Presque l'égalité, ce n'est pas encore l'égalité : l'Adie part en campagne pour les entrepreneuses
Du 1er au 5 juin, l'Adie organise partout en France une semaine d'ateliers gratuits pour lever les freins à l'entrepreneuriat des femmes. Derrière une parité apparente, se cachent des inégalités persistantes d’accès au financement, de confiance, de soutien et de temps que l'association combat depuis sa création.
En 2026, les femmes créent près de la moitié des entreprises individuelles en France (44 %).
Une avancée réelle mais trompeuse. Car derrière ce chiffre se cache des inégalités structurelles que la campagne nationale de l'Adie, du 1er au 5 juin, entend rendre visibles et combattre concrètement.
« Presque l'égalité, ce n'est pas encore l'égalité »
« Aujourd’hui les femmes entreprennent presque autant que les hommes. Ce « presque », qu’on ajoute systématiquement, témoigne surtout qu’elles ne sont, en réalité, toujours pas à égalité avec les hommes. La véritable parité ne saurait se réduire à 50 % d’entrepreneuses versus 50 % d’entrepreneurs. Le risque est de minimiser tous les écarts qui restent à combler, qui sont à la fois complexes et multi-factoriels. »
Alice Rosado, directrice générale adjointe de l’Adie
Les données du dossier de presse 2026 de l'Adie confirment ce diagnostic :
Sur l’accès au financement : 71 % des femmes ont intégré l'idée qu'obtenir un crédit pour leur entreprise serait plus difficile pour elles que pour les hommes.
48 % des créatrices considèrent l'accès au capital comme leur obstacle numéro un. Les montants obtenus sont en moyenne 33 % inférieurs à ceux des hommes non pas parce qu'on leur refuse davantage, mais parce qu'elles demandent moins, et moins souvent.
Sur la confiance : 79 % des femmes se disent confiantes dans leurs compétences entrepreneuriales, contre 88 % des hommes. Un écart de neuf points qui se traduit, concrètement, par des ambitions revues à la baisse, des tarifs sous-évalués, des projets mis en suspens.
Sur le temps : 45 % des créatrices ont reporté ou suspendu leur projet, contre 29 % des créateurs. La charge familiale, encore très inégalement répartie, reste un frein majeur. Le nombre d’entrepreneuse décline statistiquement dès l'âge du premier enfant.
L’approche de l’Adie
Fondée en 1989 par Maria Nowak, l'Adie est pionnière du microcrédit accompagné en Europe et promeut l’idée que l'accès au financement ne doit pas dépendre d'un patrimoine, d'un diplôme ou d'un réseau. En 2025, l'association a accordé plus de 30 000 microcrédits professionnels, dont 47 % à des femmes.
Mais le financement seul ne suffit pas. L'Adie a identifié que ce que les femmes ne demandent pas : des accompagnements, formations et mise en réseau doit leur être proposé systématiquement.
Résultat : les femmes représentent les deux tiers des participants aux ateliers collectifs, et trois quarts de ceux dédiés à la stratégie digitale. Elles s'y réapproprient non seulement des compétences techniques, mais aussi un rapport à l'argent et à la valeur de leur travail.
Une semaine de mobilisation pour lever les freins
Du 1er au 5 juin, près de 600 ateliers gratuits sont organisés partout en France ouverts à toutes et à tous. L'objectif de cette semaine de campagne est triple : rendre les entrepreneuses plus visibles, partager les expériences entre pairs, et continuer à faire évoluer les représentations dans les territoires.
Pour les acteurs de l'ESS, les structures d'accompagnement et les professionnels du secteur solidaire, c'est une opportunité concrète : orienter vers ces ateliers des femmes en parcours d'insertion ou de reconversion, sensibiliser leurs équipes aux freins spécifiques que rencontrent les entrepreneuses, ou co-construire des actions de terrain avec les équipes locales de l'Adie.
« Ce que les femmes ne demandent pas, à l'Adie, on le leur propose systématiquement », résume Alice Rosado.
Cette semaine de campagne est une invitation à faire de même chacun à sa mesure. Pour participer ou orienter des porteurs de projet : adie.org/ateliers-webconferences