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[ENTRETIEN] Soazig Barthélémy, fondatrice et directrice d'Empow'Her

[ENTRETIEN] Soazig Barthélémy, fondatrice et directrice d'Empow'Her
Fondatrice et directrice de l'ONG Empow'Her, Soazig Barthélémy soutient l'entrepreneuriat féminin via des programmes de formation et d'accompagnement. À seulement 27 ans, elle a été classée cette année parmi les 30 entrepreneurs sociaux les plus influents d'Europe. Elle présente pour Carenews son parcours, son rôle au sein d'Empow'Her et partage son regard sur le secteur de l'intérêt général.


 

Pouvez-vous nous détailler votre parcours ?

 

J'ai grandi en Bretagne et je suis arrivée à Paris pour y faire mes études, j'ai intégré l'école de commerce ESCP Europe. Arrivée à l'école, s'est posée la question du futur et de ce que je voulais faire. Au début, je n'avais pas envisagé l'entrepreneuriat, j'étais sensible aux problématiques humanitaires et de développement économique, mais j'envisageais plutôt un parcours classique. Ma réflexion était guidée par une envie de sens, et à l'école j'ai fait une découverte : le social et l'entrepreneuriat n'étaient pas incompatibles.

J'ai profité de ma césure pour explorer un sujet qui me passionnait : l'empowerment des femmes, notamment à travers l'entrepreneuriat. J'ai pris part à un projet d'étude sur le microentrepreneuriat des femmes. Ensuite, j'ai réuni une équipe d’ami.e.s pour voyager et rencontrer ces femmes, pour récolter leur voix [le projet Women take the micro est devenu ensuite Empow'Her] . Au fil des rencontres, des problématiques "business" sont apparues. Ce sont des problématiques qui correspondent au parcours en école de commerce, on s'est alors pris au jeu du conseil (pour améliorer les résultats et l'autonomie économique).

J'ai fait un constat : l'entrepreneuriat, dans les pays en développement et émergents [ils ont voyagé au Cambodge, Sénégal, Burkina Faso et Pérou], est précaire alors que c'est une voix de survie. C'est un super moyen de sortir de la pauvreté, mais sans les outils de base il est vraiment difficile de générer de la valeur [les femmes microentrepreneurs font face aux dettes et à des pertes de ressources]. On ne pouvait évidemment pas appliquer les méthodes apprises en école de commerce de façon directe, mais on pouvait transférer et adapter nos connaissances.

Après un an de réflexion, on a monté Empow'Her début 2013, pour mettre en place des formations et des missions d'accompagnement sur le terrain auprès de femmes entrepreneures. Notre équipe était composée de bénévoles en France et de volontaires sur le terrain ; en 2015, j'ai quitté mon poste dans la banque d'investissement pour me lancer à temps plein dans l'association : l'appel de l'entrepreneuriat a été plus fort.  

 

Quel est votre rôle au sein de Empow'her ?

 

Empow'Her oeuvre à échelle internationale pour l'empowerment des femmes à travers l'entrepreneuriat. On soutient des femmes déjà actives ou qui veulent se lancer dans l'entrepreneuriat, grâce à des outils et des formations. Des programmes sont développés dans une dizaine de pays. Nous travaillons avec une logique de changement d'échelle : on lance des hubs (des structures locales, filiales de Empow'Her) qui mettent en place les activités de formation, le coworking, de l'événementiel, mais aussi des services d'accompagnement et incubation.

 

Avant nous avions un modèle économique de "tout gratuit", aujourd'hui, le modèle économique est différent, il passe par la commercialisation des services auprès des femmes. Les tarifs ont été fixés après une étude de marché, on privilégie des tarifs très bas [pour ne pas être inaccessible aux femmes très précaires] et une approche de volume. En Côte d'Ivoire par exemple, une formation coûte entre 50 et 75 centimes d'euros. Faire payer nos services, c'est impliquer les participantes.

Globalement, on est au tout début de notre développement économique, aujourd’hui on est encore sur un modèle majoritairement subventionné (99 % de mécénat et subventions), mais sur les hubs locaux, on espère 50 à 60 % d'indépendance économique après 3 ans.

Diriger Empow'her, c'est avoir au moins 3 mi-temps : je passe 50 % de mon temps à lever des fonds, 50 % à manager l'équipe, 50 % à développer notre activité internationale, je tiens à garder le lien entre la stratégie et le terrain.

 

Quel regard portez-vous sur le secteur ?

 

Je ne venais pas de ce secteur, je suis donc souvent étonnée par ce que j'y vois. Mon constat principal, c'est que c'est très difficile quand on est une petite structure sans ressource. Le mécénat, c'est un cercle vertueux : les premiers financements sont difficiles à décrocher, mais ensuite il y a un mécanisme d'entrainement. Ce cercle vertueux n'est pas que positif : il exclut parfois ceux qui ont de super idées, mais pas les bons outils pour se développer, ce qui peut aboutir sur un manque de diversité.

Mon constat quotidien, c'est que c'est un secteur qui regorge de personnes incroyables. En tant qu'entrepreneur social, on n'est pas tout seul, on est entouré de formidables partenaires, et même de mentors ! 

Il y a cependant une amélioration à apporter. Aujourd'hui, l'approche des financeurs est trop "projets", et l'ESS a aussi besoin de finances pour se structurer (RH, management, recrutement). Les bailleurs de fonds doivent investir également dans le développement des structures. 

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