[ENTRETIEN] Soazig Barthélémy : développer l’entrepreneuriat féminin

[ENTRETIEN] Soazig Barthélémy : développer l’entrepreneuriat féminin
S’il progresse partout dans le monde, l’entrepreneuriat féminin se heurte à des obstacles : manque de légitimité, autocensure, taux de pérennité inférieur… . C’est pour donner aux femmes toutes les clés pour réussir leur démarche entrepreneuriale que Soazig Barthélémy a créé Empow’Her. L’association, soutenue pour son projet en Côte d’Ivoire par la Fondation Société Générale, accompagne partout dans le monde les femmes et encourage leur autonomisation. Soazig Barthélémy présente la genèse et les projets d’Empow’Her.




Quel est votre parcours  ?

 

J’ai commencé à travailler sur le sujet de l’entrepreneuriat pendant mes études de commerce et je suis allée sur le terrain à la rencontre de femmes entrepreneures, pour comprendre leurs parcours et leurs défis. En 2012, j’ai ainsi passé 6 mois dans plusieurs pays pour collecter des témoignages. L’élément récurrent des récits était qu’il existait peu de dispositifs de soutien et d’accompagnement. Cela freinait le développement de leur entreprise et leur empowerment, malgré le potentiel du projet.

Au retour de mon voyage d’études, j’ai créé l’association Empow’Her pour que les femmes disposent d’outils et d’une méthodologie pour mener leur projet entrepreneurial, mais aussi pour renforcer leur confiance en leur potentiel personnel et professionnel.

Parallèlement, j’ai commencé une carrière en tant que chargée de financement de projets d’infrastructures. Après trois années, j’ai souhaité développer et structurer Empow’Her et j’ai quitté mon emploi pour me consacrer à ce projet.

Aujourd’hui, Empow’Her agit dans une dizaine de pays et compte des bureaux en France (où sont coordonnés les programmes nationaux et européens ainsi que les activités internationales), en Côte d’Ivoire, au Niger et dernièrement au Burkina Faso. L’association compte une vingtaine de salariés. 2 500 femmes ont été accompagnées, dont 1 400 en 2018. Notre croissance s’est renforcée ces derniers mois.

 

Comment Empow’Her travaille-t-elle localement ? Comment prenez-vous en compte les différences culturelles ?

 

Les femmes entrepreneures sont toutes différentes, selon leur projet, leur milieu social, leur éducation, leur ambition… Il est donc difficile d’appliquer la même méthode à toutes. L’accompagnement proposé doit être spécifique. En Afrique de l’Ouest par exemple, certaines femmes ont besoin d’un soutien et d’une formation adéquats, mais ne savent ni lire ni écrire. Nous leur proposons un contenu oral et des outils adaptés à leurs souhaits, pour qu’elles aient toutes les clés de la réussite.

Si les contenus proposés sont différents, les concepts sont similaires, car les femmes font face à des difficultés identiques. Nous ne mettons pas seulement à disposition des éléments techniques ou une boîte à outils, nous travaillons aussi sur le développement personnel des femmes, pour qu’elles se sentent légitimes et qu’elles prennent confiance en elles. L’approche d’Empow’Her mixe donc méthodologie et empowerment. Il n’est pas question pour nous non plus d’imposer quoi que ce soit. Nous portons une attention particulière au fait que les femmes suivent volontairement nos programmes et y participent pleinement. C’est pourquoi nous demandons une contribution financière qui assure un fort taux d’engagement des participantes. De même, l’association laisse une complète liberté aux femmes sur leur choix entrepreneurial, leur domaine d’activité…

 

Vous avez développé un programme en partenariat avec la Fondation Société Générale en Côte-d’Ivoire. Pouvez-vous nous le présenter ?

 

Empow’Her est présent en Côte-d’Ivoire depuis deux ans. Nous avons en premier lieu établi un diagnostic de l’entrepreneuriat dans le pays. Premier constat : il s’avère qu’un fossé existe entre Abidjan, capitale économique, et le reste du pays. Deuxièmement, la Côte-d’Ivoire compte plus de femmes entrepreneures que d’hommes entrepreneurs, c’est le seul pays au monde qui a cette spécificité. Pour autant, il n’est reconnu que 10 % d’entrepreneuriat féminin, car une majorité de femmes exerce de manière informelle. Ce public est plus vulnérable, isolé, avec un moindre accompagnement. Notre enjeu est de proposer des services qualitatifs, accessibles dans tout le pays, notamment dans les régions rurales. Nous avons donc lancé le programme SPARK avec la Fondation Société Générale, pour encourager les femmes à entreprendre, essentiellement dans les zones géographiques isolées. La première promotion a concerné Soubré, au sud-ouest du pays. Une deuxième promotion est prévue à Abidjan et une troisième à Bouaké. Nous associons au programme les collaborateurs Société Générale de la filiale ivoirienne. Ils apportent une plus-value en partageant leur expertise et leur expérience. Plusieurs séminaires sont prévus dans les prochains mois pour une trentaine de femmes.

 

Comment envisagez-vous le développement d’Empow’Her ?

 

Nous voulons accompagner 5 000 femmes cette année, soit trois fois plus qu’en 2018. Nous pouvons atteindre cet objectif en sensibilisant des femmes éloignées des dispositifs traditionnels d’accompagnement, en zone rurale ou dans les quartiers prioritaires principalement. Nous souhaitons aussi organiser un réseau de formateurs, qui deviendront des personnes-relais et enfin imaginer un dispositif exportable dans les pays qui veulent répliquer le savoir-faire et l’expertise de l’association.

 

Est-il, selon vous, plus facile de parler d’égalité dans le monde de l’entrepreneuriat aujourd’hui ?

 

Je suis heureuse de voir un intérêt grandissant pour le sujet. Aujourd’hui, peu de fondations sont dédiées aux droits des femmes mais agissent sur ce thème via des sujets transversaux comme l’environnement, l’impact social… Pour faciliter l’égalité des chances entre tous, il est nécessaire de prendre en compte l’égalité entre les femmes et les hommes.

Je vois aussi de nombreux débats en France sur l’absence des femmes dans l’entrepreneuriat. Empow’Her veut s’affranchir du discours dominant qui propose aux femmes de s’adapter à la culture masculine du secteur. Comment prendre en compte la diversité des profils ? Cela est un enjeu pour les femmes, comme pour toutes les minorités. L’écosystème doit encore évoluer.

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