[ENTRETIEN] Françoise Hostalier, Fédération des Mères pour la paix

[ENTRETIEN] Françoise Hostalier, Fédération des Mères pour la paix
Professeur et inspectrice d'académie puis inspectrice générale, Françoise Hostalier est la présidente de l'ONG Fédération des Mères pour la paix. Elle a été député dans le Nord de la France et secrétaire d'État chargée de l'Enseignement scolaire auprès du ministre de l'Éducation nationale dans le gouvernement d'Alain Juppé. Elle a été également membre du conseil d'administration de la Fondation Abbé Pierre et du CNCDH (Commission nationale consultative des droits de l'homme) et du HCLPD (Haut comité pour le logement des personnes défavorisées) et a fondé et présidé l'association Action Droits de l'Homme (ADH).


Comment l’ancienne député et ministre que vous êtes s’est-elle investie dans Mères pour la Paix ?

Avant de rencontrer Mères pour la Paix j’avais créé Action Droits de l’Homme, une association plutôt pétitionnaire visant à mettre en lumière des personnes en ayant besoin comme à l’époque les prisonniers politiques cubains ou les femmes algériennes. C’est à travers le soutien du combat des femmes algériennes contre le GIA (Groupe islamiste armé) que j’ai rencontré Mères pour la Paix dont je suis devenue adhérente en 1995. Nous avions des intérêts communs qui n’étaient pas défendus de la même façon, plus idéologique d’un côté (ADH) plus matérielle de l’autre (MPP). Ce sont deux soeurs Nanou Rousseau dans le Nord et Françoise Dernoncourt dans le Jura qui ont créé en 1994 Mères pour la Paix. Elles avaient entendu l’appel des « femmes en noir » qui avaient créé le mouvement Mother for Peace en 1992 lors d’une longue marche vers Belgrade pour attirer l’attention de l’opinion internationale sur le début du conflit et déjà les viols et massacres perpétrés dans les Balkans. Puis j’ai été fortement sensibilisée à ce qui se passait en Afghanistan avec l’arrivée au pouvoir des talibans. J’ai rencontré Shoukria Haidar qui avait créé une association pour financer des classes clandestines pour les filles dans ce pays. Je me suis alors également impliquée en Afghanistan et depuis j’y ai fait 23 missions dans des contextes très divers. En 2012, avec quelques amis, nous avons créé le Club France Afghanistan qui consiste à mettre en lien des personnes qui, de près ou de loin, ont un intérêt pour ce pays. Et je me suis bien sûr de plus en plus impliquée dans Mères pour la Paix au point de devenir présidente de la fédération en 2012 et aussi présidente du Comité de Paris que j’ai créé l’an dernier.

Quels sont les objectifs et le mode de fonctionnement de Mères pour la Paix ?

Il y a actuellement en France onze comités des Mères pour la Paix (Ardèche, Bretagne, Doubs, Ile-de-France, Jura, Midi-Pyrénnées, Nord, Paris, Pas-de-Calais, Vallée de l’Eure, Var-Provence). Ils ont tous le même objectif : venir en aide aux femmes pendant et après les conflits pour les aider à gagner ou accroître leur autonomie. Chacun des comités est une association régie par la loi de 1901, adhère à une charte déontologique, mais elle choisit ses missions qui ont souvent pour origine des rencontres particulières. La fédération apporte un appui logistique et dispose d’un droit de regard. Les Mères pour la Paix interviennent actuellement aussi bien en Afghanistan qu’en Bosnie, en Indonésie, en République Démocratique du Congo, en République Centrafricaine, au Burkina Faso, en Haïti, en Tchétchénie où c’est de plus en plus difficile… Pour reconstruire des écoles, parrainer des enfants, alimenter des villages en eau par exemple. Mais aussi mettre en place une Maison des femmes qui est un peu l’image de marque des Mères pour la Paix. Il s’agit de bâtir une structure permettant aux femmes de se retrouver dans un local sécurisé parfois même pour fabriquer et vendre leur propre production. Dans tous les cas nous nous adaptons au terrain et travaillons toujours avec une association locale.

Quel constat faites-vous en dix années d’aide apportée aux femmes par les Mères pour la Paix ?

Au moment de l’arrivée des talibans en Afghanistan beaucoup de gens étaient sensibilisés à ce qui se passait et il n’était pas trop difficile de motiver les donateurs, cinq de nos comités étaient alors impliqués par diverses actions dans ce pays. Maintenant c’est devenu bien plus compliqué de mobiliser. Il faut beaucoup solliciter et comme on retrouve souvent les mêmes personnes, on sent parfois un sentiment d’épuisement (même pour passer la main dans les comités c’est parfois difficile de trouver des personnes voulant prendre des responsabilités). Notre mode de financement est essentiellement institutionnel et le plus souvent local (conseils régionaux, municipalités). Et nous complétons en récoltant des fonds à travers des concerts, marchés de Noël, soirées films ou débats…

La volonté de créer le comité de Paris est en partie venue de ce constat. J’ai voulu donner plus d’existence à l’action des Mères pour la Paix sur la scène publique et internationale avec des personnes à Paris pour rencontrer des responsables aux plus hauts niveaux. Le but est aussi de faire travailler ce nouveau comité avec ceux en région en l’impliquant en RDC avec le Comité du Nord. J’espère que fédérer plusieurs comités pour mettre en oeuvre un même projet permettra d’obtenir davantage de moyens. 

 

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