Dis Flavie : Késako la Venture Philanthropy ?

Dis Flavie : Késako la Venture Philanthropy ?
Dans la lignée de l’idée que la philanthropie en France se teinte d’influence anglo-saxonne, nous nous penchons aujourd’hui sur la tendance complexe et novatrice qui va faire évoluer le secteur caritatif : la Venture Philanthropy. Non traduite en français, elle tient son nom du Venture capital, le capital-risque.


Ce mode de gestion de la philanthropie, importé du monde de la finance, a pour but l’amélioration budgétaire et une gestion plus efficace des structures . Il n’y a pas de définition unique car il s’agit d’un mode d’action et d’un ensemble de techniques. Il y a donc des Venture Philanthropies. La Venture Philanthropy ne touche pas encore tous les domaines, sans doute freinée par des résistances idéologiques et psychologiques. Elle est surtout développée dans les domaines du social et de l’humanitaire.

La VP est devenue un outil majeur en Europe.  Inconnue il y a encore une dizaine d’années, elle s’est développée depuis 5 ans. Il s’agit d’un investissement financier mais surtout de compétences. La Venture Philanthropy s’insère dans un dispositif de partenariats pluriannuels, comprenant un don de départ mais aussi des conseils sur la gestion ou les stratégies de récoltes de dons.

On peut évoquer la nécessité d’un réalisme économique du secteur non-lucratif face aux difficultés de financements et face à la crise tout particulièrement. La concurrence croissante entre institutions est aussi un facteur clé du développement de celles-ci.  Encore une fois, tout est une question d’équilibre, et les craintes de l’invasion de méthodes importées d’un milieu dit hostile à la philanthropie semblent exagérées. C’est une technique qui a des atouts certains : un accent sur les structures innovantes, des sources de revenus diversifiées et des conseils professionnels de gestion et d’investissement.

Ce qui importe c’est une pensée sur le long terme et une efficacité accrue. Si on met en parallèle les nouveaux profils de dirigeants  d’ONG et d’associations, reconvertis de la finance, de la banque ou du conseil, on finira par ne plus s’étonner que la philanthropie se donne les moyens d’utiliser les mêmes outils que les autres secteurs, lucratifs. La philanthropie se mâtine des techniques des autres secteurs, ce qui confirme son évolution depuis quelques années.  Le danger restant bien sûr l’appât de l’efficacité pour les investisseurs et les sirènes des promesses de rentabilité éclair pour les organismes non lucratifs. Et une limite plus grande encore, celle du risque de laisser de côté les projets les moins "rentables" ou prestigieux et de s’engager dans une vision très élitiste de la philanthropie.  Une question de juste mesure, donc.

Flavie Deprez

Des questions sur le mécénat, le monde associatif ou la philanthropie ? 
Toutes les semaines retrouvez les réponses de Flavie DEPREZ :

28 ans, un parcours universitaire varié - Sciences Po Lille (administration publique), Paris-Dauphine (option politique et culture), Master’s program of Cultural and Creative Industries au King’s College à Londres ... Une expérience professionnelle multiple en fundraising (Children’s Discovery Center à Londres, Lille 3000) et en politique culturelle au sein du Secrétariat général du Ministère de la culture et de la communication (chargée de mission de valorisation du patrimoine immatériel culturel) ...  Flavie a remporté l’Oscar du Mécénat Culturel Jacques Rigaud de l’Admical en 2012 avec l’entreprise Doublet, dont elle était la responsable du mécénat. 

Experte, elle accompagne aujourd'hui en tant que consultante indépendante les différents acteurs concernés dans des partenariats de mécénat aux enjeux croisés.

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