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[RÉFUGIÉS] [ENTRETIEN] Xavier Darcos, président de la Fondation Sanofi Espoir

[RÉFUGIÉS] [ENTRETIEN] Xavier Darcos, président de la Fondation Sanofi Espoir
À la tête de la Fondation Sanofi Espoir, Xavier Darcos nous présente son bilan après deux ans de présidence. La fondation oriente ses actions vers des programmes humanitaires d'urgence et d'aide au développement, en s'appuyant sur une implication forte des salariés du groupe. Les actions de la fondation l'ont amenée à s'emparer de la question des réfugiés. Xavier Darcos en détaille les missions et son regard sur l'évolution du mécénat pour Carenews.


 

Quel est votre bilan après deux ans de présidence de la Fondation Sanofi Espoir ?

J'ai été heureux de retrouver  une responsabilité qui me fasse renouer avec des questions très concrètes, touchant à des sujets précis, proches de ceux que j'avais connus lorsque j'étais Ministre ou Ambassadeur. Ce retour au réel compense mes autres activités qui sont plutôt académiques.

J’avais besoin de retrouver des sujets humains ainsi que le terrain. Je ne suis pas déçu : la Fondation Sanofi Espoir, dont la mission est la réduction des inégalités en santé, est orientée vers des dossiers très pragmatiques.

En premier lieu, la prise en charge des cancers de l’enfant dans les pays à faible revenu et notamment de la région subsaharienne : tandis que le taux de survie de certains cancers est supérieur à 80 % en France, dans les pays pauvres, en crise, en guerre ou en voie de développement, les chances de survie sont inférieures à 20 %, parfois moins ; c'est donc un engagement sur un sujet aussi sensible qu'utile.

Ensuite, la santé de la mère et du nouveau-né reste une autre de nos priorités. La mortalité infantile a été nettement améliorée ces dernières années dans le monde mais certains pays subissent une mortalité maternelle très forte et une mortalité néonatale alarmante. Dans ce domaine, nous agissons notamment pour améliorer le suivi des grossesses et les soins maternels respectueux.  

Enfin, le 3e axe sur lequel nous intervenons est l’amélioration de l’accès aux soins pour les personnes les plus exclues en France ; Nous travaillons notamment sur la levée des freins à l’accès à la santé des femmes et des enfants en grande vulnérabilité.

 

Quelles sont les décisions importantes que vous avez prises pendant ces deux années ?

J'ai réorienté certains dossiers en devenant Président. Il fallait, selon moi, éviter les extensions géographiques trop importantes et mal justifiées,  donc procéder à des arbitrages délicats.

J'ai également voulu renforcer l’engagement des salariés de Sanofi, en les impliquant dans nos projets, comme, par exemple, à travers la mise à disposition de compétences (en  bénévolat ou en mécénat de compétences) au profit de nos partenaires, ou d’appels à la générosité lors de crises humanitaires, ou encore d’événements internes pour mettre en valeur les actions de solidarité développées par les sites et filiales du Groupe à travers le monde.

 

Comment la Fondation Sanofi se positionne-t-elle sur la question des réfugiés ?

La question des migrants, notamment ceux du Moyen-Orient et de la Libye, est dramatique car, au-delà de la crise elle-même, les situations se dégradent et constituent un enjeu crucial, et difficiles à gérer pour les acteurs de l'humanitaire. Les chiffres sont effrayants : plus de 11 millions de personnes ont fui les conflits en Syrie, par exemple. Tout le monde doit se mobiliser pour répondre à ce type d’urgence !

Dans ce domaine, nous soutenons principalement deux types d'action, en urgence et sur le long terme.

D’abord une réponse immédiate et coordonnée à la crise, car une des premières nécessités pour les personnes déplacées est l'accès aux soins. Nous soutenons, par exemple, « Première Urgence Internationale » en Libye et au Kurdistan irakien, afin d’offrir des soins de santé primaire et une assistance psychosociale aux populations déplacées et victimes du conflit, notamment grâce à la mise en place de cliniques mobiles et à l’ouverture de centres d’accueil dédiés aux femmes et aux enfants. En Irak, 20 000 personnes ont déjà bénéficié de ces actions. En Europe, la Fondation Sanofi Espoir soutient l’ONG WAHA, pour mettre en place des actions médicales, développées dans les points d’arrivée et les camps de réfugiés (en Serbie, Macédoine, Turquie, Grèce) avec une offre de soins primaires, gynécologiques et pédiatriques, en partenariat avec des ONG locales.

Ensuite, nous soutenons également des actions sur le long terme. Nous travaillons, par exemple,  en France, avec le Centre Social d'Action Protestant (CASP) qui agit depuis très longtemps en faveur des demandeurs d'asile et des personnes qui vivent dans la rue, ce qui permet d'offrir 10 000 consultations par an pour des familles qui sont dans une situation de risque sanitaire majeur. Il s'agit d'orientation médicale et de diagnostic, parfois sur des pathologies liées aux lieux d'origine : on constate une résurgence de maladies que l'on croyait disparues. Nous sommes aussi partenaires du Comede (Comité pour la santé des exilés) qui propose des consultations médicales adaptées aux personnes sans papier avec une priorité donnée aux soins gynécologiques et à la santé mentale.

Enfin, nous sommes en train de réfléchir au problème terrible des mineurs isolés. C'est une question importante, avec ces nombreux mineurs "dans la nature", ceux qui ont fui, ceux qui sont isolés, dont les parents ont été tués ou qui en ont été séparés. Ils constituent une population très fragile. Chaque soir, 500 enfants dorment dans les rues de Paris selon notre partenaire, le Samusocial de Paris.

Comment les salariés Sanofi vivent-ils les actions de la fondation ?

La mobilisation des salariés est intégrée à la stratégie de la Fondation. Nos actions sont très soutenues par les salariés ; ils sont très proactifs et nous sollicitent fréquemment. Ils y investissent  du temps ou apportent leur contribution. 

Les actions de la Fondation sont souvent combinées à un appel à la générosité auprès des salariés de Sanofi qui répondent toujours présents. Cela peut prendre la forme de dons financiers ou de dons en nature (collecte de produits d’hygiène par exemple).

Quel est votre regard sur le secteur du mécénat ? 

Je crois en la co-construction. J'ai constaté, lors du Mécènes Forum organisé début octobre par ADMICAL, une très grande diversité des fondations d'entreprise mais une réflexion commune en cours sur "comment agir ensemble" ou "comment progresser de concert". On est entré dans une pensée globale pour lutter contre des phénomènes mondiaux et interdépendants, liés à des crises globales qui dépassent l’approche purement technique comme la santé ou le logement… La pauvreté, l’exclusion, les migrations sont des problématiques complexes qui nécessitent coordination et approches croisées. Tous ceux qui ont les moyens d'agir, les acteurs publics, les institutions, les particuliers, les entrepreneurs...  doivent désormais collaborer, s’ils visent à l’efficacité et non au coup-par-coup ou à la dispersion des énergies.

Dans ce nouveau modèle, le mécénat trouve naturellement sa place. C’est un trait d’union naturel et indispensable entre la société, ceux qui en ont la responsabilité et l’entreprise ; c’est un rassembleur car les dirigeants et les salariés des entreprises sont aussi des citoyens aux yeux ouverts : ils n’attendent qu’à être mobilisés. Je vois en revanche la nécessité d’être plus fédérateur autour de sujets spécifiques. Les fondations parlent ensemble pour être plus efficaces, tout comme elles améliorent leur communication avec l'État pour mettre en place des modèles transposables dans le quotidien... J'ai le sentiment d'une prise de conscience collective de plus en plus féconde.

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Semaine thématique réalisée avec le soutien de la Fondation Sanofi Espoir.

 

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