Les migrants climatiques

Les migrants climatiques
Dernièrement, les questions migratoires sont au cœur de nombreuses polémiques. On accorde souvent de l'importance aux flux migratoires et moins aux motivations qui causent ces déplacements de populations. Les médias font rarement allusion aux réfugiés climatiques. Et pourtant, ces formes de migrations pourraient bien être au cœur des défis du XXIème siècle.


Les tensions aux frontières entre les pays d’accueil et les pays de départ déjà très intenses, pourraient le devenir davantage. Demain, le phénomène migratoire pourrait bien changer de visage. Jusqu’ici, les déplacements de population s’expliquaient par la fuite de conflits ou de guerres, la recherche d’un emploi, le rapprochement avec des membres de sa famille… Or, c’est le climat qui sera bientôt la première cause de déplacement des populations. 22 millions de personnes déplacées en 2013, soit trois fois plus que pour les conflits.

Eclairage sur ce phénomène troublant. Réfugié climatique késako ?

En 1985, le terme de réfugié climatique apparaît pour la première fois dans un rapport du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE).

Cette notion désigne alors comme réfugiés environnementaux «ceux qui sont forcés de quitter leur lieu de vie temporairement ou de façon permanente à cause d’une rupture environnementale (d’origine naturelle ou humaine) qui a mis en péril leur existence ou sérieusement affecté leurs conditions de vie».

Les migrations climatiques recouvrent un nombre de situations très différentes. Les populations fuient des événements extrêmes et soudains (ouragans, tempêtes, inondations, etc.) ou des dégradations progressives et lentes des écosystèmes (sécheresse, montée des eaux, etc.).

On retrouve plusieurs termes pour les qualifier : environnementaux, réfugiés écologiques, réfugiés climatiques, migrants environnementaux, éco-réfugiés, personnes déplacées en raison d’une catastrophe naturelle… Tous revêtent le même sens.

Depuis cinq ans, entre 30 à 40 millions de personnes dans le monde doivent partir chaque année de leur foyer pour cause de modification radicale de leur environnement.

 

Vers une reconnaissance juridique de leur statut ?

20 juillet 2015. Ioane Teitiota, 38 ans, père de famille originaire d’un archipel du Pacifique menacé par la montée des eaux, s’est vu refusé par la justice néo-zélandaise sa demande d’asile politique après plus de deux années de procédure. Ioane Teitiota dit courir un danger de mort en restant à Kiribati. L'altitude des Kiribati n'étant pas élevée, la menace que ces îles soient submergées par la montée du niveau des eaux océanes est réelle. Le président Anote Tong a déclaré en mars 2012 que son gouvernement était en pourparlers avec celui des Fidji afin de leur acheter quelques 2 000 hectares de terre. La population serait alors transportée sur leur nouveau territoire, situé à plus de 2 000 kilomètres de distance. Comme alternative, Anote Tong a évoqué le transfert de la population en Australie ou en Nouvelle-Zélande, la possibilité de construire des îles artificielles ou encore de s'installer sur des plates-formes pétrolières.([1])

Ce refus par la justice néo-zélandaise du statut de réfugié politique est emblématique de l’intensité du débat sur cette question. La Cour suprême a statué que le demandeur ne répondait pas aux critères d’octroi de statut de réfugié. Si la plus haute juridiction du pays reconnaît que les populations vivant à Kiribati sont confrontées à de nombreux défis face au changement climatique, elle a surtout estimé que la famille de M. Teitiota et lui-même ne couraient pas de « grave danger » dans son pays natal ([2]).

La disparition annoncée de certains Etats insulaires va créer une situation inédite en droit international pour la bonne et simple raison qu’elle n’est prévue dans aucun texte juridique. Des solutions politiques et juridiques devront être pensées pour ces populations apatrides.

Or, avec une hausse du niveau de la mer prévue de 25 à 80 cm ([3]) à l’horizon 2100 comparée à la moyenne sur la période 1986-2005, quel devenir pour ces populations dont les Etats ne disposent pas de ressources suffisantes pour prendre le problème à bras le corps ? Or, les experts prévoient déjà des scénarii catastrophes. Sur 21 villes de plus de 10 millions d’habitants recensées en 2015, 16 sont situées sur littoral.

Si  l'article 1er A de la Convention de Genève définit précisément le réfugié, le réfugié climatique n’a à ce jour aucune reconnaissance juridique. Est considéré comme réfugié « toute personne qui craint de subir des persécutions en raison de ses opinions politiques, de son appartenance religieuse, de sa race, de sa nationalité ou de son appartenance à un certain groupe social ».  Les facteurs environnementaux ne sont pas pris en considération dans cette définition. Cette absence trouve son explication dans les faits historiques. La Convention de Genève, traité international fondamental dans le domaine du droit humanitaire est adopté en 1949, date à laquelle, la prise en compte du changement climatique n’était pas si forte voire très minoritaire dans les débats de l’époque.

Plusieurs territoires en danger sont déjà identifiés : avancée du désert de Gobi en Chine, inondations au Bangladesh et dans le delta du Nil, submersion d’archipels comme les îles Tuvalu et Kiribati, fonte des terres des Inuits en Amérique du Nord (Canada et Groënland), avancée du désert dans la bande sahélienne en Afrique de l’Ouest,... La reconnaissance de statut de réfugié climatique fait polémique et n’a pas encore trouvé d’issue heureuse. Si le Giec reconnaît en 2007, des liens étroits entre déplacements de populations et changements climatiques, il reste difficile de conclure que l’environnement soit la seule et unique cause des migrations.  Comme cet élément est difficile à apprécier et révèle plus d’une analyse au cas par cas, la communauté internationale prend toutes ses précautions à reconnaître ce statut de réfugié climatique. On s’oriente davantage vers des accords bilatéraux ou régionaux plutôt qu’un positionnement unanime sur cette question de la communauté internationale.

 

Quels mouvements de population ?

Tout comme la problématique des migrations, les mouvements de population se font en priorité à l’intérieur des pays (d’une ville à l’autre) voire à une échelle sous régionale (entre pays voisins sur un même continent). Ce seront les pays du sud qui seront en priorité impactés par ces déplacements, à l’instar des discours actuels.

 

Lutter contre ce phénomène : comment faire ?On l’aura compris, les solutions pour limiter ce phénomène sont plurielles. Pour limiter le nombre de réfugiés climatiques, l’urgence est de limiter les émissions de gaz à effet de serre émis par les pays industrialisés, comme l’ont rappelé les petits Etats insulaires les plus menacés par le réchauffement climatique, à l’occasion de la première Conférence mondiale sur les Océans, qui s’est tenue en Indonésie en mai 2009.

Or, on sait bien à quel point il est complexe de faire dialoguer les pays industrialisés, les pays en développement et les pays affectés par ces tragédies.

Aussi, l’un des instruments proposés par bon nombre d’organisations non gouvernementales, telles que WWF, est la création d’un fonds d’indemnisation des réfugiés climatiques, en application du principe "pollueur-payeur".

Outre ces dispositions, on ne serait trop minimiser l’importance du principe de précaution. Des Etats mettent dès à présent en marche des stratégies pour contrer l’avancée du changement climatique. C’est le cas par exemple des peuples d’Océanie qui se sont naturellement adaptés grâce à leurs savoir-faire ancestraux. Les connaissances des anciens s’avèrent être un outil précieux d’aide à la décision pour les autorités publiques ([4]). Les « nakamals » par exemple, habitat traditionnel, sont conçus pour résister au catastrophe naturelle. Lors du passage du cyclone Pam au Vanuatu en mars, ces biquoques ont sauvé la vie à des milliers d’autochtones. Elles ont la particularité de posséder un mur et un toit très bas de plafond avec des poteaux très fortement enfoncés dans le sol.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les pays insulaires contribueront majoritairement à la préparation de la COP 21 qui se tiendra à Paris en fin d’année.

Désertification, élévation du niveau des océans, érosion des sols ou encore la fonte des glaces sont des manifestations de plus en plus fréquentes du changement climatique. Ces aléas environnementaux jettent des millions d'Hommes hors de leur logement et les condamnent à émigrer. C’est de notre responsabilité collective dont il est question si l’on souhaite lutter contre ce phénomène. Or, au regard de l’avancée des négociations internationales de ces dernières années, on est en droit d’interroger l’efficacité de la communauté internationale sur ce dossier. Les acteurs de la coopération internationale, associations, collectivités locales, entreprises ou établissements publics ont donc toute leur place pour contribuer à relever cet immense défi.

 

 

 

[1] Source : Wikipédia

[2] www.lemonde.fr/planete/article/2015/07/21

[3] Prévisions du Groupe d’experts intergouvernemental (GIEC) sur l’évolution du climat.

[4] www.goodplanet.info/actualite/2015/04/30

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