[RÉFUGIÉS] [CNJ9] Abd Al Malik, parrain de l'association Thot

[RÉFUGIÉS] [CNJ9] Abd Al Malik, parrain de l'association Thot
Abd Al Malik a été révélé au grand public par Gibraltar, album iconique sorti il y a dix ans. Depuis, l'artiste défend sa singularité et le dialogue par des écrits souvent, des films parfois et toujours la musique. Les Autres, pour Abd Al Malik, n'est pas qu'une chanson phare, ce sont ceux qui nourrissent sa réflexion. Les autres donc, et l'humanité qu'il cite souvent, sont le cœur de ses prises de positions et de son engagement pour l'éducation, la culture, l'environnement. Ainsi, il est depuis un an le parrain de Thot, une école de français associative gratuite et diplômante à destination des réfugiés et demandeurs d’asile.


 

Il vient de rentrer d'Argentine. Un voyage pour aller présenter ses œuvres au festival international de films Cinemigrante. Les organisateurs du festival qui se battent pour la cause des migrants l'ont invité à rencontrer des réfugiés d'origines diverses, des prisonniers qui malgré 20 ans d'univers carcéral étudient et écrivent. Il en revient "plein d'espoir", et marqué par le contraste entre extrêmes richesses et pauvretés qui se côtoient à Buenos Aires.  

Pour Abd Al Malik, la réponse à la question des réfugiés est double. On le verra plus tard, tout est complexe chez cet artiste aux talents multiples, à la fois auteur, compositeur, réalisateur, chanteur, philosophe et chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres. Double donc, parce qu'il y a un contraste entre l'accueil médiatique et le bruit qu'on fait sur la question migratoire, et la réalité, où il a l'impression que peu de choses significatives sont faites. Pourtant, "on pourrait accueillir plus ; la France a une responsabilité historique, et c'est un pays qui a plus de moyens et bien moins de conflits que d'autres", souligne-t-il.

 

" L'indignation ne peut pas être un métier, c'est quelque chose qui doit tenir aux tripes, de façon humaine"

 

La problématique migratoire, c'est "LA problématique de notre époque". Cette crise migratoire que connaît l'Europe est pour le chanteur la conséquence mais aussi la cause d'autres crises politiques, diplomatiques, terroristes : tout est lié, et pour lutter, "il n'y a pas de petites actions".  

 

Il parsème d'ailleurs son chemin de petites actions, et dit avoir à cœur d'approfondir ses connaissances et de rencontrer de “vraies” gens. De faire les choses réellement, au-delà des apparences : "l'autre maladie de notre époque, c'est l'engagement médiatique sans le savoir. L'indignation ne peut pas être un métier, c'est quelque chose qui doit tenir aux tripes, de façon humaine et citoyenne. On a une responsabilité en tant que Français. Tout ce que porte notre culture est humaniste et nous donne des devoirs. On ne peut pas parler des grandes figures intellectuelles françaises, ne rien faire, et briller dans les salons."

 

"Je ne me considère pas comme quelqu'un d'engagé, j'ai une attitude normale, citoyenne"

 

Sa responsabilité, c'est de s’interroger tous les jours pour savoir comment être utile et comment sensibiliser. Ainsi, dès qu'une association lui demande un peu d'aide, il s'engage "naturellement", Même s’il n'aime pas le terme "engagé". Il insiste : "je ne me considère pas comme quelqu'un d'engagé, j'ai une attitude normale, citoyenne."  Il utilise son métier pour soutenir quelques organismes caritatifs, pour servir de "haut-parleur". Il aide de petites associations à gagner en lumière, en parle dans les médias et les aide à obtenir des financements.

 

"Le projet Thot était une évidence"

 

Ses priorités personnelles, son histoire et ses convictions le poussent à donner de la lumière à ceux qui "font partie des solutions", les associations et les personnes qui agissent sur l'éducation, en priorité, et sur la culture. Les projets qui touchent à l'illettrisme sont, pour lui, des causes à défendre absolument : " on existe dans la société par rapport à notre culture, à notre parole, aux mots qu'on a dans notre besace."  

 

C'est ainsi qu'il a rencontré Thot. Contacté par Judith Aquien, la fondatrice de l'association Thot, il a accepté tout de suite : "le projet Thot était une évidence, c'est [sa] conception d'un début de solution." Pour Abd Al Malik, l'éducation est la clé de tout, pour tout le monde, et surtout pour les populations stigmatisées (les populations de périphérie, de banlieues, exclues). Il a aidé l'association qui avait besoin de visibilité. Et dit apprécier particulièrement les moments où il peut échanger avec les bénéficiaires et l'équipe de l'association, lors de la remise des diplômes par exemple [Thot offre des formations diplômantes].  

 

Il aide aussi Bibliothèques Sans Frontières, une ONG qui agit surtout lors de situations de crise ou dans les camps de réfugiés, en déployant des Ideas Box [médiathèques en kit transportables qui se déploient en 30 minutes[J1] ].

 

" Le changement doit être réel "

 

Il n'aime pas trop mettre les causes dans des cases, il insiste : tout est lié. C'est pour cela qu'il travaille aussi sur la sensibilisation du grand public à l'écologie et à la déforestation : comment être plus vert ? Toutes les actions comptent, il faut être éduqué personnellement pour être efficace, même à petite échelle. La partie médiatique de l'engagement est pour Abd Al Malik la partie visible de l'iceberg : "le changement doit être réel ; on entend beaucoup de choses mais quand je vois le quotidien des gens, des vrais, qui ont un prénom et une famille, j'ai l'impression qu'il n'y a pas grand-chose de fait réellement."

 

" Notre chef d'œuvre, cela doit être notre vie"

 

Abd Al Malik s'enflamme quand il parle d'humanité, et surtout de la crise de l'humanité qui touche tous les continents : "les contextes sont différents, mais les problèmes sont mondialisés. Si les marchands ont trouvé des solutions mondialisées, les êtres humains devraient réussir à se fédérer. La clé, c'est l'éducation, et c'est en ce sens que j'adhère à Thot. Il faut être bien éduqué : il y a l'école et les diplômes bien sûr, et il y a aider l'autre, dire bonjour et au revoir, sourire, avoir de l'empathie, c'est une éducation globale." Abd Al Malik propose ainsi de travailler sur des exemples concrets pour les élèves de primaire et les collégiens. Étudier l'ADN, pour apprendre que la « race pure », cela n'existe pas. Travailler sur les mythes, qu'il n'y ait pas que des héros blancs. Et valoriser la francophonie. Surtout, il faudrait étudier un peu plus l'histoire, pour comprendre qu'on est tous des migrants ; qu'il y a des cadavres dans les placards de toutes les nations, et qu'il faut en parler. Parce que l'éducation implique l'intelligence, le recul, la nuance, la compréhension du besoin de l'autre. Elle combat la stigmatisation et la généralisation.

 

Abd Al Malik porte donc surtout un message de tolérance, même s’il nous corrige : « la tolérance, ça veut tout et rien dire. Je ne suis pas tant tolérant qu'humain. La tolérance, on n’a pas d'autre choix que d'être comme ça. On a besoin les uns des autres pour exister. Quand on voit des erreurs, on veut les corriger ; notre boussole intérieure, c'est notre humanité et les déviances, on ne peut pas les accepter."

 

Il prône enfin, et on retrouve en cela le sens de sa collaboration avec Thot, l'amour de tous pour tous, explique que la spiritualité fait grandir et qu'on est tous artistes : " notre chef d'œuvre, cela doit être notre vie."

 

Tout un programme.

 

Actu d'Abd Al Malik

 

Tournée en hommage à Albert Camus, L’art et la révolte.

Après Qu'Allah bénisse la France (2014), il travaille sur un second long-métrage qui sortira 2018-2019.

Il est actuellement en train d'écrire un manifeste sur la culture et l'art, qui sortira en même temps qu'une installation multi-formes.

 

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Semaine thématique réalisée avec le soutien de la Fondation Sanofi Espoir.

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