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[MÉCÉNAT CULTUREL] Église et mécénat - L’appel du don (1ère partie)

[MÉCÉNAT CULTUREL] Église et mécénat - L’appel du don (1ère partie)
Bernard Hasquenoph, fondateur de Louvre pour tous, signe pour carenews.com une rubrique mensuelle. À travers des chroniques étudiant quelques cas d'études de mécénat culturel, Bernard Hasquenoph retrace l'historique des relations entre de grandes marques, souvent du luxe, et les institutions culturelles françaises. Croisant les problématiques de la philanthropie, du marketing, de l'image, du financement, du parrainage... ses récits sont au coeur d'une spécificité bien française, celle du mécénat culturel traditionnel, devenu nécessaire et omniprésent, parfois sans le dire, dans les musées, établissements publics, opéras, théâtres... L'Église dispose d'un patrimoine architectural important dont la conservation est menacée. Dans ce contexte de réduction des dons, le mécénat peut-il subvenir à l'entretien des églises et chapelles ?


 

Le denier de l'église, financement participatif des fidèles

 

S’il est une institution qui a la culture du don, c’est bien l’Église catholique qui, à l’instar d’autres religions, peut compter sur ses fidèles, même se raréfiant. Chaque année en France, quêtes, offrandes et legs lui rapportent près de 630 millions d’euros dont environ 40 % déductible fiscalement, ce qui en fait l’organisation la plus mobilisatrice en don d’après la Fondation de France. Une somme impressionnante qui contribue à couvrir les dépenses courantes de plus de 12 000 paroisses. Autant dire que l’Église pratique depuis longtemps le financement participatif. Le mécénat plus encore, si l’on se réfère à l’Ancien Régime où les édifices religieux sont nés en grande partie des largesses du roi et des familles princières. Une générosité relevant, au Moyen Age, d’une « obligation naturelle » selon l’expression de Georges Duby et qui, comme aujourd’hui, était tout sauf désintéressée. « Le mécénat était d’abord un investissement, un placement », expliquait l'historien. Autant sur un plan spirituel, pour attirer la grâce divine, que temporel, comme expression du pouvoir. Aussi « la provenance du don [devait être] ostensible, par des signes inscrits » indique Duby qui compare l’héraldique aux marques. Des “contreparties” qui allaient beaucoup plus loin qu’aujourd’hui, jusqu’à honorer le donateur en le représentant sur les vitraux, comme cela se développa durant la Renaissance.

 

Loi de séparation de l'Église et de l'État : un patrimoine architectural protégé

À l’époque contemporaine, la République a pris le relai. Depuis la loi de 1905 relative à la séparation des Églises et de l'État, l’entretien des 40 307 églises et chapelles construites avant cette date incombe aux communes qui en sont propriétaires comme des oeuvres qu’elles abritaient, ainsi que 87 cathédrales pour l’État. L’Église en a l’affectation perpétuelle, exclusive et gratuite. De cet immense patrimoine (qui ne recouvre pas l’ensemble des bâtiments catholiques estimés à 90 000 composés également d’abbayes, couvents, presbytères et autres chapelles,  propriétés de collectivités, congrégations ou particuliers), environ un tiers seulement est protégé au titre des monuments historiques, ce qui ouvre droit à des aides du ministère de la Culture. Une proportion impactant le paysage français, puisque constituant elle-même un tiers de tous les monuments protégés. Pour les 1 886 lieux de culte construits depuis 1905, la charge entière en revient à l’Église. Ainsi que pour tous, anciens et modernes, aménagements et éclairage, nouveaux mobilier liturgique et oeuvres d’art. Pour cela, l’institution fait appel aux dons, de particuliers, plus rarement d’entreprises comme ce fut le cas pour le chantier hors normes de la cathédrale d'Évry en 1995 soutenu par Cartier ou Bolloré. C’est la mission en Île-de-France de l’association des Chantiers du Cardinal, créée en 1931 pour évangéliser la banlieue.

 

Le mécénat au secours de la restauration des lieux de culte


Baisse des dotations aux communes, budget de l’État en berne, édifices fermés faute de pratiquants et de prêtres, désertification rurale… de fortes inquiétudes pèsent aujourd’hui sur la conservation des églises, jusqu’à craindre pour leur survie. Aux voix alarmistes, la Conférence des évêques de France rappelle que “seulement” 255 églises désaffectées ont été vendues depuis 1905, pour quelques dizaines détruites. Même inquiète pour l’avenir, l’association L’Observatoire du Patrimoine Religieux constate, sur son bilan annuel de veille au-delà des seules paroisses, que les restaurations l’emportent de loin sur tout le reste. Même écho du côté du spécialiste Benoit de Sagazan, journaliste et auteur de Patrimoine en blog : « Au cours de ces quinze dernières années, la Sauvegarde de l’Art Français, qui distribue chaque année plus d’un million d’euros, revendique sa participation au sauvetage de 1 400 églises, et la Fondation du Patrimoine affiche depuis 2003 son soutien à la restauration de 4 000 lieux de cultes, majoritairement catholiques. Autrement dit, on restaure plus qu’on abandonne ou démolit » confiait-il en 2014. La souscription, ancêtre du crowfunding, est pratiquée depuis longtemps par ces organisations qui privilégient les chantiers plus confidentiels et les édifices non protégés. Avec un impact local fort. La Fondation du Patrimoine indiquait dernièrement que pour les petites chapelles, « la moyenne des dons est quatre fois supérieure au don moyen ». Qu’en sera-t-il dans vingt ans ?

 

Lire la seconde partie : Église et mécénat, Paris dit amen au mécénat.

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