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[ENTRETIEN] Paul Duan, fondateur et président de Bayes Impact

[ENTRETIEN] Paul Duan, fondateur et président de Bayes Impact
Paul Duan porte en ce moment le concept de Service Public Citoyen dans un document de travail dont voici un extrait : " Nous proposons l’émergence d’une nouvelle voie (...) qui combine les forces de l’innovation et celles de l’État dans le cadre d’une alliance inédite. Cette alliance doit lever les blocages qui font que l’innovation technologique profite bien plus facilement aux intérêts privés qu’à l’intérêt général. En d’autres termes, cette voie offre aux citoyens le moyen de répondre aux besoins de la société tout en garantissant le respect des valeurs – adaptées au monde numérique – du service public. " Nous l'avons rencontré afin qu'il nous raconte son parcours, la création de Bayes Impact et l'aventure très médiatisée de Bob Emploi. Le Service Public Citoyen est né de ses expériences, aux croisées de la data, de la tech for good, de l'amenuisement des moyens publics et de la nécessité de récréer des interactions entre tous les acteurs au service de la société civile.


 

 

Quel est parcours t'a amené à créer Bayes Impact ? 

 

Je me suis toujours demandé comment je pouvais me rendre utile, par mon environnement familial, mais surtout parce que je ne me suis jamais senti à ma place : enfant d'immigré chinois, né à Trappes, ayant étudié dans un lycée à Versailles avec une grosse pression sur la réussite scolaire. J'ai fait une dépression à onze ans, j'en ris aujourd'hui, mais je crois que c'est ça qui m'a donné le besoin de me rendre utile.

 

J'étais plutôt geek – le genre à faire des sites web pour se faire de l'argent de poche. J'ai étudié à Sciences Po Paris en faisant des maths à côté. À la suite d'un concours d'économie, je suis parti étudier à Berkeley. Dans la Silicon Valley, j'ai trouvé une autre énergie, celle qui souhaite changer le monde avec des gens qui veulent vraiment faire bouger les choses. J'ai découvert de nouvelles matières universitaires, et aussi comment les données et la recherche pouvaient participer à résoudre des problématiques sociales. 

 

J'ai commencé à travailler au sein de Eventbrite à 19 ans. J'ai pris conscience du pouvoir de la data qui permet de toucher sur une très grande échelle. À côté du boulot, j'étais investi dans des associations, mais j'étais frustré par le manque d'impact. À 21 ans, je n'avais rien à perdre, j'avais gagné assez d'argent pour ne pas m'inquiéter et j'étais sans attache, et justement je ne voulais pas attendre d'être retraité pour devenir philanthrope. J'ai créé Bayes Impact en juin 2014 pour mettre les algorithmes au service du bien commun. 

 

Quelles sont les missions de Bayes Impact ? 

 

On a commencé par travailler avec des ONG de micro-finance pour les aider à baisser le coût de leur prêt. Avec la mairie de San Francisco, on a travaillé sur le dispatch des ambulances. On entre alors en incubateur, on était les seuls non profit. Au début, on ne s'est pas payés, on a essayé quelques modèles économiques, et on a essayé de faire un modèle hybride, mais c'est trop difficilement "scalable". On a assez vite réalisé que l'impact c'est pas seulement l'aspect technique, c'est comment concrètement tu touches les gens. Et comment tu peux garder ton indépendance. De là est venue l'idée répondre à des problématiques de service public. Le vrai problème n'est jamais technologique ; c'est soit le système, soit les acteurs. En 2016, on rentre en France et on monte Bob ; on change de stratégie en se concentrant sur un projet unique. En ce qui concerne le mécénat, qui est notre moyen de financement, tous nos soutiens sur notre site : on est lauréats La France s'engage, on est accompagnés aussi par google.org, les Galeries Lafayettes...

 

Quelles sont tes occupations en tant que président de Bayes Impact ? 

 

Je suis tout d'abord très concentré sur le produit en lui-même, Bob en ce moment. Et ensuite je travaille beaucoup sur la vision. On pourrait faire un nombre infini de choses en Tech for Good, mon rôle c'est de choisir les chantiers et de les hiérarchiser. 

Ce que l'on cherche avant tout, pour être efficace, c'est de faire une "mission commando" avec des personnes talentueuses. Et il faut donc cerner ce en quoi ils sont bons et sur quels sujets ils vont se révéler. 

Et le gros sujet du moment c'est de porter le Service Public Citoyen. 

 

As-tu vu changer le secteur depuis 2014 ?

 

Le secteur a beaucoup évolué. Dans la Silicon Valley, il y a 4 ans, personne ne parlait de Tech for Good. La Tech for Good aux États-Unis aujourd'hui est tout de même plus mainstream. Les gens commencent à comprendre enfin pourquoi il faut une vision plus humaniste de la technologie. En comparaison, en France, ce qu'on peut noter c'est que le secteur est plus politisé. En ce moment, c'est un secteur qui est en structuration. Il y a plusieurs nuances de l'innovation sociale et parfois c'est difficile de naviguer dans ces eaux-là, mais maintenant que ça se structure, le vrai défi c'est le changement d'échelle. Les gens ont de l'ambition, ils ne veulent pas faire que de l'impact, ils veulent en faire le plus possible : et ça c'est nouveau. Le Service Public Citoyen participe à cela : pour changer d'échelle, faire des ponts entre le public, le privé et les innovateurs sociaux. 

 

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