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[SAGA MÉCÉNAT] LES GRANDES FONDATIONS CULTURELLES : Pinault revient

[SAGA MÉCÉNAT] LES GRANDES FONDATIONS CULTURELLES : Pinault revient
Découvrez tout au long de l'été la saga du mécénat culturel sur carenews.com. Bernard Hasquenoph, fondateur de Louvre pour tous, décrypte pour nous l'histoire des plus grandes fondations d'entreprises françaises. Le quatrième épisode présente la future fondation François Pinault à Paris.


Pour elle, c’est un coup de maître, pour lui presque un miracle. Quand en avril 2016, Anne Hidalgo annonce l’implantation de la collection d’art contemporain de François Pinault à Paris, l’une des plus importantes au monde, elle peut jubiler et se féliciter pour l'attractivité de la capitale dont elle est maire. Rosse, elle glisse dans son allocution « Moi, je ne vous aurais jamais laissé partir », faisant allusion au fiasco de la tentative d'installation, dans les annés 2000, d’un musée à Boulogne-Billancourt par le milliardaire, fondateur du groupe Kering. Après cinq ans de tractations, face aux lenteurs administratives, celui-ci avait jeté l’éponge pour s’en aller fissa à Venise où il avait ouvert consécutivement deux lieux. La honte pour la France. Cependant, loin de renier son pays, il annonçait déjà son souhait d’y revenir un jour pour « faire partager [s]a passion pour l'art ».

C’est en 2014 que, suite à l'appel à projets urbains innovants lancé par Paris pour requalifier 23 sites, Pinault, intéressé, aurait finalement jeté son dévolu sur un bâtiment hors liste : la Bourse du commerce. Un édifice atypique, circulaire - une halle au blé du XVIIIe siècle, remodelée au XIXe - , merveilleusement situé entre le Louvre et le Centre Pompidou, dans le quartier des Halles en pleine reconfiguration. C'est Anne Hidalgo qui le lui aurait proposé, lui se disant « très sensible à son enthousiasme et à son volontarisme ».

La Chambre de Commerce et d’Industrie Paris Ile-de-France (CCIR), propriétaire du bâtiment depuis que la ville le lui avait cédé en 1949 pour 1 franc symbolique, cherchait à s'en débarrasser. Trop coûteux à entretenir. Informé de son souhait «  d'y installer une activité emblématique, de visibilité internationale », l'établissement public accepta de lui revendre contre un autre, avec prise en charge du transfert de ses services. Jackpot pour la CCIR : 51 millions d'euros de plus-value ! Dès lors, la mairie pouvait envisager de louer les lieux à François Pinault, via un bail emphytéotique d’une durée de 50 ans à l’issue duquel le bâtiment reviendrait à la ville. Mais point de fondation dans la boucle puisque l'accord fut signé avec une société, la Collection Pinault-Paris, filiale d'Artemis, groupe de la famille embarquée dans l'aventure.

En échange et moyennant redevances, Pinault assumera la transformation du lieu en musée, travaux estimés à plus de 100 millions d’euros qu’il annonça confier à son architecte fétiche Tadao Ando. Reste 21 millions d’euros à la charge de la ville. C’est peu au regard de son budget annuel d'environ huit milliards d'euros, mais beaucoup quand seulement 87 millions d'euros sont consacrés sur 6 ans à la rénovation de ses quatorze musées qui disposent par ailleurs d’un petit million de budget annuel d’acquisition.

Toujours est-il que l’ouverture d’un espace de culture est une bonne nouvelle pour les Parisiens comme pour les touristes, même si cela creuse un peu plus la fracture entre la capitale, à l’offre déjà pléthorique, et la province. Rendez-vous donc fin 2018.

Bernard Hasquenoph, fondateur de Louvre pour tous

Sources : Le Monde, 10 mai 2005 & 27 avril 2016 ; Les Echos, 15 septembre 2015, 18 & 27 avril 2016 ; 2016 DU 62 - Opération Bourse de Commerce, projet de délibération par la maire de Paris et extrait du registre des délibérations du Conseil de Paris, séance des 4, 5, 6 et 7 juillet 2016.

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