[ENTRETIEN] Michèle Lorillon, Expert-comptable associée, groupe In Extenso

[ENTRETIEN] Michèle Lorillon, Expert-comptable associée, groupe In Extenso
Michèle Lorillon est devenue expert-comptable pour accompagner et aider à se développer les structures et les entreprises. Elle a choisi de travailler pour le monde associatif parce qu’elle aime « les histoires d’hommes » et aussi parce que c’est ainsi que sa carrière a évolué. Il y a quelques années, elle a été sollicitée pour travailler au sein d’un conseil général en tant que responsable de la tarification  des établissements médico-sociaux. Cet épisode lui a permis de se « frotter au concret des associations et de connaître leurs difficultés ». Ensuite, elle est arrivée chez In Extenso et s’est orientée « naturellement » vers le secteur associatif. Elle y est impliquée depuis 2004 et est devenue responsable nationale du marché en 2008. Par ailleurs, elle est membre d’une association professionnelle et a des « idées bien arrêtées» : lorsqu’elle prendra sa retraite, c’est sûr, elle deviendra une bénévole assidue d’une ou plusieurs associations.


Les associations ont « vraiment besoin d’être accompagnées »

In Extenso est un cabinet national d’expert-comptables (220 agences, 4 500 collaborateurs). Le cabinet s’est développé dès 1995 sur le marché associatif. Michèle Lorillon constate que les associations ont « vraiment besoin d’être accompagnées ». 4 200 sont d’ailleurs clientes du cabinet aujourd’hui, de tailles et de secteurs variés, avec une prédominance du médico-social, car « ils ont des budgets permettant de recourir à un expert-comptable et sont également employeurs », nécessitant ainsi une prise en charge des paies. Le cabinet s’est organisé en spécialisant des référents Associations/ESS en région (un correspondantpar région ) et produit une revue dédiée aux associations (actualités, articles de fonds) ainsi que des fiches pratiques qui sont accessibles aux clients. 

La différence des associations avec d’autres clients ayant une structure juridique différente tient par le but recherché en premier lieu (souvent but non lucratif), par l’organisation de leur gouvernance et fonctionnement où cohabitent des bénévoles avec des salariés, par une législation différente sur la fiscalité, et bien entendu, par la possibilité d’être financées par des dons et mécénat.. Pour les petites associations bien souvent, « tout le poids est sur les épaules des membres du bureau » . Le cabinet leur permet de dégager du temps et surtout les conseille. Ce sur quoi Michèle Lorillon insiste, c’est l’importance de la transparence des associations vis-à-vis des donateurs et des bailleurs de fonds.

Le cabinet n’est lui même pas en reste. Son mécénat national consiste en une opération carte de vœux : sur chaque carte vendue aux agences (en région), un euro est reversé à une association. Ensuite, Deloitte a créé une fondation d’entreprise qui intervient sur l’éducation et la scolarité des publics défavorisés. Enfin, chaque agence régionale  gère du mécénat au niveau régional, cela peut être du mécénat sportif et culturel. Les collaborateurs sont souvent parties prenantes de courses solidaires.

 

Un secteur associatif en mutation

La nécessaire diversification des ressources compte tenu de la tension sur les financements publics et la nécessaire mutation des associations vis-à-vis de la communication sont à l’origine de cette évolution. Entre 50 et 60 000 associations se créent chaque année en solde net, il est certain que cela induit « une certaine concurrence ».  Selon Michèle Lorillon, les associations devraient mieux communiquer non seulement sur leurs actions, mais aussi sur leurs finances.

Elle souligne également une nécessité de s’adapter au « nouveau bénévolat », le nombre de bénévoles augmente, mais les formes d’engagement changent. Les jeunes bénévoles ne vont plus s’engager sur des durées longues, mais préfèrent apporter leur soutien sur des projets qui les animent. Les associations doivent donc se rendre attrayantes pour attirer, et également  « pour garder » les bénévoles, car elles ont « besoin d’un socle de personnes souhaitant prendre des responsabilités dans leur association ». Celles-ci se professionnalisent « dès qu’elles ont le budget nécessaire », la gestion des salariés peut être également une difficulté Aujourd’hui, les associations se doivent d’être de plus en plus professionnelles et le recours à des salariés devient souvent inéluctable, surtout dans certains domaines d’activité.

 

Michèle Lorillon conclut : « C’est un monde très attachant, qui s’adapte et possède de nombreuses ressources pour  continuer à s’adapter. [Sa] conviction : le secteur associatif ne disparaîtra pas. »

 

 

 

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