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[D'AILLEURS] La Venture Philanthropy à la recherche de nouvelles frontières

[D'AILLEURS] La Venture Philanthropy à la recherche de nouvelles frontières
Près de 600 participants, issus de 49 pays différents ont assisté, les 4 et 5 novembre derniers à la Conférence Annuelle de l’European Venture Philanthropy Association (EVPA) à la Maison de la Chimie à Paris. Articulés autour du thème “Moving Beyond Boundaries”, plus de trente panels et séances plénières ont abordé cette nouvelle forme de philanthropie et son utilisation sur des sujets aussi variés que les migrations, les contrats à impact social ou la finance solidaire.


La Venture Philanthropy, un outil d’action sociale innovant

Utilisant des méthodes issues du monde de l’entreprise, la venture philanthropy (VP), pourtant largement méconnue il y a 10 ans, rassemble de plus en plus d’adeptes. Le terme venture vient de monde du capital-risque (venture capital) lequel a pour but l’apport en capital à des entreprises innovantes et/ou à fort potentiel dans l’espoir d’un retour sur investissement élevé. La venture philanthropy propose de mettre en œuvre ces méthodes d’investissement dans des projets de pointe au service du bien commun. Le corollaire en est un accompagnement souvent financièrement important, doublé d’une assistance en stratégie et ingénierie financière, le tout envisagé sur le long terme. Au-delà de méthodes nouvelles, la VP innove également du côté des bénéficiaires. En effet, les associations comme les entreprises (issues de l'Économie Sociale et Solidaire par exemple) peuvent prétendre à être des récipiendaires des fonds distribués. D’ailleurs on parle ici d’organisations d’utilité sociale comme bénéficiaires et pas d’organismes d’intérêt général.

 

Une ouverture par un exemple français : l’Epic Foundation

La conférence est ouverte par Alexandre Mars, entrepreneur français et créateur de l’Epic Foundation. Ce dernier revient sur différentes questions, ayant émergées au cours de son parcours, notamment autour de l’acte du don. Il raconte ainsi comment sa fille est venue le voir avec l’argent de la petite souris en lui disant de le donner à un autre enfant :  “ À 6 ans vous pouvez donc donner 100% de votre patrimoine en un battement de cœur. ”

Quelles sont donc les raisons qui nous empêchent de donner intelligemment, mieux et plus ? Selon lui, “ le manque de temps, de confiance et de savoir ”. La réponse apportée par l’Epic Foundation va donc en ce sens et le processus de sélection des 20 bénéficiaires 2016 (sur 1900 candidatures) s’appuie, entre autres, sur 45 points de données. Par ailleurs, la fondation va lancer une plateforme en ligne pour soutenir ses projets et pousse les entreprises à adopter un modèle de redistribution d’1% de leurs bénéfices. Signe des temps, 20% des diplômés de Stanford veulent aujourd’hui être entrepreneurs sociaux contre 1% il y a dix ans.

 

Intérêt Général vs Utilité Sociale

La VP cible donc un grand nombre d’organisations, certaines étant d’ailleurs à but lucratif. Le résultat en est une plus grande acception de ce que peuvent être les bénéficiaires de la philanthropie, en résonance forte avec les propos de Pierre Rosanvallon lors du Mécène Forum de l’Admical. L’usage de l’anglais dans les débats ainsi que ces nouveaux bénéficiaires font basculer le champ d’intervention de la philanthropie de la notion d’intérêt général à celle de finalité sociale. Ce basculement permet d’ailleurs d’adjoindre à la philanthropie un autre véhicule de financement : celui de l’investissement social. En effet, certains bailleurs de fonds ne recherchent pas uniquement un impact social à leurs actions, ils cherchent également, quoiqu’en second lieu, un retour financier. De fait, cette distinction se retrouve largement dans le contenu des différentes interventions ainsi que dans la typologie des personnes présentes : les associations et fondations côtoyaient ainsi des fonds d’investissement dédiés, des coopératives, des entreprises à but social etc. Si les deux notions ne semblent pas concurrentes, leur complémentarité permet d’ouvrir le champ d’action des philantro-investisseurs.

 

Social Purpose, Scale up, Exits… le dire dans la langue de Shakespeare

Comme dans la plupart des évènements internationaux, on parle en anglais à cette conférence. Le novice doit donc rapidement se familiariser avec les termes barbares de scale up, replication, exits etc. En effet, investir dans des projets à fort potentiel pose de nombreuses questions et en premier lieu, sur l’extension des initiatives ayant fait leurs preuves (scale-up) ou sur la reproduction de ces initiatives sur d’autres territoires ou dans d’autres pays (replication). De même, les questions de l’accompagnement des bénéficiaires à la fin du financement (exits) ou de la mesure d’impact ont été récurrentes dans les débats.

 

La VP propose donc un grand nombre d’outils et de modes d’action. Si certains semblent déjà largement utilisés, d’autres méritent certainement que l’on s’y arrête. Sans être une solution unique, ils peuvent intégrer avec profit la boîte à outils des acteurs de l’intérêt général… et au-delà.

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