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Au coeur du CHAPSA avec Jacques Hassin, docteur en "clodologie"

Au coeur du CHAPSA avec Jacques Hassin, docteur en "clodologie"
“Les locaux couvrent 17 hectares, à peine moins que le Vatican”. Bienvenue au CASH, le Centre d’Accueil et de Soins Hospitaliers de Nanterre qui regroupe un hôpital de droit commun, une maison de retraite (Ehpad) et un Centre d’hébergement et d’Assistance Pour Personnes Sans-Abri, le CHAPSA.


L’équipe d’Entourage a droit à une visite privée de l’établissement avec le chef de la consultation médicale du CHAPSA Jacques Hassin une des grandes figures de l’action sociale en France. Ancien anesthésiste-réanimateur, il a accompagné la création du Samu Social avec Xavier Emmanuelli en 1993 et il a écrit une thèse en 1996 sur “l’émergence de l’abord médico-social des populations sans toit stable”.

 

Aujourd’hui “clodologue”, comme il se surnomme avec humour, M. Hassin est également au Conseil des Sages d’Entourage. Ce qui a lui a plu dans le projet d’Entourage, c’est d’avoir introduit l’idée que les citoyens pouvaient agir pour faire bouger les choses. Selon lui la faim est un problème mineur dans la rue par rapport au froid et au fait qu’ils “n’existent pas dans le regard des autres”.

 

Visiter le CHAPSA, c’est voyager dans un endroit unique en son genre. En toute discrétion et humilité, ce centre public se veut être une parenthèse paisible dans le quotidien des sans-abri. Pour Jacques Hassin, ce sont souvent des personnes fragiles ayant manqué d’amour. Le centre accueille près de 275 SDF par jour qui y trouveront douches, repas chauds et couchages. Jacques, qui a passé sa vie à essayer d’aider les sans-abri, aime à répéter cette phrase de Condorcet, qui prend tout son sens au sein du CHAPSA : “La mission sacrée de la nation française est de s’occuper de ses maillons les plus faibles”.

 

Le centre n’accueille ni enfants ni animaux et les femmes restent minoritaires (50 sur 275). La prise en charge des SDF est simple et efficace. L’arrivée se fait en bus puis ils laissent leurs bagages et passent le portique de sécurité avec en main le strict minimum. S’en suivent les douches (individuelles) dans lesquelles leur sont fournis serviette jetable, gant pré-savonné et rasoir. Étonnant : les brosses à dent et le dentifrice ne sont plus fournis, après le retrait d’un mécène. “Les temps sont durs”, dit Jacques Hassin en haussant les épaules.

 

Jacques Hassin nous fait ensuite visiter la cantine. Les repas sont gratuits : les personnes accueillies peuvent dîner et petit-déjeuner. . On pourrait penser que ces repas sont des moments conviviaux, pendant lesquels les rires fusent et que les conversations vont bon train mais en réalité c’est tout le contraire. Ces personnes en grand difficulté avalent leur repas le plus vite possible sans échanger avec leur voisin. “Ce qui m’a le plus frappé, c’est le silence”, nous confie le docteur.

 

Ils passent ensuite la nuit dans une chambre de quatre personnes qui leur est préalablement attribuée au moment de leur arrivée. Rien ne leur est demandé : ni papier, ni carte vitale, ni justificatif… Ils déclinent leur identité de façon déclarative (on retrouve d’ailleurs parfois des “Nicolas Sarkozy” parmi les inscrits…). Les personnes accueillies peuvent choisir leurs voisins de chambre par affinité afin d‘éviter les violences. Au total, il y a 30% de nouveaux arrivants et 70% des personnes sont des habitués donc tout ce processus se déroule plus ou moins facilement. Une infirmerie est à leur disposition toute la journée et accueille une trentaine de personnes par jour.

 

Si ces personnes ne sont “pas assez bien pour retourner dans la rue mais pas assez malade pour être hospitalisées” (problème cardiaque, respiratoire, chimiothérapie…), ils peuvent demeurer quelques jours voire quelques semaines (jusqu’à trois mois) dans une infrastructure médicalisée de 48 lits, située juste en face du centre d’accueil : seule une agréable cour avec des arbres et des bancs les sépare.

Même si cette initiative de J. Hassin peut paraitre comme une goutte d’eau dans un océan et même si elle ne permet pas de sortir définitivement les sans-abri de la rue, le CHAPSA leur apporte un peu de chaleur et d’aide dans leur quotidien.

 

Salomé Moalic & Constance Elies, stagiaires chez Entourage

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