[HORS FRONTIÈRES] La philanthropie se structure peu à peu en Bulgarie

[HORS FRONTIÈRES] La philanthropie se structure peu à peu en Bulgarie
Chaque mois carenews.com vous invite à voyager pour découvrir les us et coutumes du mécénat, du fundraising, de la philanthropie et des innovations au service de l'intérêt général hors de nos frontières. Une chronique mensuelle pour s'inspirer et s'améliorer en France avec un regard ouvert vers l'extérieur. Aujourd’hui départ pour la Bulgarie où, malgré un contexte  difficile, la philanthropie se structure peu à peu.


Le 1er janvier 2017, la Bulgarie a fêté les dix ans de son entrée dans l’Union Européenne. Bien que le PIB par habitant soit passé de 4 900 euros en 2007 à 5 700 en 2015, sa population reste parmi les plus pauvres des 28 pays membres. “Le bilan économique des dix dernières années est positif, mais contrasté” indique T.Apoteker dans un article du Monde. Alors que le pays vient de se doter d’un nouveau président, l’économie et l’histoire du pays restent profondément marquées par un règne soviétique de près d’un demi-siècle. Ce demi-siècle de domination totalitaire se ressent aujourd’hui à plusieurs titres et en premier lieu à une société civile encore émergente dans ce pays. Alors comment un complexe philanthropique peut-il éclore dans un pays qui construit encore son système démocratique et où l’initiative privée a longtemps été déconsidérée?

 

Une philanthropie émergente

Les premiers jalons de politique RSE et de philanthropie d’entreprise sont posés par des firmes anglo-saxonnes, s’installant dans le pays suite à son ouverture indique Krasimira Velichkova, Directrice Générale du Bulgarian Donors Forum (Български Дарителски Форум) (BDF).

Dès 2004, année d’entrée de la Bulgarie dans l’OTAN, onze fondations se rassemblent et créent le BDF. L’idée est avant tout de “partager, d’apprendre, d’être représenté” et de voir évoluer un cadre réglementaire qui, du point de vue du BDF, reste perfectible. En 2007, année d’entrée de la Bulgarie dans l’UE, le BDF évolue vers un rôle de centre de ressources, croisant porteurs de projets et financeurs en vue de professionnaliser le secteur. Cette évolution s’accompagne d’une croissance globale du secteur bien que le niveau de don stagne autour des 110 millions de Lev depuis 2011. En 2015, les dons réalisés par les entreprises, individuels et fondations s’élevaient à 54 millions d’euros, issus pour 93% des entreprises et fondations.

 

Un contexte national complexe

“Le contexte fiscal de la générosité n’est pourtant pas mauvais”, selon Mme Velichkova ; mais avec un taux d’imposition des bénéfices de 10%, celui-ci n’est pas un élément moteur pour les fondations. De plus, deux fonds gérés par l’État et agissant pour les enfants malades et l’assistance à la procréation permettent à leurs donateurs de bénéficier d’exemptions de taxe plus importantes. Issus d’initiatives privées, ces fonds ont vu leur gestion ensuite assurée par l’État. “Les donateurs sont dans une dynamique d’exploration des méthodologies”, afin de les voir un jour changer d’échelle explique Mme Velichkova.

En revanche, les donateurs semblent cruellement manquer de reconnaissance. Les opérations menées en coopération par une association avec une fondation ou une entreprise font rarement l’objet d’une reconnaissance large de la part des médias et des pouvoirs publics.

 

“Sorosoid”

Les domaines les plus investis par la générosité sont l’éducation, le social, l’environnement, les arts et la culture. Cependant, recevoir de l’argent de l’étranger reste mal considéré, il existe même un terme pour cela: “sorosoid”. Bâti sur le nom du milliardaire George Soros, le terme est notamment employé par les opposants au travail de l’Open Society Foundation (fondée et financée par M.Soros).

Pour contrer cette perception, le BDF a déployé de nombreuses actions. Dans les écoles avec le programme “Learning to Give” et dans différentes villes de Bulgarie avec la mise en place d’une exposition de photographie autour des actions de plusieurs fondations. Enfin, une série d’interviews autour de l’histoire de philanthropes bulgares depuis 1878 a connu un large succès auprès de la population.

 

Philanthropie et entrepreneuriat social

Cette perception ambivalente de la philanthropie n’empêche pas le développement d’initiatives intéressantes. Parmi celles-ci, la Maria’s World Foundation, accompagnée par le BDF, est vraisemblablement l’une des plus marquantes. Prenant à bras-le-corps la question de la déficience mentale dans un pays où elle est largement tabou, cette fondation a ouvert un centre d’accueil de jour, un café et un service de catering employant des personnes en situation de handicap. Elle travaille également à l’employabilité de ses bénéficiaires en intervenant dans le cadre de la formation et de l’accompagnement des employeurs. Au croisement de la philanthropie et de l’entrepreneuriat social, ce type d’initiative se développe dans le pays (écoles de code…).

S’il apparaît clair qu’un long chemin reste à parcourir, force est de constater que le contexte économique, social et fiscal complexe de la Bulgarie n’a pas empêché l’émergence d’une philanthropie robuste. Partie intégrante du chemin du pays vers le renforcement de sa société civile et de sa démocratie, celle-ci est un élément clé dans la construction d’une société où les gens ont confiance dans leur capacité à effectivement changer les choses et à faire une différence pour eux et les leurs.

 

 

Remerciements à Krasimira Velichkova (photo) et Boryana Kirilova du Bulgarian Donors Forum.

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