[ON Y ÉTAIT]  Séminaire AFF : l'idée du siècle, si seulement je l'avais eue

[ON Y ÉTAIT]  Séminaire AFF : l'idée du siècle, si seulement je l'avais eue
Temps fort du Séminaire francophone de la collecte de fonds organisé par l’AFF du 20 au 22 juin 2017, la conférence IWITOT (acronyme d’« I wish I’d thought of that » ou, en français : « L’idée du siècle … Si seulement je l’avais eue ») a clos les trois jours de masterclass et d’ateliers destinés aux professionnels de la collecte de fonds et du mécénat. Présentée avec entrain par Philippe Doaza (Duniya) et Frédéric Fournier (Hopening), cette conférence, inspirée des séminaires anglo-saxons consacrés au fundraising, repose sur un principe simple : les intervenants disposent chacun de sept minutes maximum pour présenter de manière dynamique, personnalisée et souvent avec humour, l’histoire d’une campagne de collecte de fonds qui les a marqués, touchés ou inspirés, qu’ils admirent ou envient.


 

 

Emmanuelle Le Roy (Fondation FondaMental) a raconté l’histoire de la « Moonwalk », un évènement de collecte qui l’a touchée. En 1996, un groupe de femmes mené par Nina Barough fait le marathon de New York en soutien-gorge pour lever des fonds contre le cancer du sein. Quelques mois après, Nina apprend qu’elle est atteinte d’une forme très agressive de cancer du sein. En 1998, alors que de nombreuses amies veulent participer au Marathon de Londres pour récolter des fonds contre le cancer du sein, seules 25 d’entre elles peuvent s’inscrire. Elles décident alors de marcher les 42,6 kms de nuit et de passer au matin le relai aux participantes inscrites officiellement. C’est la naissance de ce marathon nocturne, marché et non couru, qui permet de récolter des fonds contre le cancer du sein, et dont tous les participants, hommes ou femmes, portent par dessus leur tenue de course un soutien gorge festif qu’ils décorent eux mêmes. En vingt ans, la Moonwalk a récolté plus de 100 millions de livres pour lutter contre le cancer du sein. Elle se décline depuis dans d’autres pays, comme l’Ecosse ou les Etats Unis.

 

Nadège Bonnisset (Antenna France) a choisi de parler, avec humour, des « no-go galas ». Le concept a été créé en 2007 par l’agence HJC pour les membres du comité d’organisation du gala de la Crohn’s and Colitis Foundation of Canada, débordés et en recherche d’innovation.  Motivés par un concours interne du meilleur collecteur, mobilisant leur réseau et s’appuyant sur des pages de collecte en ligne, les membres du comité procèdent alors à l’envoi d’un beau carton d’invitation … à ne pas venir à une soirée de gala, et à renvoyer avec un don. Pas de frais pour la tenue ou pour le transport, les invités sont incités à faire un don compte tenu des économies potentielles ainsi réalisées ! Pas de stress d’organisation d’un gros évènement non plus pour le comité ! 375 000 dollars ont été récoltés, dont 30 000 dollars auprès de sponsors du non-évènement. Cela a d’autant mieux marché que cela faisait écho à la difficulté de mobilité des bénéficiaires de la fondation, mais le principe a été repris par de nombreux autres organismes depuis.

 

Ségolène Lavernhe (UNHCR) a mis en lumière une idée qui « a permis au fundraising et à la communication de travailler main dans la main ». En 2016, le HCR du Moyen Orient a l’idée de créer une rencontre entre des réfugiés et 14 grands influenceurs (permettant d’atteindre une audience cumulée de 15 millions de personnes). Au programme : la visite d’un centre d’enregistrement et d’un centre de distribution de couvertures, la rencontre avec des réfugiés et leur famille vivant en ville ainsi que la visite du camp de réfugiés syriens de Zaatari en Jordanie, le tout retransmis via Facebook live, et relayé par les influenceurs. Les médias régionaux qui ont par ces biais eu connaissance du projet ont demandé à l’HCR pourquoi ils n’avaient pas été invités à ces trois jours. L’occasion pour le HCR de créer un message de collecte en ligne fort, sur le thème « Who likes to wait ? », faisant écho aux 2 000 familles de réfugiés sur liste d’attente. Autour d’une vraie rencontre humaine, l’idée a suscité l’intérêt des médias et a emmené tout le monde sur le terrain. Les influenceurs continuent depuis à relayer infos et histoires sur les réfugiés qu’ils ont rencontrés.

 

Max Thillaye du Boullay (Epic Foundation) a présenté le programme « NBA Cares ». Dans les années 90, les sommes en jeu dans le monde du basketball américain deviennent colossales, les joueurs n’y sont pas préparés et leurs écarts sont surmédiatisés. En 2005, une bagarre, connue depuis sous le nom « Malice at the Palace », dégénère (tout le stade se met à se battre) et défraie la chronique. La NBA décide de lutter contre l’image désastreuse de ses joueurs en créant le programme « NBA Cares », dont l’objectif est d’accompagner les joueurs dans l’expression de leur générosité. Ils suivent un séminaire de plusieurs jours pour réussir leur carrière, dans lequel la philanthropie joue un rôle central. Depuis, les 30 clubs de la NBA ont leur fondation. Elles agissent, à travers de nombreux programmes, dans 27 pays, dans les domaines de l’aide aux enfants et aux parents, de l’éducation, de la santé, et d’un mode de vie sain par le sport. Plus de 270 millions de dollars ont été levés en 12 ans et l’image des joueurs a progressé de 107 %. Une corrélation est même constatée entre les matchs gagnés et l’engagement philanthropique des joueurs. Une idée dont pourrait s’inspirer le football français, puisqu’en 2017, seuls 4 clubs professionnels sur 40 ont une fondation ?

 

Olivier Cueille (MicroDON) a partagé une campagne Facebook originale qui l’a ému et est entrée en résonnance avec son histoire familiale. Il s’agit d’une campagne de communication (et non de collecte) originale menée par l’agence DDB pendant trois mois en 2013 pour le Musée de la Grande Guerre de Meaux, afin de valoriser ses archives et collections. Elle a mis en scène et animé la page Facebook d’un personnage inventé pour l’occasion, Léon Vivien, un jeune poilu, qui y raconte la guerre des tranchées, avec photos en sépia, posts datés de 1915 et réponse des proches. Porteuse de sens et émouvante, la campagne qui exploitait les codes du réseau social a reçu près de 63 000 « j’aime » en quelques semaines seulement.

 

Emanuela Croce (CARE france) a mis en avant la campagne de Noël de Action Aid Italia sur le parrainage d’enfants, qui place les potentiels donateurs au centre. Réalisée par The Jackal, deux youtubers italiens publiant des sketchs et des parodies, la vidéo mise en ligne est originale, très drôle (elle exploite l’image de la mamma italienne qui harcèle son enfant sur What’s app), tout en étant émouvante et en délivrant le message essentiel : « Si seulement, j’avais un frère ou une sœur…», «  Pour toutes les mamans qui ont tant et tant d’amour à donner », …. Elle a reçu plus de deux millions de vues sur l’ensemble des réseaux sociaux.
 

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