Programme pionnier, budget ESS, appel aux territoires : bilan du French Impact

Programme pionnier, budget ESS, appel aux territoires : bilan du French Impact
Programme Pionniers, Appel aux Territoires, hausse du budget de l’ESS (économie sociale et solidaire)... Près d’un an après le lancement officiel du French Impact, quelles sont les premières retombées du mouvement gouvernemental qui opère désormais en tant qu’association ? Impliqué dès la création du label auprès de Christophe Itier, Thibaut Guilluy fait le point pour Carenews.


 

 

 

 

L’association French Impact

 

L’annonce de Christophe Itier le 12 juin dernier de la création de l’association French Impact était passée relativement inaperçue. Quelques mois plus tard, la toute jeune structure dévoilait le nom de sa directrice générale, Stéphanie Goujon, ex-Agence du Don en Nature. “C’est davantage un moyen de mettre les choses en opération qu’une pure ambition du French Impact”, précise Thibaut Guilluy, président de l’association et directeur général d’Ares. Ce nouveau statut permet au French Impact de mieux assumer sa fonction opérationnelle en matière d’animation et de coordination auprès des acteurs de l’ESS et de mobiliser de nouvelles ressources ne provenant pas de financements publics. En devenant juridiquement une structure de l’intérêt général, le French Impact inscrit par ailleurs son action “dans une vision de l’innovation sociale à long terme, qui dépasse le temps politique.” Aujourd’hui, tous les dispositifs mis en place par le French Impact transitent par cette nouvelle structure.  

 

Un budget au service de l’impact

 

Si Christophe Itier a annoncé vouloir mobiliser un milliard d’euros par le biais du French Impact lors de sa création, la priorité du mouvement reste l’action sur le terrain. “On ne suit pas un compteur”, stoppe net Thibaut Guilluy. Il cite le programme Pionniers, pour lequel le French Impact dispose d’une enveloppe de 7,5 millions d’euros destinés à accompagner le changement d’échelle. “Au-delà de cela, il est possible de relier certains dispositifs de financement des différents ministères. Les 7,5 millions d’euros sont là, mais pour ensuite accompagner le développement il faut connecter les porteurs d’initiatives aux différentes politiques publiques susceptibles de les soutenir. ” Quitte à soulever quelques interrogations dans le secteur, French Impact, qui se veut avant tout accélérateur de l’ESS, maintient sa position : l’impact prime. “C’est pour cela que dans le cadre de notre Appel aux Territoires, nous laissons une latitude très importante aux acteurs sur le territoire afin de constituer leur collectif selon le format qui leur paraît le plus pertinent. Ils définissent également leurs besoins. Souvent, l’argent n’est pas leur priorité.”

 

Créer des synergies sur le territoire, la priorité numéro un du French Impact

 

Ces priorités relèvent d’enjeux opérationnels qui se manifestent par un besoin “de fluidifier les rapports avec l’administration”. Thibaut Guilluy espère ainsi pouvoir multiplier les coopérations entre territoires matures, à l’instar des modèles de “R&D territoriale” – instaurés par Romans, Lons-le-Saunier ou Strasbourg – où les entrepreneurs, supplantant les initiatives des pouvoirs publics, jouent eux-mêmes les défricheurs d’innovations. “Ces territoires sont en demande pour partager leurs expériences, et d’autres ne savent pas comment s’y prendre. C’est un point de départ pour construire une réponse”, ajoute-t-il. Compte tenu de son caractère évolutif, le financement du mouvement global de développement que souhaite accompagner le French Impact est difficilement chiffrable. “ L’objectif c’est que les démarches innovantes mises en place par les acteurs de l’ESS qui font leurs preuves soient généralisées au niveau des politiques publiques.”

 

Agenda des prochains mois et perspectives pour l’ESS

 

Comme annoncé, les premières labellisations de l’Appel aux Territoires auront lieu avant la fin de l’année 2018. 49 contributions sont à l’étude, le temps d’instruction s’achèvera fin novembre. “Nous labelliserons ensuite selon les niveaux de maturité”, indique Thibaut Guilluy, rappelant que le French Impact assume un rôle de “catalyseur” sans pour autant “énoncer des règles du jeu homogènes pour chaque territoire”. L’objectif est également de faire basculer ces initiatives régionales vers une perspective nationale. “Nous espérons lancer nos premiers défis nationaux dès 2019. Les premiers devraient être énoncés en début d’année.” Car le French Impact, s’il assure prendre soin de s’inscrire dans le cadre de l’appel aux Territoires dans “le temps de la co-construction”, veut aller vite. “Nous n’avons pas peur, promet-il. Nous préférons apprendre sur le terrain et nous améliorer avec le temps.” Dans l’ensemble, Thibaut Guilluy se félicite donc de la montée en puissance du secteur, qui distille progressivement ses modes opératoires et ses valeurs dans les plans d’action du gouvernement. “Aujourd’hui, la plupart des mesures s’appuient sur des idées ou l’expérience des acteurs de l’ESS”, rappelle-t-il. En témoigne notamment le récent plan pauvreté dévoilé à la rentrée par Emmanuel Macron, mais aussi l’essor de l’économie circulaire, ou les politiques liées au logement social. La hausse du budget de l’ESS, qui vient de grimper de 25 % pour atteindre les 20 millions d’euros en 2019 ? “Un signe de la transformation écologique et sociale de notre modèle économique”. Pour autant, le plus dur reste à faire. Pour devenir l’économie de demain, l’ESS devra en effet passer par un changement de paradigme. “Nous ne sommes pas encore organisés pour favoriser l’innovation sociale, souvent, celui qui innove en paye le prix. Il faut changer cela. C’est notre ambition avec le French Impact, c’est pour ça que l’on se présente aussi comme une bannière. Nous voulons montrer aux citoyens, aux pouvoirs publics et aux responsables politiques que l’ESS est une nécessité fondamentale dans la société.”

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