[CARENEWS JOURNAL 6] [D'AILLEURS] LES ENFANTS DU LAC TCHAD

[CARENEWS JOURNAL 6] [D'AILLEURS] LES ENFANTS DU LAC TCHAD
En avril 2014, le groupe Boko Haram enlevait 276 lycéennes dans la ville de Chibok, au Nigéria. Cet évènement tragique et la vague d’indignation mondiale qui s’ensuivit mirent en lumière l’impact de ce conflit, l’un des plus violents que le bassin du Lac Tchad ait connu. Nous nous sommes rendus à l’extrême nord du Cameroun, à la rencontre de celles et ceux qui tentent, avec l’aide des organisations humanitaires, de surmonter la douleur de leurs souvenirs.


« Soit vous venez avec nous, et on vous laissera la vie sauve. Soit vous fuyez, et on vous tuera. » Lorsqu’il entend cette phrase hurlée par un membre du groupe Boko Haram qui vient d’attaquer son village, Hamadou*, 12 ans, sait que sa vie vient de basculer.

Nous sommes en 2013, à Madagali, au Nigéria. Hamadou et sa famille étaient venus du Cameroun voisin quelques années auparavant pour fuir la pauvreté, endémique dans la zone septentrionale du pays. Après quelques mois difficiles, et malgré la crise économique iée à la chute des cours du pétrole, son père était parvenu à trouver un travail et à subvenir aux besoins de son épouse et de ses trois fils.

« Les gens avaient des pistolets, ils tiraient partout. J'avais très peur. Je tremblais.»

À l’école, les enfants s’étaient liés avec les jeunes Nigérians, issus bien souvent de la même ethnie et parlant la même langue. Hamadou, lui, avait rencontré Amin, « mon meilleur ami », dit-il, avec les yeux brillants, mais qui se voilent bien vite lorsqu’il évoque la suite, une attaque nocturne, soudaine, brutale. Une nuit d’enfer. « Nous ne savions pas ce qui nous arrivait, explique-t- il. »

Malgré les menaces du combattant de Boko Haram, la famille décide de fuir, accompagnée d’une quinzaine d’autres personnes, dont Amin et son père. « Nous courions, courions, sans nous arrêter, raconte Hamadou. À un moment, je me suis retourné. Tout le village brûlait. »

Hamadou fait partie de ces dizaines de milliers d’enfants déracinés par le conflit. Selon les dernières estimations des Nations Unies, ils seraient plus de 150 000 au nord du Cameroun, qu’ils soient des réfugiés nigérians ou des déplacés internes camerounais, chassés par la violence.

C’est afin d’aider ces enfants à se reconstruire et à retrouver leur normalité d’avant la guerre que le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF) soutient l’association locale ALDEPA qui organise, dans les zones où ils ont trouvé refuge, des activités de soutien éducatives et ludiques.

Geneviève Tikela fait partie des animateurs sociaux de l’association qui, chaque jour, vont à la rencontre de ces enfants qui ont vu ce qu’aucun enfant ne devrait voir. « Notre travail passe beaucoup par le dialogue, explique-t- elle. Ces enfants ont besoin de parler afin d’accepter de vivre avec leurs souvenirs, même les plus douloureux. Généralement, leur entourage se résume à des personnes qui ont également dû fuir la violence, et qui n’ont pas la distance nécessaire pour aider les enfants à passer à autre chose. »

« Je souhaite devenir soldat pour me venger de ceux qui nous ont fait du mal. »

Ce jour-là, à Mokolo, petite ville de l’extrême nord du Cameroun, c’est dans la cour d’une grande maison familiale que l’association a choisi d’installer un espace temporaire où les enfants sont libres de jouer, de rire, et d’oublier l’espace de quelques heures la di culté de leur situation. Geneviève anime un groupe de discussion afin d’amener une dizaine d’enfants de sept à treize ans à raconter ce qu’ils aimeraient être lorsqu’ils seront grands. Hamadou est catégorique : « Je souhaite devenir soldat, annonce-t-il avec un regard dur – un regard d’adulte. »

Lorsque l’animatrice lui demande pourquoi il souhaite devenir soldat pour se venger de ceux qui l'ont fait sou rir, Hamadou retrouve une expression de peur. Ses souvenirs les plus douloureux remontent à la surface.

Retour en 2013, durant cette nuit où tout changea pour Hamadou. Des combattants de Boko Haram ont repéré le groupe en fuite, et une colonne s’avance vers eux. Le père d’Hamadou prend son fils dans ses bras, et se met à courir de plus en plus vite. Amin, l’ami du jeune garçon et ses parents sont en retrait : sa mère, malade, ne peut avancer aussi vite que le reste du groupe. Ils sont vite rejoints par les hommes en armes. Sous les yeux d’Hamadou, qui a trouvé refuge derrière la crête d’une colline, ils sont emmenés dans la forêt. Hamadou entend des coups de feu. Et puis plus rien, un silence pesant, qui dure depuis plus de trois ans.

« Cela prendra du temps aux enfants comme Hamadou pour retrouver la normalité qu’ils connaissaient, nous dit Geneviève. Cela ne sera jamais pareil, mais nous travaillons afin qu’ils retrouvent la paix et la tranquillité qu’ils avaient avant. C’est un travail di cile, de longue haleine. Mais je le fais parce que j’aime profondément les enfants, et que j’aime voir les enfants épanouis. »

Alors, les animateurs se mettent à taper dans leurs mains, en rythme, à chanter des chansons et, subitement, la cour de la grande maison s’emplit de cris, de rires, de joie. L’espace de quelques heures, les enfants, dont Hamadou, retrouvent leur enfance. « Ici, on fait des jeux, on apprend des choses, nous dit-il. On oublie ce qui s’est passé. Mon jeu préféré, c’est le tir à la corde. C’est moi le plus fort. »

Avant de le laisser à ses activités, nous demandons à Hamadou s’il a un message à faire passer aux autres enfants qui sont dans sa situation. Son sourire s’e ace, une larme roule au coin de ses yeux, et il nous dit, calme et déterminé : « Je ne veux parler à aucun enfant, à part à mon ami, Amin. »

Lorsque l’animatrice lui demande pourquoi il souhaite devenir soldat pour se venger de ceux qui l'ont fait sou rir, Hamadou retrouve une expression de peur. Ses souvenirs les plus douloureux remontent à la surface.

Retour en 2013, durant cette nuit où tout changea pour Hamadou. Des combattants de Boko Haram ont repéré le groupe en fuite, et une colonne s’avance vers eux. Le père d’Hamadou prend son fils dans ses bras, et se met à courir de plus en plus vite. Amin, l’ami du jeune garçon et ses parents sont en retrait : sa mère, malade, ne peut avancer aussi vite que le reste du groupe. Ils sont vite rejoints par les hommes en armes. Sous les yeux d’Hamadou, qui a trouvé refuge derrière la crête d’une colline, ils sont emmenés dans la forêt. Hamadou entend des coups de feu. Et puis plus rien, un silence pesant, qui dure depuis plus de trois ans.

« Cela prendra du temps aux enfants comme Hamadou pour retrouver la normalité qu’ils connaissaient, nous dit Geneviève. Cela ne sera jamais pareil, mais nous travaillons afin qu’ils retrouvent la paix et la tranquillité qu’ils avaient avant. C’est un travail di cile, de longue haleine. Mais je le fais parce que j’aime profondément les enfants, et que j’aime voir les enfants épanouis. »

Alors, les animateurs se mettent à taper dans leurs mains, en rythme, à chanter des chansons et, subitement, la cour de la grande maison s’emplit de cris, de rires, de joie. L’espace de quelques heures, les enfants, dont Hamadou, retrouvent leur enfance. « Ici, on fait des jeux, on apprend des choses, nous dit-il. On oublie ce qui s’est passé. Mon jeu préféré, c’est le tir à la corde. C’est moi le plus fort. »

Avant de le laisser à ses activités, nous demandons à Hamadou s’il a un message à faire passer aux autres enfants qui sont dans sa situation. Son sourire s’efface, une larme roule au coin de ses yeux, et il nous dit, calme et déterminé : « Je ne veux parler à aucun enfant, à part à mon ami, Amin. »

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