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[INTERVIEW SOLIDAIRE] La démarche communautaire en santé

[INTERVIEW SOLIDAIRE] La démarche communautaire en santé
Chaque mois, solidarum.org et Carenews vous proposent une vision de la solidarité sous forme d’interview. Pour débuter, celle de Stéphane Giganon, directrice Qualité et Évaluation de l’association Aides, qui sera présente aux Rencontres solidaires.


 

 

 

Solidarum : Qu’est-ce que la santé communautaire ?

 

Stéphane Giganon : L’action communautaire en santé, c’est agir avec un groupe pour construire une réponse adaptée à une problématique de santé, établir un diagnostic partagé, adapter des solutions ou des programmes, les évaluer et, si l’efficacité est démontrée, les déployer. Pour Aides, association de lutte contre le VIH-sida et les hépatites virales, cela consiste à réunir des gens qui, à un moment, vont conscientiser ou ressentir une problématique à laquelle personne ne pourra répondre à leur place. Ils veulent transformer quelque chose ensemble pour avoir du mieux-être, contester, s’engager. Et nous montons des actions pour cela, avec eux.

 

Qui sont les communautés ou les publics concernés ?

 

Des populations vulnérables, voire oubliées par le système. Cela peut être la communauté des personnes séropositives qui ont envie d’avoir un traitement qui leur convient, des personnes migrantes qui ont aujourd’hui des difficultés à faire valoir leurs droits, des gens qui ont des pratiques de consommateurs de produits et veulent réduire les risques... Ces communautés de destin, d’expérience ou de pratiques peuvent être factices et éphémères. Par exemple, la communauté des consommateurs de produits n’a jamais existé. On la crée dans Aides quand des personnes qui n’ont plus envie d’être exposées à une difficulté veulent s’investir pour changer des pratiques, et qu’on les réunit pour trouver une solution.

 

Est-ce que cela implique une attention à l’autre particulière ?

 

Partager une problématique commune, cela permet le développement du « prendre soin de soi » et du « prendre soin des autres ». C’est de l’attention, de la vigilance, de l’écoute bienveillante, du partage, du non-jugement. On sait que c’est difficile de vivre en prenant des risques, parce que l’on est discriminé ou stigmatisé. Donc on va être particulièrement attentif ou apprendre à l’être, notamment via nos formations.

 

Quels sont vos principes d’action ?

 

Notre démarche ne fonctionne que si les populations sont mobilisées et que si elles font avec nous. Et ce n’est pas juste participer et donner un avis, c’est un véritable engagement, jusqu’au bout. On fait du plaidoyer, du lobbying, on réalise des actions selon les compétences et les ressources de chacun. C’est une démarche ascendante, de l’empowerment. Et quand les personnes retrouvent du pouvoir d’agir et du mieux-être pour elles, elles vont partager cela dans leurs communautés personnelles. Pour cela, il faut un cadre sécurisant qui favorise l’expression. Nous formons les militants à l’accueil communautaire à partir de cinq balises : la conscientisation, le partage et la collectivisation, la lutte contre les idéologies dominantes, le renforcement des capacités, donc l’autonomisation, puis la défense des droits, dont le premier est le droit à la santé. Par exemple, ce n’est pas parce que je suis travailleur du sexe ou gay ou consommateur de produits que je n’ai pas droit à une visite chez le médecin ou le dentiste, que je ne peux pas y aller à l’horaire qui me convient et être maître de mon parcours santé. Faire collaborer les gens et trouver des solutions ensemble, c’est essentiel. Mais parfois celles-ci ne sont pas suffisamment pérennes ou ne vont pas assez loin. Il faut alors trouver autre chose, innover, expérimenter. Cela peut passer par la recherche communautaire, en particulier sur les modes d’intervention de Aides, que l’on va fabriquer avec la communauté. Et si nécessaire, on va faire changer la loi. Notre démarche est un modèle d’organisation, de réponse à une problématique de santé, de travail en partenariat, de formation, de participation et de démocratie qui pourrait être étendu à d’autres secteurs.

 

Retrouvez l'interview complète en vidéo de Stéphane Gigagnon sur le site de Solidarum.

 

Le Laboratoire des solidarités de la Fondation Cognacq-Jay organise vendredi 30 novembre 2018 au CENTQUATRE-PARIS son 2e rendez-vous annuel, Les Rencontres Solidaires 2018. L'évènement est suivi de la 3e édition de la soirée de remise du Prix Fondation Cognacq-Jay. Gratuit, sur inscription, dans la limite des places disponibles.

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