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[ÉGALITÉ DES CHANCES] [CNJ] Décryptage de l’égalité des chances

[ÉGALITÉ DES CHANCES] [CNJ] Décryptage de l’égalité des chances
Il y a quelque chose d’un peu dérangeant dans l’expression égalité des chances, parce qu’il semble difficile de placer sur un terrain mesurable (et il le faut pour obtenir l’égalité) un possible teinté d’aléatoire comme la chance. Peut-on être égaux devant la fortune ? Faudrait-il sinon voir tout l’optimisme du terme et essayer de parler d’opportunités, de possibilités ? Aucun jeu sémantique ne cachera une réalité peu glorieuse : en France, la diversité, qui est une richesse, devient une barrière en termes d’éducation et d’emploi, les deux clés de l’intégration et du vivre ensemble. Pire, elle s’insinue partout, de l’accès au logement ou encore à la santé.


 

On n’inventera plus l’eau chaude à ce sujet, car cela fait bien longtemps que le concept existe et qu’il est étudié. Ce qui est sûr, c’est que chacun se sent concerné depuis un tournant, qui a marqué plus que d’autres. C’est en tout cas une certitude pour ma génération : les émeutes des banlieues de 2005 suivies du débat sur la discrimination positive ont incité tous ceux qui essaient de ne pas penser uniquement par leur prisme à regarder l’échec cuisant de l’école républicaine et de l’emploi pour tous. L’égalité des chances, pour nous, serait apprendre de façon égalitaire à l’école, de réussir ses études, de trouver des stages puis un emploi. Mais notre constat est qu’à aucune de ces étapes l’égalité règne.
 

Le monde associatif est très présent sur ce combat, parce que celui-ci est lié à beaucoup d’autres : l’égalité des chances est dépendante des moyens financiers, de l’éducation scolaire et culturelle également. Ainsi, ce sujet est pris en main par des programmes d’associations, mais surtout par des structures dédiées. Un certain nombre d’entre elles sont à la base de projets d’entreprises devenus des identités à part entière. Vous en découvrirez quelques-uns dans ce journal thématique. Les entreprises, pour leur part, agissent de façon multiple sur ce sujet, en utilisant bien évidemment le mécénat. Elles y ont intérêt, car elles ne prospéreront pas dans une société qui va mal. De plus, depuis quelques années, l’évidence de l’implication des entreprises dans la sphère solidaire et citoyenne se renforce. Certaines fondations sont consacrées à la cause. On peut citer la Fondation TF1, qui s’engage via un programme de formation qui fête cette année ses 10 ans et, bien sûr, la Fondation FDJ, partenaire de ce numéro, qui vient de repenser l’action de sa fondation pour s’emparer de cette lutte contre les inégalités.
 

Les projets portés par le tiers secteur de concert avec les entreprises et les pouvoirs publics sont désormais d’envergure. Les analyses menées après les émeutes de 2005, dont nous parlions en introduction, révèlent un échec. Certains penseurs, comme François Dubet, ont souligné qu’il y avait un travail à effectuer en amont de la chance, une réforme profonde à mener sur la vie des parents et pas seulement sur les conséquences sur les enfants. Les projets d’envergure, coconstruits et réalistes, émergent et font honneur au secteur de la solidarité. Les égos mis de côté conjugués à une certaine humilité devant l’ampleur de la tâche feront changer les choses définitivement, il faut l’espérer.

 

Extrait de Les paradoxes de l’égalité des chances de François Dubet, professeur de sociologie à l’université de Bordeaux et directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (Paris) :

"Il reste que si l’égalité des chances est un modèle de justice incontestablement juste, la promotion du mérite individuel est indifférente aux inégalités sociales elles-mêmes. Elle ne met pas en cause le fait que les plus méritants occuperont les meilleures positions et les autres, les plus mauvaises. Peut-être est-il temps de rappeler avec force qu’il existe un autre modèle de justice visant moins l’égalité des chances que l’égalisation des conditions. On peut sans doute promettre aux enfants d’ouvriers qu’ils ont le droit d’échapper à leur sort, mais on pourrait aussi améliorer la condition des ouvriers afin que ceux qui seront un jour ouvriers ne soient pas « punis » de n’avoir pas saisi leur chance. Et comme les opportunités de mobilité ascendante sont fatalement plus rares que les concurrents à la mobilité, comme l’égalité des chances exige sa part de vaincus, la justice sociale passe d’abord par la réduction des inégalités entre les revenus, les conditions de vie et les conditions d’éducation. Ajoutons que plus une société est relativement égalitaire, moins l’égalité des chances y est une chimère : plus il est facile de monter puisque les distances sociales sont faibles, moins il est tragique de descendre puisque, là aussi, les distances sociales y sont plus faibles. Autrement dit, l’égalité sociale devrait avoir la priorité sur l’égalité des chances."

 

Article extrait du Carenews Journal N°10, consacré à l'égalité des chances. Numéro soutenu par la Fondation FDJ

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