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Par Carenews INFO - Publié le 17 juin 2021 - 12:00 - Mise à jour le 17 juin 2021 - 12:00 - Ecrit par : Théo Nepipvoda
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Des services itinérants pour mieux vieillir ?

Face au vieillissement, les projets itinérants se développent en France. Ils permettent aux seniors isolés d’accéder à des services et de recréer du lien social.

Mathilde Vandersnickt a lancé Prév'enBUS il y a cinq ans. Source : Prév'enBUS.
Mathilde Vandersnickt a lancé Prév'enBUS il y a cinq ans. Source : Prév'enBUS.

 

À priori, l’association fondée par Mathilde Vandersnickt n’a rien d’étonnant. Elle propose des ateliers, axés sur le bien-être, à destination des seniors. Cuisine « santé », prévention des chutes, sophrologie... Pourtant, ces ateliers possèdent une petite particularité : ils se déroulent dans un camping-car. 

Mathilde, accompagnée de ses deux parents, a monté Prév’enBUS il y a cinq ans. La famille a transformé un camping-car en lieu d’ateliers. Depuis, ils sillonnent les territoires ruraux de la Gironde pour proposer un service à des seniors isolés.

« Aller auprès d’eux »

« On a vu qu’il y avait ce besoin d’aller auprès des seniors, qu’ils étaient délaissés », explique Mathilde Vandersnickt. « Le meilleur moyen pour les toucher, c’est d’aller auprès d’eux car ce ne sont pas eux qui vont se déplacer ».

Mathilde a monté Prév'enBUS avec ses deux parents. Source : Prév'enBUS

 

Le but de cette initiative est de pallier la fermeture progressive des services dans les zones rurales. Un problème pour les seniors, souvent peu mobiles. Mais Prév’enBUS n’est pas qu’un pansement… Pour Mathilde, il est bien plus que ça : 

Le fait d’être dans le camping-car, ça apporte plus de proximité et de convivialité. Lorsque les participants voient le véhicule au loin, ça leur procure une sensation de confiance.

 

Avec le Covid, Prév’enBUS a arrêté son service et s’est retranché sur YouTube avec ses vidéos Prév'enligne. Mais l’idée de services itinérants continue de faire son chemin.

Les collectivités s’y mettent

Les décideurs public se sont rapidement saisis de ce concept d’itinérance ou de « mobilité inversée » et en on fait un vrai mode d'intervention sur les territoires. En 2017, un premier bus France services a été mis en place, en Thiérache, une zone rurale dans l’Aisne. Il s’agissait d’une structure itinérante qui accompagnait les habitants dans les démarches administratives. Depuis, le concept, particulièrement utilisé par les seniors, a essaimé sur le territoire.

Si les structures itinérantes peuvent viser tous les publics, elles sont, en effet, particulièrement adaptées à la problématique du vieillissement. Moins mobiles et plus présentes en zones rurales, les personnes âgées ont souvent plus d’intérêts dans ces structures qui viennent à elles. Un besoin qui devrait aller en s'amplifiant : quatre millions de seniors seront en situation de perte d’autonomie en 2050 selon l'Insee.

Des structures adaptées aux seniors ?

Alexandre Vallès a fondé Mon P’tit Camion, une structure qui accompagne les porteurs de projets itinérants. Il explique l’importance du public senior dans son approche : 

On souhaite couvrir les problématiques des personnes âgées. Surtout, les personnes âgées des territoires ruraux car elles sont les premières à avoir des difficultés à se déplacer d’un point de vue physique, financier et culturel .

Un musée itinérant d’art contemporain

La Fondation Macif, de son côté, a réfléchi très tôt à la mobilité inversée. Françoise Lareur, sa présidente, explique l’origine de cette tendance : 

Nous nous sommes emparés du sujet vers 2018. Nous nous sommes dit qu’on avait de quoi affiner notre réflexion sur la mobilité. Il fallait la voir, non plus comme un déplacement, mais comme un moyen d’accès.

 

Depuis, la Fondation Macif a financé de nombreux services itinérants tels que le MuMo, un musée itinérant d’art contemporain qui a un programme spécifique pour les seniors.

Ce type de projet « permet aux personnes âgées de rencontrer du monde, d’avoir accès à des activités culturelles et de pouvoir se réunir autour de divers ateliers », estime Françoise Lareur.

Des structures nécessaires après la crise sanitaire

Les projets itinérants peuvent donc être de vraies solutions pour ces seniors isolés physiquement… Mais également socialement. Un phénomène amplifié par la crise : 300 000 seraient aujourd’hui en situation de « mort sociale » selon le ministère des Solidarités et de la santé. 

Léone s’apprête à arpenter les routes de la Loire-Atlantique tout cet été. Léone, c’est le nom du camion du centre socio-culturel LaMano de la petite commune de Nozay (44) qui a répondu à un appel à projet de la Carsat Pays-de-la-Loire.

 

Léone est le camion du centre socio-culturel LaMano. Source : LaMano.

Ce vieux camion, customisé par les salariés du centre, va faire étape successivement dans sept communes du département. Le but est de proposer des jeux et des moments d’échanges, notamment aux seniors les plus isolés.

Recréer du lien

Une structure d’autant plus nécessaire que la crise sanitaire est passée par là... « Avec le Covid, on a invité les gens, en particulier les personnes âgées, à s’enfermer chez elles », estime Amandine Bacou, animatrice du projet. « Elles se sont donc trouvées, d’elles même, très isolées, mises à l’écart ».

Avec cette structure, Amandine Bacou espère donc recréer du lien social entre ceux qu’elle nomme « les invisibles ». Des ateliers informatiques intergénérationnels seront proposés ainsi que des ateliers de lecture. 

Selon elle, ce type de structure est amené à se déployer massivement : 

Avec le « aller vers », on permet aux gens de reprendre possession de la vie de leurs territoires

Pallier le manque de services publics 

Mais, si l’on souhaite voir le verre à moitié vide, on peut objecter que ces structures sont le résultat d’un manque dans les territoires. Françoise Lareur de la Fondation Macif va dans ce sens : « ce sont des réponses à des défaillances du service public », estime-t-elle.

D’ailleurs, les projets et les territoires doivent fonctionner main dans la main : « Ces structures ont besoin du soutien des collectivités locales et des politiques qui doivent intégrer la mobilité inversée dans leurs politiques publiques », juge Françoise Lareur. 

Des bienfaits à long terme

Ces projets ambulants ne sont pas exempts de critiques. Par exemple, les structures ne sont pas présentes à temps plein dans un village et ne peuvent donc constituer des solutions pérennes. Il est donc nécessaire de penser l’impact de la structure dans le long terme. Mathilde Vandersnickt, fondatrice de Prév’enBUS, estime que sa structure a permis de recréer durablement des liens sociaux. 

Elle évoque, par exemple, cette grand-mère qui ne possède pas le permis et qui avait des difficultés à faire ses courses : « des femmes du groupe de participants lui ont proposé de l'emmener faire ses courses une fois par semaine » explique Mathilde. Un des plus beaux souvenirs de l’animatrice.

 

Théo Nepipvoda

 

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