TRIBUNE - Le mentorat : un engagement citoyen qui relie et intègre
En quelques années, le mentorat s'est développé et a été pleinement intégré aux politiques publiques. Il a des effets bénéfiques sur les jeunes, sur leurs mentors, mais aussi sur l'ensemble de la société, en contribuant à lutter contre l'absentéisme et le décrochage scolaire, plaide dans cette tribune Stéphanie Zaugg, responsable du pôle mentorat de l'association C'Possible.
Le 28 janvier, à la Maison de la radio à Paris, des jeunes réunis par le Collectif Mentorat ont partagé leur expérience : face à leurs fragilités scolaires, sociales et parfois personnelles, le mentorat a agi là où beaucoup de dispositifs peinent à atteindre leur cible. Il ne promet pas des miracles. Il crée des liens. Et ces liens changent des trajectoires.
En quelques années, le mentorat est passé d’une pratique marginale à un engagement citoyen massif soutenu par le Collectif Mentorat, a été reconnu grande cause nationale en 2023 et pleinement intégré aux politiques publiques avec le programme « 1 jeune, 1 mentor » lancé en 2021, ainsi qu'avec la réforme des lycées professionnels.
En 2024, près de 160 000 jeunes en ont bénéficié, contre 30 000 seulement cinq ans plus tôt. Cette croissance rapide ne relève pas d’un effet de mode mais traduit un besoin profond : celui de relations humaines stables, gratuites et désintéressées, dans un monde marqué par la précarité et la fragmentation sociale.
Un espace de dialogue intergénérationnel
Dans le champ éducatif, le mentorat repose sur une relation singulière entre un adulte bénévole et un jeune. Ni professeur, ni parent, ni travailleur social, le mentor occupe une place à part. Il n’évalue pas, ne sanctionne pas, ne prescrit pas. Il écoute, questionne, encourage. Il aide le jeune à reprendre confiance, à s’organiser, à se projeter, à comprendre des codes souvent implicites. Des centaines de milliers d’adultes (salariés, retraités, indépendants) s’engagent ainsi sur la durée, parfois sur plusieurs années.
Ni professeur, ni parent, ni travailleur social, le mentor occupe une place à part. Il n’évalue pas, ne sanctionne pas, ne prescrit pas. Il écoute, questionne, encourage. »
La relation mentor-mentoré se construit lentement, par la régularité et la confiance. Les effets pour les jeunes sont documentés : meilleure estime de soi, plus grande persévérance scolaire, orientation plus ajustée, accès facilité à des stages, à une formation ou à un apprentissage. Les mentors, eux aussi, en retirent beaucoup : le sentiment d’être utile, la joie de transmettre, l’apprentissage d’une autre réalité sociale, le développement de compétences relationnelles précieuses, y compris dans leur vie professionnelle.
Le mentorat est surtout un espace rare de dialogue intergénérationnel. Deux personnes d’âges et de références différents se rencontrent hors du cadre familial, sans rapport d’autorité. Les échanges ne sont pas toujours simples, mais ils sont sincères. Le binôme invente un territoire commun, fait de paroles libres, de respect et de confidentialité.
Enfin, le mentorat franchit les barrières sociales. Il met en contact des mondes qui se côtoient peu. Les stéréotypes reculent. Les jugements rapides s’effritent. Cette rencontre produit une forme concrète de vivre-ensemble, loin des discours incantatoires.
Un choix économiquement rationnel
Au-delà de l’impact humain, le mentorat est aussi un choix économiquement rationnel. Dans l’éducation, il contribue à réduire le décrochage scolaire et l’absentéisme. Or chaque jeune quittant le système éducatif sans diplôme représente un coût très élevé pour la collectivité, estimé à plusieurs centaines de milliers d’euros sur l’ensemble de sa vie professionnelle. À l’échelle nationale, le décrochage scolaire est estimé à 26 milliards d’euros par an, selon le rapport 2025 réalisé par le BCG pour la Fondation Apprentis d’Auteuil.
Soutenir le mentorat, c’est faire un choix clair : investir dans la relation plutôt que réparer les ruptures, miser sur la prévention plutôt que sur la gestion de l’échec. »
Soutenir le mentorat, c’est donc faire un choix clair : investir dans la relation plutôt que réparer les ruptures, miser sur la prévention plutôt que sur la gestion de l’échec. Dans un contexte social tendu, le mentorat rappelle une évidence trop souvent oubliée : la présence d’un adulte attentif peut, à elle seule, changer durablement une trajectoire.
Par Stéphanie Zaugg, responsable du pôle mentorat de l’association C’Possible, membre du Collectif Mentorat