Header logo

Le portail n°1 dédié à l'intérêt général

[SAGA MÉCÉNAT] LES GRANDES FONDATIONS CULTURELLES : Vuitton sous vide

[SAGA MÉCÉNAT] LES GRANDES FONDATIONS CULTURELLES : Vuitton sous vide
Découvrez tout au long de l'été la saga du mécénat culturel sur carenews.com. Bernard Hasquenoph, fondateur de Louvre pour tous, décrypte pour nous l'histoire des plus grandes fondations d'entreprises françaises. Le troisième épisode décrypte l'histoire de la Fondation Louis Vuitton.


C'est d'abord une coquille vide. Un bâtiment à l'histoire mouvementée dont personne ne savait ce qu'il contiendrait avant son inauguration en 2014. Tombé vingt ans plus tôt dans l'escarcelle de LVMH avec le rachat du groupe Boussac qui en avait la concession, le Jardin d'acclimatation, propriété de la Ville de Paris, offrait un superbe emplacement dans le bois de Boulogne. Est-ce pour cela que le groupe de luxe le conserva ? Possible, car gérer un mini parc d'attractions n'est pas vraiment son coeur de métier.

Si sa passion pour la musique était connue, comme tout grand patron, Bernard Arnault, son PDG, était aussi collectionneur à titre personnel. De peintures, surtout de la première moitié du XXème siècle. Est-ce l’annonce en 2000 par son éternel rival François Pinault de construire son propre musée d’art contemporain près de Paris qui déclencha les opérations ? Arnault, ébloui par le musée Guggenheim de Bilbao, commanda discrètement à Frank Gehry, son architecte, un écrin pour sa future Fondation Louis-Vuitton, du nom de la marque la plus emblématique du groupe, sa poule aux oeufs d’or.

En 2006, alors qu'en froid avec l’administration, Pinault renonçait à implanter son musée en France, le projet d’Arnault était officialisé, soutenu par l'Etat et la Ville de Paris qui modifiait son plan local d'urbanisme (PLU) pour permettre la construction dans une zone pourtant protégée. Tandis que les travaux démarraient pour une ouverture en 2010, une collection d’art contemporain était constituée de toutes pièces, acquise par la Fondation, sans que ne soit exclu qu'Arnault prête ses oeuvres. Mais trois ans plus tard, après de multiples rebondissements judiciaires, le permis de construire et le PLU tombèrent, contestés par une coordination d'associations locales. Il faut dire qu’en face, on rivalisait d’imagination pour contourner les obstacles. Vous comptez quatre étages au bâtiment ? Un mirage. Ce sont des mezzanines et l'unique étage autorisé fait 46 mètres de haut ! Mieux encore : en 2011, la situation bloquée, des députés de gauche et de droite s’accordèrent pour glisser dans une loi sur le livre numérique un amendement sans rapport, juste pour autoriser le chantier. Ce qu’on appelle un cavalier législatif. Rien n'arrête LVMH.

Ainsi, la Fondation Louis Vuitton ouvrira avec quatre ans de retard, inaugurée en grande pompe par le président de la République et une ribambelle d’happy fews, couronnement d'une stratégie d'artification des marques LVMH vieille de vingt ans. L'édifice en forme de nuage fera son effet, même si sa circulation intérieure reste complexe. Généreux, Bernard Arnault annoncera que le bâtiment reviendrait à Paris dans 50 ans, principe même d’un bail emphytéotique. Depuis, la Fondation poursuit sa mission de rendre l’art accessible au plus grand nombre – à 14 euros l'entrée - à travers des expositions spectaculaires parfaitement scénographiées, tout en s’en servant pour les intérêts du groupe : visites offertes à ses meilleurs clients, soirées privées, défilés… On n'est jamais mieux servi que par soi-même.


Bernard Hasquenoph, fondateir de Louvre pour tous

Sources : “La Passion créative“, Bernard Arnault, éditions Plon, 2000 ; La Croix, 2 octobre 2006 ; Dalloz.actualite.fr, 21 juin 2012 ; Libération, 19 octobre 2014.

, , , ,