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[ENTRETIEN] Ingrid Brochard, fondatrice du MuMo

[ENTRETIEN] Ingrid Brochard, fondatrice du MuMo
Alors que les Journées européennes du patrimoine attirent chaque année des milieux de curieux, notre ministre de la Culture du gouvernement idéal de l’ESS Ingrid Brochard a fait quant à elle le pari d’aller directement à la rencontre des publics isolés. Le MuMo, son musée mobile créé en 2011, sillonne toute l’année les routes à la rencontre des enfants et de leurs familles dans les zones rurales et les Quartiers Politiques de la Ville afin de les mettre en contact avec la création. Le projet, lauréat La France s’engage, fait peau neuve en 2015. Le MuMo 2, dessiné par la designer Matali Crasset, travaille depuis directement avec les Fonds régionaux d’art contemporain (Frac), et se félicite de son rôle d’acteur du maillage territorial. Plus de 80 000 enfants ont déjà profité du projet soutenu par de nombreux acteurs privés, comme la Fondation PSA, la Fondation Daniel et Nina Carasso, la Fondation Total ou encore Bolloré... ainsi que, en toute logique, “de plus en plus” de PME locales.


 

Vous avez débuté dans les cosmétiques avant de vous tourner vers l’art contemporain, à travers des activités de productrice et de journaliste. Comment avez-vous eu le déclic “intérêt général” ?

 

J’ai monté ma première boîte à l’âge de 18 ans. En milieu de parcours, j’ai exprimé à l’un de mes fournisseurs ma volonté de réinjecter de l’argent pour améliorer les conditions de vie des salariés. Sa réponse ? “Il est temps que tu arrêtes le business.” De là, je suis devenue éditrice en chef d’un magazine d’art contemporain trimestriel qui présentait la scène artistique dans le monde à travers des artistes émergents, des intérieurs de collectionneurs… En 2007, Direct 8 en a fait des émissions de télé, et je suis devenue productrice. J’ai rencontré de nombreux artistes pendant cette période, et j’ai voulu faire un projet axé sur la société, n’ayant moi-même pas eu la chance étant jeune d’être sensibilisée à l’art. J’ai voulu m’inspirer du bibliobus et donner l’opportunité à des publics éloignés de pouvoir “rencontrer” des œuvres.

 

Présentez-nous le projet MuMo

 

Adam Kalkin, l’architecte qui a créé la structure, est venu avec l’idée d’un conteneur qui se déploie. J’ai ensuite demandé des oeuvres à des artistes venus des quatres coins du monde. C’est ainsi qu’est né le MuMo, en 2011. Nous sommes allés à la rencontre d’enfants dans les écoles primaires, en France mais aussi en Belgique, en Afrique et en Espagne. Nous avons très vite été repéré par l’Éducation nationale et le ministère de la Culture, puis nous avons été lauréat La France s’engage en 2015. On nous a alors demandé de dupliquer notre camion pour y présenter les oeuvres des artistes des Frac, nous avons donc monté une seconde structure mobile avec Matali Crasset, le MuMo 2. Et voilà comment ce projet un peu fou et utopique est entré dans les politiques publiques... Nous rencontrons des publics qui n’ont pas accès à l’art dans les zones rurales, dans cette fameuse “diagonale du vide”. Le musée mobile s’installe sur chaque étape pendant une semaine. En amont, nous faisons un travail de sensibilisation auprès des éducateurs et des instituteurs, puis sur place, nous montons des ateliers pour aller au-delà de la rencontre avec l’oeuvre.

 

En matière de transmission de savoirs et de patrimoine culturel, qu’apporte un projet comme le MuMo aux populations auquel il bénéficie ?

 

Notre grande fierté, c’est le maillage territorial. Nous tissons la tournée avec les Directions régionales des actions culturelles (DRAC), qui nous orientent vers des associations locales. Nous essayons de recréer une dynamique, car dans certaines régions, parfois les musées ne se parlent même plus entre eux ! Nous mettons différents interlocuteurs autour de la table pour discuter du projet, des collectifs d’artistes pour monter un atelier avec les enfants, des associations pour les enfants réfugiés avec qui on va organiser une visite dans des langues différentes… Je pense que notre action permet de désamorcer certaines tensions. On s’en sert aussi comme outil lorsque les collectivités rencontrent des difficultés à construire des projets ensemble.

 

Les projets pour la suite ?

 

On prépare pour lille3000 une exposition sur la thématique de l’El Dorado pour un projet curatorial, qui réunira des oeuvres d’artistes de tous horizons et non plus seulement des Frac. Nous espérons aussi avoir plusieurs unités mobiles, car on ne peut satisfaire toutes les demandes…  Pour l’instant, nous couvrons quatre territoires par an, ce qui équivaut à cinquante étapes.

 

Vous travaillez avec de nombreux acteurs publics et êtes soutenue par plusieurs fondations, comme Carasso, La France s’engage, Total, SNCR...  Quel regard portez-vous sur le mécénat aujourd’hui ?

 

Au départ, nous avions seulement recours au mécénat privé. Rapidement, nous avons dû trouver un équilibre, c’est important d’avoir une reconnaissance publique, une labellisation. Ce maillage de subventions, c’est en partie ce qui rend crédible votre projet. On voit bien que les fondations approuvent cette reconnaissance publique. Cela nous permet de favoriser les échanges et le travail collaboratif. La plupart de nos mécènes, comme la Fondation PSA, la Fondation Daniel et Nina Carasso ou la Fondation Total, sont là depuis le début. C’est important de constater que pour eux il est important que l’on travaille ensemble, qu’ils veulent de plus en plus veulent impliquer leurs salariés, comme nous l’a demandé récemment la Fondation SNCF. Aujourd’hui on parle beaucoup du sens, les collaborateurs ont besoin  que leur entreprise s’implique d’un point de vue social dans la société.



 

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