[LIVRE] « L'art de la fausse générosité : La fondation Bill et Melinda Gates »

[LIVRE] « L'art de la fausse générosité : La fondation Bill et Melinda Gates »
Informer les lecteurs des enquêtes, des analyses ou comptes rendus publiés au sujet du monde de la solidarité est essentiel chez Carenews.  Aujourd’hui, nous nous intéressons à l'enquête de Lionel Astruc : « L'art de la fausse générosité : La fondation Bill et Melinda Gates », avec la postface écrite par Vandana Shiva.


 


 

Lionel Astruc a déjà mené de nombreuses enquêtes sur les filières de matières premières, les origines de nos biens de grande consommation et les initiatives pionnières pour transformer la société. L’idée de cette enquête lui vient de Vandana Shiva, une écologiste, écrivaine et militante féministe indienne et auteure de la postface de ce livre.

 

Dans ce livre, il a suivi, depuis leur source, les flux financiers qui alimentent les actions dites « caritatives » de la fondation Bill et Melinda Gates. L’auteur s’est appuyé sur de nombreux rapports dont celui « Gated Development : Is the Gates Foundation always a force for good ? » publié par l’association Global justice Now en 2016. Comment est gérée cette fondation ? À qui les dons bénéficient-ils vraiment ? Ce sont des questions auxquelles répond Lionel Astruc dans ce livre.

 

Bill Gates, une icône de la générosité ?

 

Ce livre évoque tout d’abord la naissance de Microsoft, fondée par Bill Gates et son succès économique basée selon l’auteur, sur « la conquête d’une position dominante qui a fini par être jugé illégale aux États-Unis ». Aux yeux du grand public, Lionel Astruc explique que Bille Gates est « devenu en quelques années une icône de la philanthropie ». Géant de l’informatique et symbole de l’accumulation de richesses, il représente « l’archétype de la success story entrepreneuriale ».

 

Pourtant, l’entreprise a été jugée pour activités illégales en Europe sanctionnées par une amende de 497 millions d’euros. Vandana Shiva précise également que Microsoft « a appuyé son modèle économique sur le brevetage et l’utilisation abusive du monopole ».

Dans les années 2000, alors qu’il créé sa fondation, « il se transforme soudainement en homme le plus généreux aux yeux du monde ».

 

Certains projets soutenus sont nocifs pour l'environnement, la santé et la justice sociale

 

Concernant les activités de la Fondation Bill Gates, cette enquête montre que celles-ci sont orientées sur des thématiques comme la jeunesse, les inégalités, la santé ou l’agriculture. Selon l’auteur, cette fondation est considérée comme la plus puissante au monde avec une dotation globale de 43,5 milliards de dollars et un champ d’action qui s’étend à plus de cent pays. Elle figure d’ailleurs à la 5e place des plus grands bailleurs de fonds pour l’agriculture dans les pays en développement. Sa philosophie ? La technologie est reine des solutions.

Tout d’abord, seuls les intérêts et les dividendes de la fondation sont dépensés pour financer ses actions mais le capital est investi dans des entreprises pas forcément éthiques. On apprend qu’elle investit dans l’armement, les énergies fossiles, la grande distribution, les OGM ou encore les sodas avec des entreprises telles que Monsanto, McDonald ou Total. « Des entreprises contraires aux missions affichées par la fondation  », écrit-il avant de rappeler que « bien des projets financés par la Fondation Bill et Melinda Gates s’avèrent positifs », comme le soutien aux projets en faveur de lutte efficace contre la polio.

 

Ces opérations philanthropiques ressemblent davantage à « un outil au service des multinationales les plus nocives pour l'environnement, la santé et la justice sociale et parfois également au service des intérêts économiques de Bill Gates lui-même ». Au sujet de l’agriculture, Vandana Shiva le décrit comme le « Monsanto de l’informatique » qui s’est prononcé contre le partage libre des logiciels. « La Fondation Gates, à travers le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (GCRAI), qui contrôle la plupart des banques de semences du monde, mène un programme intitulé ‘“One Agriculture” (...) voilà l’aspect le plus dangereux de la démarche de Bill Gates, car il s’agit d’imposer un seul modèle agricole partout sur la planète, au lieu de de divers systèmes adaptés aux différents climats, plantes cultivés, traditions culturelles », explique-t-elle.

 

La Fondation Bill et Melinda Gates incarne le charity business

 

Le charity business qui « se base également sur une vision négative de la philanthropie classique présentée comme inefficace et trop axée sur la justice sociale » est également dépeinte dans cet ouvrage. La fondation omet « la question des inégalités et la responsabilité du système économique néolibéral » et associe l’évitement fiscal dans sa stratégie.

 

Au fil de l’enquête, on apprend le rôle décisionnel de cette fondation dans diverses organisations internationales importantes sans disposer d’un réel conseil d’administration. En effet, les trois administrateurs sont Bill Gates, sa femme Melinda et Warren Buffet. L’auteur ajoute que celle-ci « échappe à un contrôle démocratique minimal ». Par ailleurs, l’argent de cette fondation « n’est pas distribué aux œuvres caritatives mais à un fonds d’investissement qui le place dans des centaines de société. Seules les dividendes sont utilisés afin que le capital soit protégé ». Cette immersion au cœur du système Bill Gates « permet de comprendre une stratégie reprise par les plus grandes fortunes  », précise Lionel Astruc.

 

L'art de la fausse générosité : La fondation Bill et Melinda Gates. Lionel Astruc. éd Actes Sud, 2019. 128 p. Prix : 13 euros.

 

 

 

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