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[DIS FLAVIE] C'est quoi des « American friends » en mécénat  ? 

[DIS FLAVIE] C'est quoi des « American friends » en mécénat  ? 
Aujourd'hui, penchons-nous sur un sujet original  : les «  American friends of  ». Cet article se nourrit des analyses pointues de deux experts sur le sujet qui ont participé à un Lunch and Learn de la chaire philanthropique de l'Essec en décembre 2016. Anne Monier a consacré sa thèse sur ce sujet de mécénat «  très peu étudié  ». Elle est docteur en sciences sociales et auteur de « Mobilisations philanthropiques transnationales : Les ‘Amis Américains’ des institutions culturelles françaises ». Jérôme Kohler est directeur du Philanthropic Lab, Co-créateur des American Friends of Fondation de France et Ancien Directeur des American Friends of the Louvre (New York). Les associations d'amis américains sont des associations qui possèdent un statut juridique spécial. Elles sont méconnues en France, mais sont nombreuses. Selon Anne Monier, le chiffre officiel (entre 1000 et 2000) sous-estime la réalité.  Il y a une dominante culturelle, mais plusieurs champs d'interventions sont pris en charge et les pays bénéficiaires sont nombreux.  Structures au cœur des relations diplomatiques, elles seraient en effet cruciales  ; voire concurrentes de structures antérieures  :institutions culturelles, alliances françaises. Ces institutions qui lèvent des millions auprès de riches Américains sont-elles si puissantes  ? À quelles difficultés sont-elles confrontées  ? 


Selon Anne Monier, les American friends sont des associations nées avec l'internationalisation pour augmenter la puissance de la levée de fonds des institutions qui se compose, entre autres, de fundraising international (American et Chinese friends de l'Opéra de Paris), Japonese friends du Théâtre du Châtelet) ou d'autres outils comme la vente de marque (Louvre Abu Dhabi) ou d'expositions. Ces structures aident à lever des fonds et à faire rayonner la culture française. 

 

Des structures originales qui rencontrent des fragilités structurelles

Les fragilités des American friends sont diverses. Tout d'abord sur le plan de leurs structures matérielles. En premier lieu, leur caractère éphémère. Ensuite, elles ont une « double dépendance  :  à leur statut juridique (dont indépendance du board), mais aussi à l'institution française qui prête son nom donc qui a un droit de regard. Difficulté structurelle à souligner selon Jérôme Kohler également  : le board doit être en majorité américain et prendre ses décisions de façon indépendante. Il faut ainsi beaucoup de petits et grands donateurs et une base assez large pour avoir le «  statut public  » alors que la plupart des American friends se créent à l'instigation d'un seul grand donateur.

 

Les American friends rencontrent également des difficultés liées à la concurrence

Elles rencontrent des difficultés sur le territoire. Elles lèvent des sommes «  modestes  » comparées aux mastodontes américains et ont des causes qui «  sont considérées comme illégitimes  », car ce sont des causes culturelles (le don à l'international est plutôt tourné vers l'humanitaire). On peut la considérer comme une «  philanthropie à sens unique  »  , une philanthropie d'un pays développé à un autre autre. Jérôme Kohler relève d'autres difficultés qui se présentent aux American friends français qui marchent sur les plates-bandes d'autres structures. Sur un plan comparatif, «  les institutions américaines n'ont pas attendu les Français  », car le mécénat des particuliers est aux États-Unis bien plus développé que le mécénat d'entreprises. Ensuite, la légendaire arrogance des Français ne sert pas leur cause, surtout face aux Britanniques qui sont plus professionnels, installés depuis plus longtemps et anglophones. De plus, les Français ne connaissent pas les codes «  financiers  » des Friends  : pour devenir membre, il faut payer au minimum 10 000 dollars (plutôt 50 000). Enfin, la cible de ces American friends s'épuise  : cette population est constamment sollicitée alors qu'elle vieillit. 

 

Un investissement nécessaire avant de lever des fonds

En terme de stratégies, Jérôme Kohler remarque que les Français ne s'impliquent pas vraiment dans ces structures et qu'elles n'assument pas forcément la mise de départ de ces structures en terme de coût fonctionnel et  d'investissement. En revanche certaines rencontrent du succès à l'instar du Louvre qui a investi les 2 ou 3 premières années de lancement (le Louvre a de grands moyens financiers et aussi une marque reconnue). Le Louvre n'a pas levé de fonds les deux premières années, ils ont invité des Américains en France et travaillé le réseau.  

 

Le plus gros avantage des Friends est les contreparties offertes par les acteurs étatiques et culturels français 

Anne Monier a étudié que pour pallier ces difficultés, les American friends ont mis en place une «  identité stratégique  ». Elles se présentent comme des promoteurs de l'amitié franco-américaine et jouent de leur «  capital symbolique  » : évènements uniques, offrir plus de contreparties (les dons sont en France plus valorisés qu'aux États-Unis et peuvent être très prestigieux comme des invitations à l'Élysée ou des médailles. Tout ceci contrarie les institutions américaines, mais du côté français, les acteurs étatiques collaborent volontiers et sont «  très ouverts  » à ce type de philanthropie (octroi de Légion d'honneur, mobilisation de moyens parle corps diplomatique). Jérôme Kohler approuve  : «  La valeur n'est pas financière, elle est symbolique  : l'exclusivité.  »

 

On pourrait craindre certaines dérives et certaines pressions de la part de ces mécènes américains. Selon Anne Monier, il a effectivement des «  divergences entre la vision des mécènes américains et les institutions culturelles françaises  ». Se posent alors des problèmes comme l'interventionnisme américain alors que la diplomatie française souhaite empêcher «  la prise de pouvoir telle qu'elle existe aux États-Unis  ». En l'absence de contractualisation, «  les mécènes américains poussent  » et les institutions françaises doivent se protéger. Pour Anne Monier, la conclusion est qu'il est « nécessaire d'y avoir une intermédiation  » et de «  faire face au défi structurel  ». 

Le changement géographique et sociologique est aussi à envisager. Quitter un New York vieillissant pour se tourner vers de nouveaux eldorados  : Chicago, la Californie et le Texas par exemple.

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