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Par Carenews PRO - Publié le 28 avril 2020 - 17:46 - Mise à jour le 29 avril 2020 - 15:42
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Ces jeunes pros qui dirigent (déjà) des fondations

Ces femmes et ces hommes ont moins de 35 ans et occupent un poste de délégué·e général·e dans une fondation d’entreprise. Leaders pragmatiques, ils tentent de réconcilier intérêts général et économique. Qui sont ces nouveaux dirigeants de fondation ? Quelles sont leurs aspirations ? Vont-ils changer le monde du mécénat ?

Crédit photo : max-kegfire.

« Quand je suis arrivée chez Bouygues Telecom, j’avais quelques idées reçues sur le monde de l’entreprise. » Du haut de ses 27 ans, Bérénice Broutin ne s’imaginait pas travailler un jour dans un grand groupe. Qui plus est au service de sa politique d’engagement : 

Je me demandais pour quelle raison une entreprise faisait du mécénat, si c’était uniquement pour des enjeux d’image. Mais j’ai eu la chance de travailler avec une responsable qui venait du milieu associatif et qui plaçait toujours les besoins des associations au premier plan. Ce n’est pas parce qu’on est un financeur qu’on impose ses choix. Au contraire, notre travail est de mettre à disposition de nos partenaires des ressources financières, en compétences ou en nature pour les aider. 

Probablement la plus jeune déléguée générale de fondation en France, Bérénice Broutin raconte en être arrivée là grâce à un subtil mélange de « hasard et de détermination ». Plutôt attirée par une carrière dans la diplomatie, c’est un marathon pro bono organisé à la Sorbonne où elle étudiait les relations internationales qui l’a fait changer de voie. Cette journée, pendant laquelle des étudiants devaient aider une association à résoudre des défis, l’a amenée à y effectuer un stage. Puis, c’est la recherche d’un apprentissage qui l’a mise sur la piste de la fondation Bouygues Telecom : « Je n’arrivais pas à trouver d’association qui puisse financièrement m’embaucher comme apprentie. J’ai donc décidé d’aller voir du côté des financeurs, en l’occurrence les fondations, pour mieux comprendre comment ils sélectionnaient les projets.» D’apprentie, elle est devenue chargée de projets mécénat, avant qu’on ne lui propose le poste de déléguée générale après le départ de sa prédécesseure. 

Des délégués généraux polyvalents

C’est aussi après le départ de sa responsable qu’Agathe Leblais est devenue déléguée générale d’une fondation d’entreprise. Recrutée il y a deux ans et demi pour lancer la Fondation Groupe Pierre & Vacances - Center Parcs en tant que chargée de mission, elle est depuis septembre 2019 en charge de piloter et mener les actions de cette jeune fondation.

 J’ai postulé, car ce poste me rapprochait de l’intérêt général pour lequel je voulais réellement travailler. Certes, c’était moins bien rémunéré que le conseil, le monde d’où je venais, mais je voulais relever le défi que représentait le lancement d’une fondation d’entreprise. Si j’avais su que ma cheffe me laisserait seule aux commandes deux mois après mon arrivée alors qu’elle partait en congé maternité, j’aurais sûrement pris peur (rires). Ce fut au contraire une chance qui m’a permis de me révéler.

Étant la seule salariée de la fondation, ses journées sont particulièrement bien remplies : travail juridique, administratif, communication, partenariats avec les associations, mise en place d’indicateurs de suivi, veille sectorielle, déplacement en région... Agathe Leblais est amenée à faire preuve d’une grande polyvalence, à seulement 31 ans.

Diplômée d’école de commerce (EM Lyon), la jeune femme raconte n’avoir jamais eu de « plan de carrière écrit à l’avance ». Mais son intérêt pour les fondations a coïncidé avec son entrée dans le monde du travail. En dernière année de master, elle dédie son mémoire à l’Institut du Monde Arabe (IMA) et se met en quête d’un emploi dans une fondation. Mais renonce au bout de neuf mois de recherche : « C’est un univers qui fonctionne beaucoup par réseau, il faut savoir s’y faire une place. » Elle se tourne alors vers le consulting. Chez Capgemini, où elle restera deux ans et demi, elle aura ainsi l’occasion de mener une mission visant à créer et animer une entité mécénat de compétences  :  «J’ai compris que cela avait plus de sens pour moi que les missions “expérience client” que je menais auprès de grandes entreprises. C’est d’ailleurs probablement cette mission annexe qui m’a permis d’être recrutée au sein de la fondation ! »

Le mécénat n’est plus la «danseuse du patron»

Le profil d’Agathe Leblais, qui mêle business et intérêt général, est de plus en plus recherché par les employeurs. D’après Caroline Renoux, fondatrice de Birdeo, les fondations tendent ces dernières années à s’inscrire dans un partenariat plus fort avec les entreprises : « Le mécénat n’est plus la “danseuse du patron”. C’est davantage une activité ancrée dans la raison d’être de l’entreprise.» Depuis son cabinet de recrutement spécialisé dans les profils à «impact social», elle constate que le secteur tend à se professionnaliser :

La direction d’une fondation n’est plus un poste que l’on propose à quelqu’un qui voudrait être “pépère”. C’est une fonction ardue, complexe, exigeante en termes de compétences, car il faut prendre en compte l’aspect économique de l’entreprise tout en gérant la conduite du changement. 

Selon elle, les fondations se tournent désormais plutôt vers la tranche d’âge des 35-40 ans : « Il faut suffisamment de maturité pour rassembler toutes les compétences et qualités que j’ai évoquées. L’autre nouveauté, c’est que les fondations plébiscitent des profils de directeur du développement durable, car leur rôle est de mettre en mouvement l’ancrage de l'entreprise dans la société, tout comme la fondation.»

Des profils économiques recherchés par les fondations

COP21, montée en puissance des B-Corp, loi Pacte, marches pour le climat… Dans ce contexte, les entreprises ont été particulièrement amenées à repenser leur utilité sociale et environnementale. Parallèlement, la raréfaction des subventions et la récente réforme du mécénat ont aussi mis en tension les budgets. «Les fondations vont de plus en plus chercher des profils “économiques”, car leur financement est devenu compliqué. Il existait auparavant une sorte de “mur de Berlin” entre les fondations d’entreprises et le monde économique. Désormais, on est dans la réconciliation », ajoute Caroline Renoux. De cette volonté de réconcilier intérêt général et économique, Cédric Laroyenne peut  témoigner. Comme ses consœurs et amies Agathe Leblais et Bérénice Broutin, le directeur de la fondation EPSA estime que l’ère du mécénat « désintéressé » est révolue :

Le mécénat devient stratégique : il permet par exemple à l’entreprise d’aligner ses valeurs avec la société, mais aussi d’attirer et retenir les talents. On m’a d’ailleurs déjà dit que mon salaire était bien plus rentable qu’un abonnement à Welcome to the Jungle ! 

Des actions pensées aussi dans l’intérêt de l’entreprise

Diplômé d’école de gestion, ce responsable de 31 ans est resté huit ans à la Fondation Accenture. Il a choisi de faire carrière dans des fondations après avoir été, entre autres, déçu par le monde de l’humanitaire. Il aspirait aussi à être rémunéré correctement, et ne pas être la « cinquième roue du carrosse », ce qui n’était pas forcément possible dans une ONG. Ce pragmatisme se retrouve dans sa vision du mécénat : « Je n’ai aucun problème pour dire que mes actions sont pensées dans l'intérêt de mon entreprise. Mais mon rôle, c’est de trouver le moyen pour que les intérêts de l’entreprise et de la société convergent », poursuit-il. Peut-être sa double casquette de directeur RSE et de délégué général de cette entreprise de taille moyenne lui facilite-t-elle la tâche ?

Toujours est-il qu’être rattaché directement au président de l’entreprise, lui rendre des comptes et gérer de gros budgets a 31 ans n’est pas chose aisée : « Je suis arrivé dans cette entreprise avec des attentes fortes tant des salariés que du leadership, qui observent attentivement l’impact des actions que nous menons sur nos territoires d’implantation, et demandent à y contribuer. » Cette configuration quelque peu inédite l’amène à s’interroger sur l’avenir.

 Je crois que, modestement, Agathe, Bérénice et moi-même inaugurons une nouvelle typologie de délégué·e·s de fondations. Nous avons su monter les échelons là où beaucoup de DG ont directement été nommés à ce poste. On a aussi moins d’expérience, au vu de notre âge, ce qui représente un défi. Arrivé à ce niveau-là, jeune, je me demande personnellement ce que je pourrai bien faire après. J’ai le job de ma vie !

Hélène Fargues 

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