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Par Chroniques philanthropiques par Francis Charhon - Publié le 29 mai 2026 - 17:29 - Mise à jour le 29 mai 2026 - 17:41
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Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale : une philanthropie d’entraînement au service de l’intérêt général

La fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale incarne une philanthropie moderne, engagée et profondément ancrée dans l’intérêt général. Avec des moyens importants, une présence territoriale, l’engagement des collaborateurs de toutes les entités du Crédit Mutuel Alliance Fédérale, elle ne se limite pas à distribuer des aides financières mais cherche à créer un véritable pouvoir d’entraînement et de renforcement des acteurs associatifs. Elle favorise la mise en réseaux des porteurs de projets soutenus afin de créer une communauté apprenante.

Christophe Salmon, délégué général de la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale.
Christophe Salmon, délégué général de la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale.

 

Une fondation pour donner plus de force au mécénat existant

 

Francis Charhon

Christophe Salmon, vous êtes délégué général de la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale, qui fête déjà sa cinquième année. Crédit Mutuel Alliance Fédérale s’est doté en 2020 d’une raison d’être « Ensemble, écouter et agir » et a ensuite adopté le statut d’entreprise à mission. Le groupe faisait déjà du mécénat, alors pourquoi avoir créé une fondation ?

Christophe Salmon

En effet avant la fondation, le mécénat existait déjà fortement dans le groupe. Nous sommes une entreprise mutualiste très décentralisée, avec des caisses locales, des fédérations régionales de Crédit Mutuel, des banques régionales CIC, et beaucoup d’entités qui menaient leurs propres actions de mécénat. Ces actions répondaient à des besoins locaux ou régionaux, ce qui est essentiel, mais il nous manquait un outil pour agir plus fortement lorsque les projets devaient changer d’échelle. Certaines fédérations accompagnaient des associations à leur naissance mais lorsque ces associations grandissaient ou voulaient essaimer ce n’était plus forcément leur rôle de continuer à les soutenir. Il y avait donc un manque dans notre dispositif.

L’ambition de cette nouvelle fondation a été portée à l’origine par Nicolas Théry, alors Président de Crédit Mutuel Alliance Fédérale et aujourd’hui Président de la fondation, et par Daniel Baal, alors Directeur général et aujourd’hui Président de Crédit Mutuel Alliance Fédérale. Ils ont voulu faire de la fondation un outil au service du projet mutualiste et des engagement sociétaux et environnementaux du groupe. La Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale s’inscrit donc dans une ambition sociétale forte portée par Crédit Mutuel Alliance Fédérale en tant qu’entreprise à mission. Si la fondation agit dans un cadre distinct de l’activité commerciale du groupe, sa force tient cependant au fait qu’elle participe pleinement au projet mutualiste du groupe, notamment grâce au dividende sociétal.

Francis Charhon

Donc la fondation ne remplace pas le mécénat local de l’entreprise ?

Christophe Salmon

Non, au contraire, elle le complète. Le mécénat local reste indispensable pour les associations de proximité, le mécénat régional garde tout son sens pour les initiatives territoriales, et la fondation intervient lorsque les projets nécessitent davantage de coordination, de moyens ou de durée.

Cette création a demandé un vrai travail de maturation. Nous avons pris près de deux ans pour réfléchir au projet avec les différentes entités du groupe : quelle devait être la place de la fondation ? Comment allait-elle s’articuler avec le mécénat existant ? Quelles causes voulions-nous soutenir ? Comment éviter de disperser nos moyens ? Ce temps de réflexion était indispensable pour que la fondation naisse avec un projet clair et partagé.

 

Une frontière claire entre l’entreprise et la fondation

 

Francis Charhon

Il y a aussi un point important : Crédit Mutuel Alliance Fédérale est une entreprise à mission mais une fondation relève d’un autre registre. Comment distinguez-vous les deux ?

Christophe Salmon

Cette distinction est essentielle. L’entreprise reste dans son rôle : elle exerce une activité économique, elle emploie, elle finance, elle développe une stratégie dans un environnement concurrentiel. Elle a aussi pris des engagements sociaux et environnementaux forts à travers son statut d’entreprise à mission.

La fondation, elle, relève du champ non lucratif et de l’intérêt général. Elle agit dans le cadre du mécénat. Une fois que les moyens lui sont affectés, elle agit selon ses propres règles, ses propres exigences et sa responsabilité vis-à-vis des associations et des projets soutenus.

Francis Charhon

Il ne faut donc pas confondre action économique et action philanthropique.

Christophe Salmon

Oui, il existe une séparation claire entre l’activité économique du groupe et l’action philanthropique de la fondation, qui relève du mécénat et de l’intérêt général et est donc désintéressée. Mais cette distinction ne signifie pas une absence de lien. La fondation s’inscrit pleinement dans le projet porté par Crédit Mutuel Alliance Fédérale comme entreprise à mission. Elle contribue, avec ses moyens propres et selon ses règles propres, à mettre en œuvre les engagements sociaux et environnementaux du groupe. Le fait qu’elle soit financée par le dividende sociétal lui donne à la fois des moyens d’action considérables et une responsabilité particulière. C’est sans doute cet ancrage au cœur de la stratégie de l’entreprise qui fait aujourd’hui la singularité et la force de notre modèle.

Francis Charhon

Cette capacité d’action a été fortement renforcée par l’affectation d’un dividende sociétal.

Christophe Salmon

Oui. Le dividende sociétal représente 15 % du résultat net du groupe qui, chaque année, est affecté au financement de la transformation environnementale et solidaire. C’est un choix très fort du groupe. Il permet notamment de donner à la fondation des moyens très importants. En 2026, le budget affecté à la fondation sera de 65 millions d’euros. Cela change évidemment l’échelle de notre action, mais cela augmente aussi notre responsabilité. Quand on dispose de tels moyens, il faut être encore plus exigeant sur la manière dont on agit.

 

Le choix d’une fondation abritée

 

Francis Charhon

Vous avez choisi d’être une fondation abritée à la Fondation de France. Pourquoi ce choix plutôt qu’un fonds de dotation, une fondation d’entreprise ou une fondation reconnue d’utilité publique ?

Christophe Salmon

Nous avons étudié toutes les options. À l’époque, beaucoup nous recommandaient de créer un fonds de dotation, parce que c’était souple et très utilisé. Mais cela ne correspondait pas à notre projet. Nous ne voulions pas être réduits à une simple enveloppe de financement. Nous ne voulions pas non plus créer une fondation d’entreprise classique, car nous sommes un groupe composé de milliers d’entités. Il nous fallait un cadre capable de donner de la cohérence, de la sécurité et de l’exigence à l’ensemble.

La Fondation de France nous a beaucoup accompagnés pendant la période de préparation. Elle nous a aidés à structurer le projet, à clarifier notre positionnement, à définir nos axes d’action. Nous n’étions pas des experts du mécénat au départ. Avoir à nos côtés une institution comme la Fondation de France nous a permis d’avancer avec méthode, d’éviter certains écueils et de nous inscrire dans un écosystème plus large, notamment collaborer avec d’autres fondations. Cela nous oblige aussi à réfléchir à notre juste place : avec les moyens dont nous disposons, notre responsabilité n’est pas de faire ce que d’autres peuvent faire, mais d’agir là où nous pouvons réellement apporter quelque chose. Aujourd’hui encore, cet accompagnement est précieux.

 

Des axes clairs : environnement et solidarité

 

Francis Charhon

Quels sont aujourd’hui vos grands axes d’intervention ?

Christophe Salmon

Nous avons deux grands axes : l’environnement et la solidarité.

  • Sur l’environnement, nous travaillons sur la préservation de la biodiversité, la transition du monde rural et agricole, et le lien entre environnement et santé.
  • Sur la solidarité, nous intervenons sur la précarité alimentaire, le logement, l’aide aux populations réfugiées, le handicap, l’émancipation par la culture, ainsi que les jeunes et leur pouvoir d’agir.

L’idée n’est pas d’être partout. L’efficacité suppose de choisir des priorités. C’est aussi ce que nous a permis le travail préparatoire mené avec les entités du groupe : définir une charte de mécénat, clarifier nos priorités et expliquer pourquoi nous agissons sur ces causes.

Francis Charhon

Je voudrais revenir sur la transition agricole. C’est un sujet important aujourd’hui où les transmissions d’exploitations sont nombreuses.

Christophe Salmon

Nous voulons accompagner les agriculteurs et les territoires ruraux dans cette transition. Cela peut passer par l’installation de nouveaux agriculteurs, l’évolution des pratiques agricoles, le développement de l’agroforesterie ou le soutien à des modèles plus durables. Nous le faisons sans jamais opposer les modèles. Notre rôle est d’être aux côtés de ceux qui veulent évoluer, expérimenter, transformer leurs pratiques ou s’installer avec une ambition nouvelle. Ce sont des projets qui demandent du temps. On ne transforme pas une exploitation ou un territoire en quelques mois.

 

Accompagner dans la durée et renforcer les associations

 

Francis Charhon

C’est un point important : beaucoup de projets ne peuvent pas être soutenus uniquement à court terme.

Christophe Salmon

Nous avons fait assez tôt le choix de nous engager dans la durée. Nous faisons peu de soutiens ponctuels. Nous préférons construire une relation qui permette au projet de grandir et d’aller au bout de son ambition. Mais financer un projet ne suffit pas toujours. Il faut aussi se préoccuper de la solidité de l’association qui le porte. Il y a aujourd’hui un vrai enjeu de robustesse des associations : leur gouvernance, leurs compétences, leur sécurité juridique, leur organisation, leur capacité à durer.

Francis Charhon

Vous avez donc développé de l’accompagnement extra-financier.

Christophe Salmon

Oui. Nous avons par exemple mis en place un dispositif de soutien juridique, avec des journées de conseil mises à disposition des associations. Le succès est très fort, parce que le besoin est réel. Nous proposons aussi des formations à la carte pour les dirigeants associatifs que nous accompagnons. L’objectif est d’aider les associations à se structurer, à consolider leur action, à sécuriser leur développement. La responsabilité d’un mécène, ce n’est pas seulement de financer une action ; c’est aussi de veiller à ce que l’association puisse tenir dans le temps. Au fil des ans, nous avons fédéré à nos côtés une vraie communauté d’action comme en ont témoigné nos 4èmes Assises de la fondation que nous venons d’organiser autour du thème « Transformer les savoirs en action ». Ces assises qui ont réuni plus de 200 dirigeants et acteurs associatifs ont illustré l’ampleur prise aujourd’hui par cette communauté d’associations que nous accompagnons dans la durée.

Francis Charhon

Vous soutenez aussi des têtes de réseau.

Christophe Salmon

Soutenir les têtes de réseau, c’est renforcer l’écosystème. Elles produisent de la connaissance, structurent les pratiques, portent du plaidoyer, donnent de la visibilité aux associations et au mécénat. C’est une manière d’agir au-delà d’un projet particulier.

 

Mobiliser les collaborateurs et les savoir-faire du groupe

 

Francis Charhon

La fondation ne mobilise pas seulement de l’argent. Elle entraîne aussi les collaborateurs et les métiers du groupe.

Christophe Salmon

C’était une volonté dès le départ. La fondation devait être un véhicule d’engagement. Nous avons donc développé, en lien avec la Direction des ressources humaines,  plusieurs formes d’implication : le bénévolat, le mentorat, le mécénat de compétences, notamment en fin de carrière avec une plateforme interne appelée « SolidR ». Cette plateforme permet aux collaborateurs qui veulent s’engager, mais ne savent pas toujours comment faire, d’être mis en relation avec des associations. Sur les 80 000 collaborateurs du groupe, plus de 8 800 sont déjà inscrits sur cette plateforme, lancée en octobre dernier, et plus de 2 500 ont déjà réalisé une mission auprès d’une association.

Francis Charhon

Vous mobilisez aussi les filiales.

Christophe Salmon

Oui et c’est très concret. Certaines filiales peuvent répondre à des besoins que le financement seul ne résout pas. Notre filiale informatique, par exemple, vient de donner un parc important de 7000 ordinateurs à des associations, notamment dans un contexte où certaines sont fragilisées par les évolutions techniques et la migration vers Windows 11 qui rend obsolètes les anciens ordinateurs. Nous travaillons aussi avec Emmaüs Connect sur la lutte contre l’illectronisme. Les personnes formées peuvent repartir avec l’ordinateur utilisé pendant la formation, ce qui leur permet de mettre immédiatement en pratique ce qu’elles ont appris. Autre exemple : Homiris, notre filiale de sécurisation, sécurise gratuitement des locaux ou des dépôts, notamment pour les Restos du Cœur ou les Banques alimentaires. C’est une manière très concrète de mettre les savoir-faire du groupe au service de l’intérêt général.

Francis Charhon

C’est ce que vous appelez les « optimistes actifs ».

Christophe Salmon

Oui, nous aimons bien cette expression d’optimisme actif même si elle est peut-être réductrice. Certains nous disent qu’ils sont pessimistes, mais qu’ils veulent quand même agir. Cela me va très bien. L’essentiel, c’est cette envie d’agir.

 

Les territoires comme espace naturel d’action

 

Francis Charhon

La dimension territoriale semble également fondamentale. Le Crédit Mutuel est présent partout en France.

Christophe Salmon

Oui, le territoire est au cœur de notre identité. Nos collaborateurs connaissent les réalités locales, les associations, les besoins, les dynamiques existantes. C’est une force considérable. Nous avons encore beaucoup à faire sur le mécénat territorial, car nous avons d’abord été très mobilisés par la structuration de la fondation et par sa croissance. Mais c’est clairement un levier d’avenir. Notre rôle est aussi d’aider nos Fédérations régionales Crédit Mutuel et nos Banques régionales CIC qui le souhaitent à s’inscrire davantage dans ces dynamiques territoriales.

Francis Charhon

Le territoire permet de rendre la philanthropie concrète. On part d’un projet, on rassemble les acteurs, et chacun comprend ce qu’il peut apporter.

Christophe Salmon

Oui et cela peut être très efficace. Les projets territoriaux donnent du sens, créent de la coopération, redonnent de l’espoir. Ils permettent de réunir associations, entreprises, collectivités, fondations et citoyens autour d’actions concrètes visibles qui répondent à des besoins collectivement identifiés.

 

Une méthode proactive, au plus près des associations

 

Francis Charhon

Avec 65 millions d’euros de budget, vous devez recevoir énormément de sollicitations. Comment évitez-vous d’être submergés ?

Christophe Salmon

C’est un sujet quotidien. Le risque serait de devenir un simple guichet, puis très vite un front du refus. Nous essayons donc de rester dans une démarche proactive : aller nous-mêmes vers les associations, comprendre les projets, regarder ce qui existe, pousser des portes.

Nous faisons aussi un appel à projets par an, mais avec une mission particulière : fédérer les entités du groupe autour d’une cause commune et faire remonter des initiatives locales. Mais ce n’est pas notre mode principal de fonctionnement.

Francis Charhon 

Vous partez donc davantage du projet de l’association que d’inscrire celle-ci dans le cadre imposé de l’appel à projet.

Christophe Salmon

Oui. Nous essayons de demander aux associations : qu’est-ce que vous voulez faire ? Quel est votre idéal ? De quoi avez-vous besoin pour avancer ? Il y a parfois presque une forme de co-construction. Notre rôle n’est pas seulement de financer, mais d’être un partenaire exigeant et utile.

 

Une vision très moderne de la philanthropie.

 

Francis Charhon

Ce qui ressort de notre échange, c’est une vision très moderne de la philanthropie. Une fondation qui ne se limite pas à distribuer des chèques, mais qui accompagne, structure, mobilise et entraîne.

Christophe Salmon

C’est exactement ce que nous essayons de développer : un pouvoir d’entraînement. Nous avons des moyens importants donc une responsabilité importante. Mais l’enjeu est aussi de donner envie à d’autres d’agir : les collaborateurs, les filiales, les associations, les territoires, les partenaires. La fondation doit être un moteur de dynamique positive. Elle doit soutenir des projets, bien sûr, mais aussi renforcer les associations, créer des alliances, mobiliser des compétences et faire émerger des optimistes actifs partout où cela est possible.

Francis Charhon

Merci beaucoup. L’expérience de la Fondation Crédit Mutuel montre qu’une fondation peut devenir un outil puissant d’intérêt général lorsqu’elle conjugue l’exigence propre au mécénat avec la force d’entraînement d’une entreprise engagée. C’est une philanthropie structurée, territoriale, partenariale, et profondément tournée vers l’action.

 

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