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[ÉCLAIRAGE] Comment l'éducation est-elle financée par les entreprises ?

[ÉCLAIRAGE] Comment l'éducation est-elle financée par les entreprises ?
Datant de la fin des années 80, l'implication du secteur privé (des entreprises) dans les thématiques de l'éducation a plusieurs visages. Sous l'angle du financement de l'éducation par le mécanisme de mécénat, les chiffres et les programmes sont plus complexes qu'on aurait pu le croire. Le manque de cohérence des rares chiffres et les multiples actions placées sous la bannière "éducation" rendent les pistes brouillées, mais révèlent néanmoins un engagement sincère et important de la part des entreprises et de leurs fondations et fonds de dotation. 


Des collaborations d'abord timides entre mécènes et Éducation nationale

 

Si on se penche sur l'aspect historique pour mettre le sujet en perspective, on retrouve des problématiques (et des critiques) qui persistent encore aujourd'hui, à une échelle moindre cependant. Arthur Gautier, Executive Director & Researcher de la chaire philanthropie de l'ESSEC Business School, nous explique : " Quand les entreprises ont commencé à faire du mécénat dans les années 70/80, il s'agissait de mécénat culturel (musée, expositions, achat d'oeuvres d'art etc.). C'est seulement au milieu, voire à la fin des années 80, à l'initiative notamment de Claude Bébéar (Axa) que les entreprises se sont engagées sur des sujets sociétaux (et non plus uniquement culturels). Avant, les chefs d'entreprises ne se sentaient pas légitimes sur ce sujet, car c'était le domaine réservé de l'Éducation nationale. Il y avait entre les 2 mondes une grande étanchéité : méfiance des enseignants d'un côté et malaise des entreprises de l'autre. De plus, les problèmes dont on parle aujourd'hui n'étaient pas si visibles.  

Aujourd'hui, de plus en plus d'entreprises affichent leur soutien à l'éducation et des groupements de mécènes se sont mis en place. On peut citer l'Alliance pour l'éducation ou Agir pour l'école (qui est aussi une initiative de Claude Bébéar). Aujourd'hui, les entreprises s'emparent du sujet car le décrochage scolaire augmente et on est face à la faillite d'une certaine école, celle qui parvenait à instruire également tous les jeunes citoyens. Face à ces difficultés, les entreprises se sentent légitimes pour financer des projets autour de l'école et de l'échec scolaire." Pourtant, certaines critiques subsistent, " comme sur Mediapart et dans d'autres médias classés à gauche, car certains redoutent de voir l'entreprise capitaliste pénétrer davantage encore l'enceinte de l'école publique, livrant l'éducation au monde marchand."

 

L'éducation, thème majoritairement choisi par les fondations et entreprises mécènes

 

Comme pour beaucoup de sujets touchant au mécénat, il est difficile de trouver des chiffres précis sur les budgets alloués à l'éducation par les fondations et fonds de dotations, ou directement par les entreprises mécènes.

Selon Le panorama des fondations et fonds de dotation des entreprises mécènes 2016 (Les entreprises pour la Cité x EY), l'éducation est le domaine de prédilection d'intervention pour les mécènes. En effet, les 3 domaines d’intervention privilégiés par les fondations et fonds de dotation sont : l'éducation (58 %), l'action sociale (49 %) et l'insertion professionnelle (43 %).

Selon le panorama, l'éducation, "positionnée sur la troisième marche du podium en 2014" est devenue en 2016 "le champ d’intervention prioritaire des structures mécènes (58 %, +12 points)." 

Selon le Baromètre de l'Admical, en date lui aussi de 2016, l'éducation est choisie par 11 % des entreprises mécènes (diminution par rapport au baromètre précédent) , l’éducation recueille 14 % du budget du mécénat d’entreprise, soit environ 490 millions d’euros [le budget du ministère de l'Éducation nationale est d'environ 50 milliards]. Selon cette étude, l’éducation est nettement plus choisie par les ETI/GE (57 %) que les PME (15 %) et les TPE (8 %).

Le problème des chiffres du mécénat de l'éducation, explique Arthur Gautier, concerne à plus large échelle les chiffres du don qui sont difficiles à obtenir, et pas uniquement en France. Le bémol majeur, c'est que les chiffres ne proviennent pas de relevés, mais d'enquêtes. De plus, il n'y a pas de définition très stricte et sur la base du déclaratif, on peut recouper son éducation des réalités différentes. Il est vrai qu'avec tous ces chiffres, on comprend vite que la difficulté de l'exercice c'est de trouver ce qui est rassemblé sous le champ de l'éducation : soutien aux établissements scolaires, aux associations d'encadrement et d'accompagnement, aux programmes d'apprentissage ou de lutte contre le décrochage scolaire  ? 

 

Une étude détaillée du CFF permet de cerner un peu plus ce sujet. L'étude, état des lieux de 2015 consacré aux fonds et fondations agissant pour l'éducation en France (0-16 ans) explique : "Enjeu central de la société française, l’éducation des enfants et des jeunes (0-16 ans) est le domaine d’élection de nombreux fonds et fondations – estimés à 500, soit 12 % du secteur philanthropique." 

On y trouve également un éclairage géographique : "les enfants bénéficiant de ces initiatives vivent principalement en milieu urbain. Les territoires ruraux sont peu couverts et des disparités régionales apparaissent." Ce que l'étude met également en valeur, c'est que le soutien  apparaît principalement de façon curative, plus que préventive, à rebours des besoins : " bien que les études de l’OCDE montrent la nécessité d’un accompagnement des enfants dès le plus jeune âge, les fonds et fondations n’interviennent en très grande majorité qu’à partir du collège et des premiers signes de décrochage – avec souvent un suivi jusqu’à l’âge adulte."

 

L'éducation est donc un axe revendiqué par de nombreuses fondations, qu'il soit majeur ou s'insère dans mécénat croisé (ou dans des programmes aux angles divers). On peut citer par exemple la Fondation HSBC pour l'éducation (le nom n'exige pas d'explications) ou la Fondation Groupe SNCF qui revendique 3 axes d'interventions : éducation, culture et solidarité. La Fondation Groupe ADP dont le fer de lance est l'illettrisme est également engagée sur cette voie. La Fondation PSG a créé sa propre école. Il y a aussi les autres membres des deux groupements de mécènes pour l'éducation. Ceux de l'Alliance pour l'éducation (présidée cette année par ADP) : Fondation Groupe France Télévisions, Fondation Groupe RATP, Fondation HSBC pour l"éducation, Fondation Groupe RATP, Safran, Groupe Caisse de dépôts, Fondation Deloitte, Fondation Manpower s'accomplir, Imerys, Fondation Total. Ainsi que les membres d'Agir pour l'école : Axa, Eurazeo, Groupe Dassault, Ardian, Agir pour l'insertion dans l'industrie (Union des industries et métiers de la métallurgie) et les fondations HSBC pour l'éducation, Société Générale, Total, La Financière de l'Échiquier. 

À tout cela, il faut ajouter les fondations dont les axes sont proches, comme la Fondation Société Générale qui agit pour l'insertion (et par conséquent pour l'éducation des jeunes) ou encore les fondations d'entreprise qui se mobilisent pour la formation. Ou les fondations engagées pour la jeunesse (comme la Fondation Auchan pour la jeunesse).

L'herbe est-elle plus verte ailleurs ? Arthur Gautier nous explique que les chiffres sont très variés d'un pays à l'autre. Il s'appuie sur Giving in Europe: the state of research on giving in 20 European countries* pour nous citer quelques exemples. En Belgique (2013), seuls 4 % des entreprises mécènes belges financent l'éducation (les causes principales y sont : culture, solidarité et sport) et aux Pays-Bas (2013) 6 %. Au contraire, en Allemagne (2012), 37 % des entreprises mécènes sont engagés dans l'éducation. Et encore mieux en Suède, avec la nuance que l'éducation est, dans l'étude, englobée dans la cause "enfance et jeunesse" : 67 % des entreprises mécènes la choisissent. 

 

Repenser l'impact des dispositifs

 

Impossible de citer tous les mécènes et tous les acteurs, mais l'éducation est, sans doute possible, un sujet dont se sont saisies les entreprises, avec une volonté d'agir réelle. Pourtant, les résultats sont parfois encore décevants et les inégalités persistent, ce qui interroge donc sur la coordination avec les pouvoirs publics, et sur l'efficacité (l'impact) et l'importance des moyens offerts par le mécénat. Il ne s'agit pas de blâmer les mécènes ou la générosité, mais de continuer à s'interroger jusqu'à ce qu'on trouve la solution. Devant une crise de cette importance, il faut vraiment faire travailler les acteurs ensemble et surtout, ne pas prendre les pansements budgétaires offerts par le mécénat pour des solutions miracles, mais insérer celui-ci dans un dispositif à l'échelle nationale pour que l'école demeure un idéal et une réalité. 

 

 

 

 

 

*B. Hoolwerf & T. N. M. Schuyt (Eds.), Amsterdam: ERNOP.

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