Dis Flavie : quid du mécénat en Grande-Bretagne ?

Dis Flavie : quid du mécénat en Grande-Bretagne ?
Notre système est unique au monde. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il est inspiré des systèmes étrangers, notamment de celui de nos voisins britanniques. La philanthropie est encouragée par l’Etat et organisée depuis longtemps à travers différentes structures établies.


A la différence de la France, où la référence à François Ier fait partie des clichés et teinte le mécénat d’élitisme, le mécénat y est associé aux grands donateurs particuliers et aux entreprises. On oppose souvent la vision française et la vision anglo-saxonne de la philanthropie, à la fois à tort et à raison. Alors, comment cela se passe-t-il en perfide Albion ?

En Grande Bretagne, les dons sont déduits du total imposable. Comme en France, les procédures sont différentes selon la nature du mécène. Pour un particulier, c’est en général, une déduction de 20% du don selon sa classe d’imposition. Le système du Gift Aid s’applique à tous les dons faits à une charity (à une association ou une fondation, une institution non lucrative en somme). Pour les entreprises, le système de sponsorship induit également des avantages fiscaux mais ceux-ci sont encadrés par la nature des contreparties proposées à l’entreprises (leur quantité et leur avantage pour la société).

La philosophie philanthropique est décalée par rapport à la nôtre. On n’utilise plus que très peu, outre-Manche, la traduction littérale du terme  mécénat qui est le patronage. Il est réservé à ceux qui seraient, chez nous, classés dans la catégorie des grands mécènes ou donateurs. L’exemple que j’utilise très souvent, c’est celui du British Museum. Dans l’onglet réservé au Corporate Sponsorship (donc ce qui est le plus proche chez nous du mécénat d’entreprise), il est affiché : “Our team will work with you to create a tailored package of benefits to meet your business objectives and deliver valuable return on investment.”

L’utilisation du vocabulaire est parlante : les contreparties sont des “benefits” et le mécénat est vu comme un investissement. La force des institutions britanniques, c’est de jouer à armes égales avec les entreprises. En reprenant leurs codes et en faisant de leur département de mécénat (development) une force de frappe majeure, elles sont terriblement efficaces et inscrivent dans les habitudes une philanthropie déjà ancrée dans les mœurs.

En terme de créativité comme d’efficacité, la France peut gagner à s’en inspirer. Les limites sont toujours similaires : la perte d’indépendance des institutions dont les principaux mécènes deviennent des trustees et ont un droit de regard important. Mais aussi un manque de charme certain, une professionnalisation et une concurrence intestine croissante qui minimise  la notion d’intérêt général au profit d’une course à l’efficacité et d’un parallélisme avec le secteur commercial. D’ailleurs, au Royaume-Uni, on ne dit pas « d’intérêt général », on dit non profit. Et cette différence de langage illustre de façon radicale les différences de points de vue.  

Flavie Deprez

Des questions sur le mécénat, le monde associatif ou la philanthropie ? Toutes les semaines retrouvez les réponses de Flavie DEPREZ :

28 ans, un parcours universitaire varié - Sciences Po Lille (administration publique), Paris-Dauphine (option politique et culture), Master’s program of Cultural and Creative Industries au King’s College à Londres ... Une expérience professionnelle multiple en fundraising (Children’s Discovery Center à Londres, Lille 3000) et en politique culturelle au sein du Secrétariat général du Ministère de la culture et de la communication (chargée de mission de valorisation du patrimoine immatériel culturel) ...  Flavie a remporté l’Oscar du Mécénat Culturel Jacques Rigaud de l’Admical en 2012 avec l’entreprise Doublet, dont elle était la responsable du mécénat. 

Experte, elle accompagne aujourd'hui en tant que consultante indépendante les différents acteurs concernés dans des partenariats de mécénat aux enjeux croisés.

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