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La Fondation Abbé Pierre présente son rapport annuel sur l’état du mal-logement

La Fondation Abbé Pierre présente son rapport annuel sur l’état du mal-logement
Alors que 4 millions de personnes sont toujours mal logées en France, 8,6 millions de ménages sont quant à eux concernés par le phénomène du surpeuplement, selon les chiffres de 2013. Une réalité " sous-estimée et minorée " qui concerne pourtant un nombre croissant de ménages : depuis 2006, le nombre de personnes en situation de surpeuplement dit accentué a fait un bond de 17,2 %. Appelant le gouvernement à tenir ses promesses, la Fondation Abbé Pierre en profite par ailleurs pour appuyer une nouvelle fois le modèle finlandais du " housing first ". La Finlande, qui a fait de l'accès au logement sa priorité, a réussi à réduire par cinq le nombre de sans-abri depuis 1987.


 

Nouveaux chiffres du mal-logement

Comme chaque année, la Fondation Abbé Pierre dévoile les chiffres et sa synthèse sur l’état du mal-logement en France. Quatre millions de personnes sont toujours aujourd’hui mal logées sur le territoire. Par ailleurs, 12,1 millions de personnes sont estimées en situation de fragilité par rapport au logement, souffrant de précarité à un degré moindre. Parmi les 896 000 personnes privées de logement personnel, 143 000 sont sans domicile, les autres étant pour la majeure partie en hébergement chez des tiers, mais aussi résidant en chambres d’hôtel ou en habitation de fortune. Tout aussi inquiétant, près de 2,9 millions de personnes vivent dans des conditions de logement « très difficiles », privées de confort ou en surpeuplement « accentué », privés de deux pièces par rapport à la norme du peuplement de l’Insee.

 

Le surpeuplement, un phénomène sous-estimé

La Fondation Abbé Pierre attire dans ce 23e rapport l’attention sur la question sur surpeuplement, « un phénomène en hausse de 17 % entre 2006 et 2013 », ainsi que le rappelle Christophe Robert, délégué général de la fondation. Alors que 934 000 ménages se trouvent dans une situation de surpeuplement critique, c’est le regard même porté sur le phénomène qui inquiète les spécialistes du mal-logement. En l’absence d’une définition commune partagée entre les différents acteurs du secteur, il souffre d’un manque de lisibilité, qui peut expliquer la relative indifférence avec lequel le phénomène est traité. Le surpeuplement n’épargne pourtant aucun secteur, et concerne aussi bien le parc locatif privé (ie : segment du marché immobilier qui accueille le plus de ménages en situation de surpeuplement) que les HLM ou les propriétaires. Souvent source de tabou, les conséquences qu’il entraîne sur la vie quotidienne des ménages sont aussi nombreuses que diverses : augmentation du stress et des tensions familiales, augmentation des risques sanitaires, facteur de fractures sociales et d’échec scolaire, insécurité alimentaire, menace de l’intimité...

La Fondation Abbé Pierre invite ainsi à « sortir du déni », qui consisterait à penser que le surpeuplement est un choix ou une manifestation ethnoculturelle. 66 % des ménages en situation de surpeuplement accentué souhaitent en effet déménager, c’est 30 % de plus que l’ensemble des ménages. La fondation encourage également les pouvoirs publics à activer des leviers d’intervention capables d’apporter des réponses concrètes au problème spécifique du surpeuplement. En d'autres termes, mettre en place une politique globale, soutenue par la production d’une offre de logement adaptée, prenant en compte le réel niveau de surpeuplement du territoire. Parmi les propositions de la Fondation Abbé Pierre, la construction d'habitats évolutifs, l'expérimentation du système de « pièce à la demande », mais surtout une meilleure gestion du parc HLM. Cette politique devra aussi passer par une encadrement plus serré du montant des loyers, et un élargissement des conditions d’éligibilité au Droit au logement opposable (Dalo), qui ne permettent pas pour le moment de rendre prioritaires un grand nombre de familles surpeuplées.

Le gouvernement doit tenir ses promesses

« Il est encore temps, en ce début de quinquennat, de redresser le tir et d’engager une vraie politique sociale du logement couplée à une politique, cohérente et fédératrice, de logement d’abord », conclut le rapport de la Fondation Abbé Pierre. Mettant en exergue la récente coupe par le gouvernement de 5 euros par mois des APL, entrée en vigueur en octobre dernier, la fondation, qui estime la coupe annuelle à 3,2 millions d’euros en 2020, s’interroge : veut-on vraiment en finir avec le drame des personnes sans domicile ? Les instances politiques sont-elles à côté de la plaque ? « Ca suffit, maintenant », fulminait le mois dernier la fondation dans un tweet assassin à l’encontre du secrétaire d’État chargé des relations avec le parlement, Christophe Castaner, suite à ses propos maladroits contre les sans-abri. Sans se montrer alarmiste face à l’urgence (ie : le nombre de personnes sans domicile a augmenté de 50 % entre 2001 et 2012), la fondation, consciente que le problème du mal-logement devra passer par un dialogue avec le gouvernement, appelle aujourd’hui à la réflexion autour de réponses adaptées aux situations et aux besoins des plus démunis. « Le monde associatif, comme les acteurs du logement social, regardent [l]e nouveau plan quinquennal] avec intérêt mais sans illusion excessive, voire avec une certaine méfiance. Beaucoup de réformes ont été menées par le passé, mais elles n’ont pas su à enrayer la mécanique de l’exclusion du logement, ni la fuite en avant vers l’hébergement d’urgence comme réponse principale et pourtant inadaptée au mal-logement, peut-on lire. (...) Entre critique et espoir, la Fondation est surtout à l’heure actuelle vigilante. »

 

Focus sur l’exemple finlandais

Tout en invitant au réalisme et à la prudence, la Fondation Abbé Pierre propose de s’inspirer du modèle «  housing first », mis en place par le docteur Sam Tsemberi dans les années 90. Ce programme social consiste à loger prioritairement les sans-abri présentant des pathologies mentales ou des addictions, en leur proposant directement un logement stable, en alternative aux hébergements d’urgence. En Finlande, il a permis de réduire par cinq le nombre de sans domicile en 20 ans. Depuis, le programme a été mis en place dans 13 pays de l’Union Européenne, remodelé au besoin selon les spécificités démographiques de chaque ville ou pays. « Face à une pénurie de logements abordables disponibles, chaque programme trouve des solutions dans le parc social ou le parc privé, peut-on lire dans le rapport de la Fondation. L’accompagnement peut se faire par une équipe dite ‘’volante’’ qui va vers la personne, à son domicile ou dans le lieu de son choix. Une grande exigibilité est adoptée face aux besoins, aux cycles de sa vie, aux échecs ou aux succès aussi longtemps que nécessaire. » En France, le « housing first » est représenté par le programme « Un chez soi d’abord », lancé en 2011, et qui sera étendu à 20 sites d’expérimentation d’ici 2022. Les premiers résultats sont encourageants, puisque le taux de maintien dans les logements s’élève à près de 90 %.

 

 

 

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