[Entretien] Laure Kermen-Lecuir, déléguée générale de la Fondation du Groupe ADP

[Entretien] Laure Kermen-Lecuir, déléguée générale de la Fondation du Groupe ADP
Après un long parcours en politique pendant lequel la mise en oeuvre des politiques publiques l’a passionnée, Laure Kermen Lecuir est entrée chez ADP. Elle est chargée de structurer le mécénat du groupe en s’appuyant sur une fondation créée l’an dernier. L’implication des salariés du groupe et le travail avec les autres fondations sont les pierres angulaires de ce projet.


Quel parcours professionnel vous a menée à la Fondation Groupe ADP ?

Mon parcours professionnel est atypique. De formation juridique (notaire) j’ai commencé par travailler dans une étude notariale, mais suis tombée très jeune dans la politique en devenant assistante parlementaire en 1997. Deux ans plus tard, je suis entrée au Secrétariat d’État à la Santé, à l’action Sociale, aux Personnes Agées et Personnes Handicapées. Puis, pour avoir une expérience terrain, j’ai fait un tour de deux ans au Conseil général du Val d’Oise. En 2004 j’ai intégré le cabinet du président du Conseil général de l’Oise où, en charge des questions sociales, j’ai découvert le lourd sujet de l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance). En 2007 je suis entrée au cabinet de Martin Hirsch, alors Haut-Commissaire aux Solidarités Actives contre la Pauvreté et à la Jeunesse, pour la mise en place du RSA. Ce fut une de mes plus belles missions. Puis j’ai suivi Martin Hirsch pour la création de l’Agence du Service Civique afin de le développer auprès les collectivités locales. Enfin je suis entrée en 2012 au Cabinet de Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre des droits des femmes, pour négocier avec les collectivités territoriales un protocole d’accord sur l’égalité professionnelle femmes-hommes. Dans tout ce parcours, ce qui m’a toujours passionnée fut de porter et d’aider à mettre en œuvre sur le territoire national les politiques publiques. Le plus bel exemple étant le RSA pour lequel il y a eu une vraie co-construction avec tous les intervenants (départements, CAF, Pôle Emploi entre autres).

En novembre 2014 je suis arrivée chez ADP où le président m’a confié la mission de structurer le mécénat du groupe et de créer une fondation d’entreprise. De nombreuses actions de solidarité étaient en effet menées, mais le mécénat n’était pas dans la culture du groupe qui en faisait sans le valoriser particulièrement, sans l’optimiser fiscalement, presque sans le savoir comme monsieur Jourdain faisait de la prose. La Fondation du Groupe ADP, elle, a vu le jour en juin 2015.

 

Quelles sont les ambitions de la jeune Fondation du Groupe ADP ?

Quatre axes d’engagement prioritaires ont été choisis.  Le soutien aux initiatives locales permis par notre présence sur les territoires grâce à nos plateformes. L’international parce que nous souhaitons intervenir dans les pays dont nous gérons les aéroports. L’éducation et la prévention de  l’ illettrisme et du décrochage scolaire. L’implication des salariés du groupe est l’axe angulaire de la Fondation, aucun projet n’est soutenu par la Fondation sans un parrain ou une marraine salarié de l’entreprise. Celui-ci est alors l’interface humain quotidien entre la Fondation et l’association soutenue. Il va sur le terrain et peut voir comment avance le projet financé ou nous alerter sur tel ou tel difficultés de l’Association. L’engagement des salariés passe aussi par le mécénat de compétence plus classique. Enfin il peut s’agir d’un engagement de tutorat auprès de jeunes de 12 à 25 ans. Nous avons par exemple des salariées qui soutiennent actuellement des jeunes filles faisant des études scientifiques pour les aider à persévérer dans cette voie. 

L’an dernier nous avons ainsi soutenu 55 projets avec un budget de 850 000 euros et 150 salariés se sont engagés dans l’une ou l’autre des actions. Nous lançons deux appels à projets par an et organisons deux prix, celui Coup de cœur de la Fondation du Groupe ADP et le Prix des salariés permettant d’attribuer un bonus à l’association la plus « Liker ». 

 

Quelle vision avez-vous de l’évolution du mécénat ?

En à peine deux ans d’engagement dans le mécénat, je constate que les Fondations cherchent de plus en plus à travailler ensemble. Notre Fondation vient d’ailleurs d’adhérer à l’Alliance des Mécènes pour l’ Éducation qui rassemble 12 fondations d’entreprises. Cela permet de mutualiser les financements, de mieux cibler les territoires, d’avoir une vision et une évaluation plus fine des programmes, de partager un diagnostic.

On sort du mécénat tiroir caisse pour aller vers un mécénat constructif, plus collectif, plus performant. Nous gardons chacun notre « ADN », mais nous partageons une méthode d’action afin d’être plus efficaces ensemble que chacun dans notre coin.

 

crédit photo : David Morganti

, , , , ,