepreneurs sociaux rencontrent souvent des difficultés pour lever des fonds. Selon lui, « l’innovation sociale est avant tout de l’innovation, qui a de la valeur ». Il préconise l’utilisation du bigdata pour constituer des bases sectorielles permettant de mesurer les économies réalisées par la société grâce aux entreprises sociales et pour créer des référentiels permettant d’établir l’impact social de leurs actions, de l’évaluer et de le monétiser.

 

Former les futurs citoyens engagés de demain

 

« La philanthropie est nécessaire au fonctionnement de la société. Elle n’est pas qu’une affaire de riches ou de personnes d’un certain âge », expose Domitie de Laroullière, directrice générale de L’École de la Philanthropie, dont l’objectif est  de développer l’empathie des enfants pour les inciter à devenir de futurs philanthropes actifs. Créée en 2011 par les fondations Edmond de Rotschild, elle a sensibilisé plus de 7500 enfants. Pour Domitie de Laroullière, « si les études tendent à démontrer que l’empathie est en partie innée, la philanthropie, cela s’apprend ! ». Il s’agit donc de développer la curiosité, l’ouverture d’esprit et de nourrir l’empathie des enfants dès l’âge de 9/10 ans. Ils y appréhendent le monde de l’intérêt général, réfléchissent aux besoins, et travaillent à monter ensemble un projet d’aide au profit d’une association qu’ils ont sélectionnée. De plus, le suivi des enfants engagés dans ce programme démontre un impact sur leur développement personnel, sur la confiance en soi et même sur leur santé ! En luttant contre l’individualisme et en travaillant sur le collectif et la bienveillance, l’École de la Philanthropie agit « pour que les jeunes d’aujourd’hui soient les citoyens engagés de demain. »

 

C’est à travers l’innovation et en étant porteuse de changements, que la collecte de fonds dessine son avenir.

 

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