Oser l’intérêt général : le livre qui valorise l’accompagnement des associations

Oser l’intérêt général : le livre qui valorise l’accompagnement des associations
Le RAMEAU et l’ADASI présentent un ouvrage intitulé « Osez l’intérêt général ». À travers les témoignages de douze dirigeants d’associations, l’objectif est de démontrer l’importance des parcours d’accompagnements pour soutenir le développement des projets à forte utilité sociale. Si les associations sont un lieu d’innovation, elles ont souvent besoin d’aide pour accomplir leurs missions et adapter leurs stratégies à la conjecture.


Accompagner le secteur associatif 

Le RAMEAU, laboratoire de recherche appliquée sur les alliances innovantes au service du bien commun, s’applique depuis 2007 à soutenir des projets à forte utilité sociale. Charles-Benoît Heidsieck, son Président-fondateur, rappelle que « l’accompagnement du secteur associatif est un réel enjeu d’intérêt général ». Afin d’assurer pleinement les missions d’aide et de conseil, en 2015 l’association ADASI est notamment cofondée par Le Mouvement Associatif, Consult’in France, L’Avise et le RAMEAU. Cette dernière met en place des « dispositifs inédits d’accompagnement à la stratégie, adapté aux spécificités et aux besoins des projets d’intérêt général ». Derrière ces grandes structures, ce sont néanmoins des initiatives de  proximité et des témoignages de dirigeants qui apparaissent à la lecture de l’ouvrage. Structuré autour de trois chapitres, correspondant aux différentes étapes qui permettent à une idée associative de se concrétiser, le livre du RAMEAU et de l’ADASI proposent d’illustrer leur rôle d’accompagnant tout au long du processus de création et d’action. La parole est donnée à douze personnalités du secteur, parmi lesquelles Jean-Yves Montargeron (Directeur d’Alsace Active), Marie Trellu-Kane (co-fondatrice et Président d’Unis-Cité) ou encore Jean-Guy Henckel (Directeur du réseau Cocagne), afin qu’elles racontent comment s’est progressivement construit et affiné leurs projets respectifs, en lien étroit avec les organismes de conseil. Trois récits ont retenu notre attention, chacun incarnant différents moments et différentes modalités de l’aide qui peut être apportée aux dirigeants de structures dédiées à l’intérêt général.

 

Favoriser l’émergence de l’innovation sociale

Jean-Yves Montargeron a mis en place en 2012, dans le cadre d’Alsace Active, un laboratoire régional des partenariats. Convaincu de la richesse que représentent les alliances entre acteurs locaux (associations, collectivités, universités), le directeur revendique : « le soutien et l’accompagnement des acteurs de l’ESS est le coeur de notre métier. » Aujourd’hui, 107 partenariats ont été créés sur le territoire. Un bilan très positif qui n’aurait néanmoins pu voir le jour sans le RAMEAU. Jean-Yves Montargeron livre ainsi : « Les responsables de l’accompagnement passent le projet à la moulinette. Ils nous questionnent en visitant tous les wagons, en ouvrant toutes les portes des compartiments du train. Un balayage à 360 degrés qui donne le tournis mais qui permet in vivo de souligner les aspects qui manquent de clarté, de mettre en lumière les incohérences. » Une belle métaphore pour illustrer le travail concret effectué par ces conseillers, qui proposent « une regard extérieur pour avancer dans la bonne direction. »

 

Considérer le développement d’un projet structurant l’intérêt général

Autre problématique à laquelle sont confrontées de nombreuses structures : comment se développer sans « perdre son âme », en restant fidèle à ses racines ? Une question qui s’est révélée cruciale pour Unis-Cité, la première association en France ayant imaginé un service civique. Marie Trellu-Kane, qui en est la co-fondatrice et présidente, raconte comment d’un dispositif minoritaire, financé par les entreprises et les collectivités, le service civique est devenu l’objet de véritables politiques publiques, à partir de 2010 sous l’action de Martin Hirsh. Il n’a cessé depuis de se renforcer. François Hollande avait notamment annoncé, dans les derniers mois de son mandat, un budget de plus d’1 milliard d’euros en 2018 pour étendre cet engagement citoyen (contre seulement 300 millions en 2015). Si le signal est pleinement positif pour Unis-Cité qui voit son objectif atteint, l’association se retrouve, du même coup, confronté à d’autres questionnements. Marie Trellu-Kane confie : «  Le but que nous nous étions fixé semble atteint. L’existence d’Unis-Cité a-t-elle toujours du sens ? Et si oui quel doit être notre rôle ? ». Le RAMEAU s’est, à nouveau, révélé être un partenaire clé pour accompagner l’évolution du projet et ouvrir un nouvel horizon, résumé en ces termes par sa présidente « Trouver notre place dans l’écosystème naissant du service civique que nous avions fait émerger, et travailler les complémentarités avec le dispositif national. » Par ailleurs, Unis-Cité poursuit son combat pour l’idée d’une jeunesse amenée à s’engager « naturellement » et pour laquelle le service civique ne serait plus une option, mais bien un passage obligé de sa formation citoyenne. 

 

Réinventer la stratégie d’une association qui a changé l’écosystème 

Si le titre du chapitre est ambitieux, la réalité l’est tout autant. Le monde associatif contribue souvent à impacter durablement le secteur au sein duquel il intervient. Par conséquent, comment se réinventer, se réadapter à l’écosystème ? C’est tout l’enjeu de cette dernière partie de l’ouvrage, qui s’incarne parfaitement à travers l’exemple des mutations du célèbre réseau Cocagne. Au point de départ, un premier jardin, imaginé en 1991, à vocation d’insertion sociale et professionnelle et destiné à promouvoir l’agriculture biologique. Le concept est simple : proposer aux particuliers un panier de fruits et légumes qu’ils paient d’avance, avec en échange, une promesse de qualité quant aux aliments proposés et l’accomplissement d’un geste citoyen finançant indirectement des solutions pour répondre à la croissance du chômage. Pour l’époque le projet est novateur mais n’a que peu de visibilité. Un dépêche AFP va changer radicalement la donne. L’engouement pour ce type d’exploitations maraîchères devient national et rapidement, plusieurs jardins fleurissent sur le territoire. En 1999, un réseau associatif voit le jour pour coordonner ces derniers.

Cependant après une phase d’expansion significative, le réseau Cocagne est victime de la conjecture : baisse des subventions des collectivités, développement de la concurrence et baisse de la demande locale, montée en flèche du nombre de chômeurs. Comment faire face et perpétuer l’action de l’association ? Jean-Guy Henckel, directeur du réseau Cocagne, a sollicité l’aide d’experts du RAMEAU afin qu’ils réfléchissent ensemble à d’autres méthodes de financements et au développement de nouveaux projets. Bilan ? « Le réseau Cocagne s’appuie désormais sur trois piliers. Le groupe, centre névralgique de la gouvernance et de la gestion, s’est doté d’un véhicule d’investissement sous forme de Société en Commandite par Actions (Cocagne investissement) permettant de capitaliser l’investissement solidaire des citoyens et des finances institutionnels et d’un fonds de dotation (Cocagne don) pour percevoir les dons des particuliers et des sociétés. » Les fonds obtenus permettent de faire vivre l’ensemble des jardins du territoire français, actuellement au nombre de 101, mais aussi d’autres structures telles que des restaurations d’insertion. Par ailleurs, de nouveaux partenariats ont été conclus avec des entreprises pour assurer des débouchés aux jardiniers en insertion chez Cocagne. Enfin, dernier grande initiative lancée, « Maison Cocagne », qui se veut être un laboratoire de recherche pour réfléchir au jardin responsable de demain.

 

Une opportunité pour permettre le dynamisme associatif ?

À travers les différents récits, se dévoilent un monde associatif dynamique et entreprenant mais qui témoigne souvent d’une nécessité d’être assisté. Si les idées et l’enthousiasme des responsables du secteur ne manquent pas, ces derniers peuvent avoir besoin d’être épaulés ou guidés dans leurs missions. La collaboration entre le RAMEAU et l’ADASI met pleinement en lumière cette réalité et nous invite à considérer les dispositifs d’accompagnements comme un véritable levier pour pérenniser le dynamisme associatif et pour permettre au maximum de projets de s’accomplir. Concilier innovation, engagement, efficacité et stabilité, ce sont donc les promesses de « l’accompagnement des associations » pour oser l’aventure de l’intérêt général. 

 

« Osez l’intérêt général » 
Publication par Éditions du Net, collection La Fonda 
Réalisation des entretiens et des récits : Sébastien Poulet-Goffard
Contributeurs ADASI : Caroline Germain, Coralie Pelletret
Contributeurs Le RAMEAU : Charles Benoît Heidsieck, Marie Jourhault, Suzanne Menyengue
Secrétariat de rédaction : Malika Souyah, Gilles Vanderpooten
Illustrations : Caroline Motte

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