[ENTRETIEN] Frédéric Cloteaux, dirigeant de Vivre FM

[ENTRETIEN] Frédéric Cloteaux, dirigeant de Vivre FM
Avant de sévir sur les ondes, Frédéric Cloteaux a été l’attaché de presse de Bill Gates et a fondé une chaîne de restaurants. Son profil original, il espère aujourd’hui en faire un modèle tant pour la RH que la ligne éditoriale de la radio qu’il dirige depuis un peu plus de deux ans désormais, Vivre FM. “Pas une radio de spécialistes pour les spécialistes”, comme il s’en défend, mais bien une radio généraliste de référence “sur l’ensemble des souffrances”. À Carenews, il raconte le quotidien de la radio, et espère voir l’ESS prospérer encore très longtemps sur le sol français.


 

 

Pouvez-vous revenir sur votre parcours ?

 

Atypique ! J’ai débuté ma carrière comme attaché de presse de Bill Gates pour les grands médias. À l’époque, c’était le plus jeune et plus riche entrepreneur du monde, et il fallait faire parler de Microsoft. Ensuite, j’ai été directeur marketing France de Cabletron Systems et directeur RP des zones Asie-Pacifique, Moyen-Orient et Europe, avant de rejoindre le Groupe Ziff Davis, où j’ai vécu la bulle internet. J’avais le désir d’être entrepreneur, j’ai donc monté une chaîne de restaurants, “Pasta Cosi”, que j’ai finalement revendue en 2011. C’est à ce moment que je me suis lancé dans l’aventure du handicap, en devenant le porte-parole du salon Handi2day, à l’origine de milliers d’embauches de personnes en situation de handicap par an. Et j’ai pris la direction de la radio Vivre FM.

 

Pouvez-vous nous présenter Vivre FM ?

 

C’était la radio de toutes les différences, puis celle du handicap ; aujourd’hui on rouvre les vannes sur l’ensemble des différences. C’est la seule radio en Europe qui se consacre à ça. Nous voulons montrer l’exemple : sans être une entreprise adaptée, 50 % du personnel est en situation de handicap ou de “différence” (aveugles, handicapés psychiques, communauté LGBT...). Nous nous adaptons, nous n’avons que 12 heures à l’antenne, 24 heures de programmes mais sommes diffusés non stop sur le web. Actuellement la radio touche 450 000 personnes par mois en moyenne, j’espère en atteindre davantage avec la refonte : nous avons changé de locaux, de rédaction en chef, de site internet… Nous avons lancé une matinale de 6 à 9 heures, la première à être animée par un aveugle. Je considère que les différences sont une force. Quand quelqu’un fait une bêtise, je ne fais pas la différence, je le montre de la même manière. Parfois, l’anticipation des changements pose problème, car certaines personnes ont besoin d’être rassurées par une routine. Il faut donc prendre des précautions, mais ce n’est que de la bienveillance.

 

Vous nous disiez l’an dernier, “Je suis ‘tombé’ dans le handicap il y a maintenant sept ans et je n'en sortirai plus”. Que vous apporte votre métier au quotidien ?

 

Diriger une radio, c’est passionnant ! Il faut découvrir des contenus, les fabriquer, faire de l’antenne, du direct, de la technique... Je prends plaisir à faire des choses décalées et rien de mieux qu’une radio pour être innovant. J’anime depuis la rentrée une nouvelle émission, Vivre dans le noir. Mon deuxième but, c’est de donner de l’impact à cette radio. Je veux que l’on ait des tranches horaires dédiées aux gens qui peuvent nous écouter. Depuis que j’ai 40 ans, je veux faire des choses utiles. Après avoir invité Nathalie Séjourné (présidente de Réseau-Experts), elle a presque triplé la taille de son réseau. Être utile, ce n’est pas que dans la tête, il faut l’être. Nous avons la capacité d’être utiles, chacun à notre échelle. Si l’activité complète de la journée peut être orientée là-dessus, on a moins le sentiment de rien faire.

 

Quel regard portez-vous sur le secteur de l’ESS ?

 

J’aimerais que l’ESS infiltre toute l’activité économique, qu’elle ne concerne pas seulement quelques acteurs, entrepreneurs ou structures. De mon côté, je m’engage à faire venir les grands patrons d’entreprises et de fondations qui épaulent des structures associatives pour venir en parler à la radio. Un de mes partenaires par exemple, le cabinet Baker Tilly Sofideec, a un fonctionnement intéressant : la moitié de sa clientèle est dans l’ESS, l’autre dans le capitalisme pur. Baker Tilly Sofideec rassemble les clients, les fait se parler, se donner des idées. Je suis très content de voir que se développent des modèles de réussite. Maintenant, il faut sortir de cette connotation et que l’ESS soit partout. Car l’action d’une entreprise performante dans l’ESS n’a rien à voir avec l’impact que pourrait avoir une très grosse entreprise. Les grands groupes ont du mal à être innovants, mais ont les capacités de s’adapter et de se développer.



 

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