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Par Agence Assemble - Publié le 4 mai 2020 - 07:59 - Mise à jour le 4 mai 2020 - 11:13
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Covid 19 : comment les professionnels du mécénat d’entreprise exercent-ils leur métier en cette période de crise ?

Depuis le début de la crise du Covid-19, nombreuses sont les entreprises à avoir agi rapidement pour soutenir les établissements de santé et les associations qui oeuvrent pour les plus fragiles, touchés de plein fouet. Au sein de ces entreprises, les professionnel.le.s du mécénat se posent des questions, trouvent des leviers pour participer à l’effort collectif et travaillent avec les porteurs de projets pour leur être le plus utiles possible. En tant que professionnelles du secteur avec notre agence de conseil en mécénat Assemble, nous avons souhaité contribuer au partage d’expériences sur la manière dont le mécénat est pratiqué pour répondre à l’urgence et pour anticiper les effets plus durables de cette crise sans précédent.

Covid 19 : comment les professionnels du mécénat d’entreprise exercent-ils leur métier en cette période de crise ?

Le 17 mars, le confinement venait bouleverser nos projets, nos façons de travailler, nos certitudes. Le monde du mécénat n’a pas échappé pas à la règle. Après le temps de la sidération devait venir, pour les acteurs du mécénat d'entreprise comme pour les autres, le temps de l’action. Car nous avons, plus que jamais, un rôle de solidarité active à jouer. Mais comment faire, qui aider, comment réunir les moyens, financiers, matériels voire humains ? Autant de questions auxquelles il a fallu répondre rapidement mais avec sang-froid : faire vite tout en prenant le temps de faire bien.

Premier (bon) réflexe : prendre des nouvelles des associations… 

Nous avons interrogé nos clients et avons constaté que l’instinct et le bon sens du professionnel du mécénat d'entreprise passaient évidemment par la première question qui vaille : qui a besoin de quoi ? Tous ont eu le même réflexe : contacter leurs associations partenaires pour les sonder. « Plus que jamais, nous devons partir de leurs besoins exprimés, ne pas essayer de réfléchir à leur place », nous a confié Julia Fernandez, chargée de mission à la Fondation nehs Dominique Bénéteau. L’idée : limiter au maximum les déperditions d’énergie et concentrer l’action là où elle est réellement utile.

Problème : 2 associations sur 3 sont à l’arrêt selon une enquête de Recherches & Solidarités (réalisée entre le 20 mars et le 7 avril) et seulement 22 % parviennent à maintenir une faible activité.

« Nous avons appelé toutes nos associations partenaires, qui agissent dans le domaine de l’insertion sur tous les territoires, mais 85 % d’entre elles étaient fermées », a constaté Amandine Berger-Molager, responsable du Mécénat social et de l’Engagement solidaire de Sanef. « Dans le même temps, nous avons observé que les grosses associations qui pouvaient rester ouvertes – car elles avaient les épaules nécessaires pour poursuivre leur activité en assurant la sécurité de leur personnel et de leurs bénéficiaires – allaient devoir trouver plus de fonds pour répondre à la montée des besoins. Le Secours populaire nous a par exemple raconté que, selon les fédérations, 50 à 100 % des personnes qui venaient chercher de l’aide dans cette période de crise étaient de nouveaux bénéficiaires. Concrètement nous avons donc contribué à l’achat de 10 000 repas pour le Secours populaire et 12 500 pour les Restos du Coeur. Nous avons aussi lancé une collecte en ligne, abondée à 100% par l’entreprise, au profit de la Croix-Rouge Française et nous sommes en train de monter une opération au profit d’Emmaüs. »   

Autre obstacle : même lorsqu’elles sont encore actives, les associations ne savent pas forcément immédiatement répondre à la question « de quoi avez-vous besoin ? ». Les premiers temps, celles qui sont au cœur de l’action, dans le domaine médical ou social, sont prises dans le tourbillon de l’urgence et n’ont pas toujours le temps de répondre aux mécènes. Il faut alors leur laisser le temps de réfléchir, leur dire qu’on est là, sans les brusquer, et se mettre en ordre de marche. C’est ce qu’a fait par exemple la Fondation nehs Dominique Bénéteau. Après avoir contacté immédiatement les 17 associations qu’elle soutient, elle a constaté que si certaines avaient déjà des besoins à exprimer, d’autres étaient encore dans le flou. La fondation a alors fait un premier tri des besoins urgents recensés et des actions de reconstruction à prévoir et a réuni un Conseil d’administration extraordinaire pour créer un fonds d’urgence. Puis elle a recontacté les associations pour leur dire que le Fonds d’aide d’urgence et de reconstruction était activé et qu’elles pouvaient présenter leurs projets.

« Notre conseil d’administration a fait preuve d’une grande ouverture d’esprit et d’une grande flexibilité », ont noté d’une seule voix Laureen Krief et Julia Fernandez, chargées de mission de la Fondation nehs Dominique Bénéteau. « Nous avons imaginé une convention « light » et un avenant aux conventions existantes et mis en place un dispositif d’instruction rapide des projets. Quatre membres de notre CA se sont désignés pour étudier les cas de façon souple et rapide. Lors du CA de juin nous pourrons faire un premier bilan et prévoir des ajustements si nécessaire. », nous a raconté Laureen Krief.

Faire preuve de souplesse, d’adaptabilité, éviter les lourdeurs administratives : une attitude essentielle en période de crise. 

Ce sont ces qualités qui ont par exemple aussi permis à Diane Emdin, responsable du programme de solidarité Vivendi Create Joy, de bénéficier d'une démarche assouplie du service comptabilité de son entreprise pour verser en urgence leur dotation à des associations dont les dossiers étaient encore en cours, car elles n’avaient pas complété toutes les pièces administratives nécessaires pour leur traitement. Preuve que le temps de la crise pousse à se libérer des contraintes, à penser autrement, à s’adapter.

… puis s’appuyer sur ses atouts pour agir

Et faire avec ce que l’on a, avec ses moyens, pour être efficace. Si ces moyens, humains comme financiers, sont trop modestes pour pouvoir agir directement et que les domaines d’intervention du mécène ne sont pas liés à l’urgence immédiate, autant rediriger les élans de solidarité des collaborateurs vers des structures solides, et garder ses atouts pour l’après, lorsque les associations que l’on soutient pourront redémarrer leur activité et auront besoin d’aide pour survivre. Essayer de diriger les petits ruisseaux vers les grandes rivières, c’est ce qu’a fait Agathe Leblais, déléguée générale de la Fondation Groupe Pierre & Vacances-Center Parcs :

« Nous sommes une très jeune fondation, en cours de structuration. Notre posture est humble. Nous n’avons pas une très grosse force de frappe financière. Nous n’avions pas cette carte à jouer et il n’était pas question de faire du “Covid-washing”. Mais puisque nous avons la compétence pour identifier les initiatives collectives mises en place par des acteurs associatifs, nous avons communiqué rapidement en interne pour dire aux salariés “voilà ce qui existe si vous souhaitez vous engager utilement et personnellement”. » 

Pour la Fondation Bouygues Telecom, la réponse à l’urgence s’est appuyée à la fois sur un budget disponible tout de suite, sa capacité à mobiliser ses clients à grande échelle par l’envoi d’un SMS d’appel au don (dispositif mis en œuvre très exceptionnellement), mais aussi le don en nature, l’entreprise disposant de matériel utile en temps de confinement pour les plus démunis.

« L’aide matérielle n’était pas dans nos habitudes mais cela fait longtemps que l’on s’interroge sur la façon de faire du don en nature. Concernant les 4G box, qui offrent une connexion internet, nous avons un stock qui nous appartient en propre. Il fallait faire attention à la possible saturation de la bande passante, mais l’urgence nous a poussé à travailler rapidement et ensemble avec les équipes concernées dans l’entreprise pour lever les freins. Nous avions tous l’envie ; l’urgence nous a donné l’impulsion. Cela a été possible grâce à la collaboration du service marketing qui a opéré le projet et la fondation qui a identifié le bénéficiaire, en l'occurrence le Samu social qui distribue les 4G box aux familles en difficulté », nous a raconté Bérénice Broutin, déléguée générale de la Fondation Bouygues Telecom. 

Autre moyen de se mobiliser : faire appel aux collaborateurs. L’Oréal, pionnier des journées solidaires en France et dont les salariés ont l’habitude de se mobiliser, a décidé de capitaliser sur son expérience en la matière.

« Après les annonces faites par le groupe dès le 18 mars, j’ai très vite proposé un volet de mobilisation des collaborateurs. Il a alors été décidé d’embarquer les différentes parties prenantes pour que le projet soit massivement soutenu en interne et qu’il ait le plus de poids possible. Nous avons ainsi collaboré avec les Ressources humaines et la Communication interne avec beaucoup d’agilité », nous a expliqué Erwan Noël, chargé de mission auprès de la directrice adjointe RSE de L’Oréal. Résultat : l’ajout de l’AP-HP dans les bénéficiaires de l’arrondi sur salaire (et une hausse de 30 % des inscrits au dispositif), des missions solidaires à réaliser sur son temps de travail (soutien scolaire à distance, appels de courtoisie aux personnes isolées et coaching professionnel) et le relai auprès des collaborateurs d’une collecte de fonds pour Solidarité Femmes et pour le programme des Paniers solidaires.

Et maintenant ?

L’urgence de la crise sanitaire, économique, sociale ne s’arrêtera pas au confinement. La reconstruction sera longue et douloureuse. Les associations et leurs bénéficiaires vont traverser une période déterminante de difficultés à surmonter, de défis à relever. De survie. 

Se recentrer sur les besoins premiers des associations et de leurs bénéficiaires, aider là où l’on sait être utile, avancer de façon pragmatique, collaborer en interne pour plus d’efficacité, bénéficier d’un dialogue plus direct et efficace avec les dirigeants et administrateurs pour des prises de décisions plus rapides… la situation doit pousser chacun à aller droit au but et à se délester des grains de sable qui peuvent parfois gripper les rouages de la machine. Ces façons de travailler, pas nécessairement nouvelles mais boostées par le besoin vital de faire sa part pour le collectif doivent continuer à guider les professionnels du mécénat d’entreprise pour longtemps. 

Au-delà de l’exercice opérationnel de nos métiers, nous allons aussi devoir endosser plus fortement une responsabilité qui est la nôtre : faire entendre plus largement encore les enjeux sociaux et sociétaux, se faire les avocats des associations et de l’économie sociale et solidaire au coeur des entreprises. Car dans la période qui s'ouvre, l'humain va devoir être plus que jamais une composante des stratégies des entreprises qui, malgré la crise, vont devoir poursuivre leurs efforts en termes d'engagement sociétal.

Enfin, la nécessaire reconstruction du monde associatif imposera également aux entreprises mécènes de participer non seulement aux projets de terrain des associations, mais aussi à leur fonctionnement en envisageant de nouvelles façon de les soutenir. Car certaines en seront-là : savoir si elles pourront seulement continuer à exister.  Cette crise génère de formidables élans citoyens et de solidarité. À nous de ne pas les laisser s’essouffler, à nous aussi d’aider les associations à survivre en étant proactifs pour les aider à se reconstruire et parfois à réinventer leur modèle. 

Céline Laurichesse & Dorothée Corbier 

 

Pour en savoir plus sur les initiatives des entreprises et fondations citées dans ce billet, quelques exemples :
  • - nehs

https://www.mnh.fr/files/live/sites/iMNH/files/Presse/2020-03-31-CP%20MNH%20SPS%20Covid-19.pdf 

https://www.mnh.fr/files/live/sites/iMNH/files/Presse/2020-04-16-CP%20MNH%20UNEO.pdf

  • - Sanef

https://www.carenews.com/fr/news/sanef-solidaire-soutient-la-campagne-croix-rouge-chez-vous-durant-la-crise-du-covid19 

  • - L’Oréal

https://mediaroom.loreal.com/wp-content/uploads/2020/03/CP_LOreal-plan-europeen-solidarite-Coronavirus.pdf 

  • - Bouygues Telecom 

https://www.corporate.bouyguestelecom.fr/press-room/communiques/bouygues-telecom-sengage-aux-cotes-de-la-croix-rouge-francaise-de-la-fondation-hopitaux-de-paris-hopitaux-de-france-et-du-samusocial-de-paris-pour-repondre-a-la-situation-durgence-q/ 

  • - Vivendi

https://www.vivendi.com/presse/actualites/auteurs-maisons-groupe-editis-se-mobilisent-personnel-soignant/ 

 

 

 

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