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[ÉGALITÉ DES CHANCES] [CNJ] Gisèle, coach hyperactif chez Mozaïk RH

[ÉGALITÉ DES CHANCES] [CNJ] Gisèle, coach hyperactif chez Mozaïk RH
À diplôme égal, un jeune de quartier prioritaire a trois fois moins de chances de trouver un travail qu’un jeune des villes-centres. Pour faire avancer l’égalité des chances, le cabinet de recrutement Mozaïk RH s’est spécialisé dans la promotion de la diversité dans les entreprises. La structure mobilise une centaine de bénévoles pour accompagner de jeunes diplômés de quartiers prioritaires vers l’emploi. Engagée depuis 4 ans au sein de l’association, Gisèle coache avec ferveur ces jeunes talents qui ont bien souvent perdu confiance en eux.


Le crédo de Gisèle c’est “place à la jeunesse ! ” À 57 ans, cette ancienne responsable marketing, est bénévole au sein de Mozaïk RH. Ce cabinet de recrutement créé en 2004 pour lutter contre les discriminations s’est spécialisé dans la promotion de la diversité en entreprise. L’association d’utilité sociale entend “créer des passerelles entre deux univers trop souvent étanches” : à la fois en accompagnant les jeunes diplômés des quartiers défavorisés, mais aussi en sensibilisant les entreprises au recrutement et au potentiel de ces candidats.

Accompagnement individuel et collectif, mentorat en entreprise, ateliers thématiques, le candidat est suivi jusqu’à ce qu’il décroche un job à la hauteur de ses compétences. Gisèle fait partie des cent bénévoles mobilisés par le cabinet. Bienveillante et hyperactive, elle se donne à fond pour accompagner ses protégés vers le succès. “J’aime les challenger. Je leur dis toujours : je serais très fière si tu prenais ma place.”

Transmettre aux jeunes ses connaissances, Gisèle a toujours adoré ça. “Dans ma boîte, j’ai toujours été au contact des stagiaires ou des alternants et ça m’a toujours plu de les faire monter en compétences.” Alors, il y a quatre ans, quand sa boîte impose à tous les cadres des temps dédiés au développement personnel, “au lieu de faire une énième formation, j’ai décidé de me tourner vers l’associatif”. Gisèle profite d’un partenariat entre l’entreprise et Mozaïk RH et commence le mentorat : ponctuellement, elle reçoit des jeunes dans son entreprise, revoit avec eux leur CV, les informe des attentes de son secteur. Puis progressivement, se met à accompagner individuellement certains d’entre eux. Il y a un an, à la suite d’un plan d’entreprise, Gisèle passe en préretraite. Elle décide alors d’intensifier son activité bénévole.

Désormais, une fois par semaine, elle quitte ses Yvelines direction Paris, au local de Mozaïk RH situé dans le 14e arrondissement. Là, pendant tout l’après-midi, elle enchaîne les entretiens de positionnement avec les nouveaux candidats désireux de travailler dans la communication, le marketing ou les ressources humaines. “Il faut leur expliquer ce que l’école ne leur apprend pas. C’est devenu tellement compliqué aujourd’hui : on est plus au plein emploi, on a des objectifs de folie, il faut connaître les autres métiers, la concurrence, créer son réseau.” Pendant les entretiens, Gisèle questionne et bouscule les idées reçues des jeunes, sur leur projet professionnels ou le monde de l’entreprise. À côté des entretiens de positionnement, elle suit individuellement quatre candidats. “Je les vois au moins une fois par mois, on va se prendre un café pendant deux heures. Je les conseille, je les rassure. On fait aussi des aller-retour par mail ou téléphone s’ils ont besoin. Et même quand ils trouvent un job, je ne les lâche pas.”

Consolider son projet professionnel, maîtriser le jargon du secteur ou de l’entreprise, bien rédiger son image sur les réseaux (CV Linkedin, compte Twitter), la marraine donne à ses filleuls les clés pour se démarquer dans le flot des candidatures. Pour Gisèle, le principal obstacle pour ces jeunes reste l’autocensure. “Heureusement qu’il y a Mozaïk, sinon beaucoup d’entre eux n’oseraient pas postuler à certaines offres. Grâce à l’accompagnement, ils prennent conscience qu’ils peuvent le faire.”
 

“Si on ne croise pas la bonne personne pour nous aider ou nous aiguiller dans notre parcours professionnel, on peut passer à côté de grandes opportunités”.

 

Un manque de confiance légitime si l’on en croit les chiffres. La crise économique touche de plein fouet les quartiers populaires et les jeunes diplômés sont de plus en plus touchés. Selon un rapport de l’Observatoire national de la politique de la ville de 2014, le taux de chômage des niveaux bac+2 et plus est presque trois fois supérieur à celui des villes-centres (18,8 %, contre 6,5 %). Les diplômés subissent ce qu’on appelle l’effet quartier et, pour la première fois, une étude mesure une discrimination liée à leur lieu d’habitation pour cette catégorie de demandeurs d’emploi. Grâce à son programme d’accompagnement, Mozaïk RH crée le chaînon manquant entre l’entreprise et ces jeunes trop souvent stigmatisés.    

Un suivi au long cours qui porte ses fruits. Gisèle se souvient avec tendresse de Rifka, sa “toute première” candidate en coaching. Quand elle fait sa connaissance il y a quatre ans, la jeune femme sort de l’ESSEC Lille. “Elle était super douée, voulait faire du marketing, mais elle souffrait d’un manque total de confiance en elle.” Gisèle la remotive, lui montre les outils utilisés pour ses campagnes marketing. Elle lui trouve même un boulot. Depuis, Rifka a eu un enfant et a finalement choisi de changer de secteur pour devenir professeure des écoles. Et tout au long de ces étapes, Gisèle était là. “En ce moment je la challenge pour qu’elle passe son permis, je l’encourage à passer le CAPES, je continue à jouer ce rôle d’aiguillon.” Ses trois autres protégés aussi ont trouvé un emploi. “Je suis comme un prof quand ses élèves décrochent le bac. Quand ils trouvent un boulot c’est pareil, je suis hyper contente. Et ils sont hyper reconnaissants.”

Gisèle en est persuadée : “si on ne croise pas la bonne personne pour nous aider ou nous aiguiller dans notre parcours professionnel, on peut passer à côté de grandes opportunités”. Et elle le reconnaît, sans des structures comme Mozaïk RH, beaucoup de jeunes issus de milieux défavorisés ne croiseront probablement jamais cette personne. Pour elle, qui a toujours bossé pour des entreprises étrangères “avec 120 nationalités”, la diversité est “une richesse”. Lorsqu’elle voit ses protégés reprendre confiance, grandir professionnellement, Gisèle, ça lui donne la pêche. “ Maintenant c’est eux qui vont pouvoir m’apprendre les nouveautés de mon secteur”, s’amuse la bénévole. Et tant qu’elle aura l’énergie, Gisèle continuera son engagement.

 

Article extrait du Carenews Journal N°10, consacré à l'égalité des chances. Numéro soutenu par la Fondation FDJ

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