[LU] Grand débat national : les élus fixent les règles du jeu

[LU] Grand débat national : les élus fixent les règles du jeu
Alors qu’Emmanuel Macron a publié sa lettre aux Français en vue de fixer les orientations du « grand débat national » débuté le mardi 15 janvier 2019, Julien Talpin, chargé de recherche en sciences politiques au CNRS, s’est entretenu avec Alternatives Économiques pour échanger sur les conditions que requiert un débat démocratique. Cet expert de la démocratie participative se demande si ce grand débat répond effectivement à la demande de démocratie des « Gilets jaunes ».


 

 

Un sentiment de résignation vis-à-vis de la politique

Lancé le mardi 15 janvier 2019, le grand débat national suscite quelques interrogations quant à son caractère démocratique. Selon Julien Talpin, force est de constater qu’une grande partie des classes populaires se désintéresse de la politique. Une désaffection nourrie par la composition sociologique des élites politiques, jugée peu représentative de la population. L’exemple du mouvement social des « Gilets jaunes » manifeste une volonté d’ouvrir le champ des possibles. Julien Talpin précise que le caractère descendant et les conditions d’organisation de ce grand débat mal définies en amont mettent en péril la réussite de cette initiative proposée par le président de la République. Il souligne encore que les dernières années de recherche au sujet de la démocratie participative démontrent que les résultats d’une consultation publique sont liés à la façon dont est abordé le débat.  Or, le chercheur note un cadrage large des questions posées qui laissent supposer des réponses peu claires et - in fine -  une sélection des résultats par les organisateurs eux-mêmes. De plus, la CNDP (Commission nationale du débat public) s’est vue retirer l’organisation du débat, un élément qui compromet l’indépendance du processus.

 

La proposition d’un référendum d’initiative citoyenne : une solution possible

Pour améliorer la participation de tous en politique et la représentation des classes populaires, Julien Talpin encourage la démocratisation des institutions et la réinvention du rôle des corps intermédiaires, marginalisés par le Gouvernement au cours de ces derniers mois. En ce sens, le référendum d’initiative citoyenne (RIC) revendiqué par les « Gilets jaunes » lui paraît un dispositif intéressant «d’ouverture des possibles politiques» à condition d’y prévoir la fixation d’un seuil de signature assez bas (autour d’un million) ainsi qu’un contrôle de constitutionnalité. Avec des débats en ligne, des assemblées tirées au sort, des « journées de la délibération » obligatoires proposés par certains chercheurs, Julien Talpin encourage une forme de déprofessionnalisation de la politique. Selon lui, la crise des « Gilets jaunes » montre l’incompétence des partis politiques et des syndicats à répondre à cette colère populaire. Il promeut une réflexion pour faire émerger les organisations populaires du XXIe siècle. Par ailleurs, il préconise une plus grande implication des associations mais aussi l’émergence de formes d’auto-organisations et de collectifs qui encouragent la manifestation du pouvoir d’agir des citoyens. Enfin, Julien Talpin appelle à une transformation profonde de la culture politique qui valorise les contre-pouvoirs avec la présence de ces corps intermédiaires.

 

Lire l'article d’Aude Martin : " Grand débat : « Ce sont encore les élus qui fixent les règles du jeu » " paru dans Alternatives Économiques le 15 janvier 2019.

 

, , , ,