[ENTRETIEN] F Bardeau, co-fondateur de l’entreprise sociale et solidaire Simplon

[ENTRETIEN] F Bardeau, co-fondateur de l’entreprise sociale et solidaire Simplon
Il a touché à plusieurs métiers avant de vraiment s’engager, mais c’est avec passion que Frédéric Bardeau assure aujourd’hui la croissance exponentielle de la fabrique solidaire de programmeurs informatiques qu’il a créée il y a quatre ans.


Quel parcours vous a mené à la création de Simplon.co ?

Mon parcours est atypique puisque j’ai commencé mes études par Sciences-Po Toulouse, puis St Cyr pour m’apercevoir que le métier de militaire ne me convenait pas. J’ai ensuite monté avec un associé une agence de communication responsable à destination des ONG, associations ou fondations. Puis je suis intervenu comme expert en numérique auprès des entreprises ayant été passionné par la révolution Internet depuis ses débuts. C’est lorsque j’enseignais sur ce thème au CELSA que des élèves sont venus me trouver il y a pile quatre ans de cela. Pour me présenter un projet qui m’a immédiatement emballé et qui est devenu , cette fabrique solidaire de programmateurs informatiques.

 

À qui Simplon.co est-il destiné et pour quoi faire ?

L’idée est inspirée des bootcamps de la Silicon Valley qui forment en quelques semaines des programmateurs informatiques parce que la demande de profils techniques est énorme. De ce côté de l’Atlantique, la transformation numérique demande aussi énormément de compétences. Nous avons donc décidé de proposer des formations gratuites de quelques mois permettant l’acquisition de compétences pointues pour trouver un job. Ce sont des formations réservées à ceux ne pouvant financer eux-mêmes des études, mais très motivés et ce quelque soit le niveau de leurs acquis au départ. Nous les rencontrons via les Missions Locales et Pôle Emploi, la presse locale, mais aussi le bouche-à-oreille qui fonctionne très bien.

Nous avons ouvert notre premier centre à Montreuil et ensuite dans une trentaine de quartiers populaires, de zones rurales et même à l’étranger. Les élèves dont l’âge moyen est de 29 ans, mais qui ont entre 17 et 55 ans passent sept heures par jour dans les centres de formation pendant six mois dans des classes de vingt-quatre élèves.

Nous avons mis quatre ans à former mille personnes et maintenant nous en formons mille par an avec nos trente écoles en propre ou en partenariat.

Côté social ce n’est pas trop difficile, nos formateurs sont salariés et les anciens élèves constituent un vivier de formateurs pour continuer à croitre.  

Côté financier, nous avons mis du temps à trouver le modèle économique et nous nous appuyons désormais sur Pôle-Emploi dans nos différentes régions d’implantation. Hors de France où nous avons aussi développé notre réseau (Roumanie, Belgique, Afrique du Sud, Côte d’Ivoire, Liban et bientôt Sénégal, Maroc, Espagne…) nous sommes davantage financés par du mécénat et des subventions, même si nous ne boudons pas ces dernières en France aussi. 

Notre modèle se développe maintenant grâce à un système proche de celui de la franchise. Nous mettons notre savoir-faire moyennant facturation à des écoles partenaires qui essaiment un peu partout sur notre modèle sans porter forcément le nom de Simplon et en adaptant notre méthode aux spécificités de leurs territoires.

 

Quelle est votre vision de l’évolution du mécénat ?

Ma vision du financement de l’intérêt général est double.

D’abord les choses ne peuvent pas rester en l’état. Le mécénat classique avec des subventions est de plus en plus difficile à trouver et certains opérateurs de l’économie sociale et solidaire ne s’en remettront pas.

Le nouvel agrément ESUS (Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale) ouvre la voie à de nouveaux financements privés, mais il n’est toujours pas possible d’émettre des reçus fiscaux et nous plaidons aussi pour que des entreprises comme les nôtres puissent accéder au mécénat en France. Un autre levier important serait l’autorisation de faire des levées de fonds pour les start-ups. 

Le mécénat est en pleine mutation, une partie de l’intérêt général étant rentable, l’autre restera à fonds perdu, mais elle doit durer quand même. Car il y a de moins en moins d’argent avec un financement public en baisse, mais de plus en plus de causes à défendre (réfugiés, SDF, maladies rares), il faudra être de plus en plus créatif. 

 

Crédit photo : Manon Riff-Sbrugnera

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