[ON Y ÉTAIT] Mécènes Forum 2018 : vers un mécénat européen ?

France, Italie , …
[ON Y ÉTAIT] Mécènes Forum 2018 : vers un mécénat européen ?
Le 11 octobre dernier, le Mécènes Forum posait à nouveau ses valises au Collège de France pour une journée dédiée à la philanthropie. Tournée vers l’Europe, cette troisième édition a permis d’explorer de nouvelles pistes d’actions pour les acteurs de l’engagement, à travers de nombreux ateliers, conférences et plénières. Tout au long de la journée, les intervenants ont échangé afin de faire l’état des lieux des différentes pratiques de mécénat en Europe, afin de faire émerger des pistes d’action communes.


 

L’Europe des mécènes, de la confrontation des modèles à la création de synergies

 

Mettre en lumière les pratiques des voisins européens, tel était l’objectif de l’Admical avec cette nouvelle édition du Mécènes Forum, présentée comme une nouvelle étape dans l’histoire de l’évènement. Dans la matinée, Firoz Ladak et Joaquin Serra des Fondations Edmond de Rothschild ainsi que Natura Bissé ont évoqué le cas des fondations familiales dans la construction d’alliances à l’échelle locale et européenne. Moins d’une heure plus tard, Denis Metzger (BreakPoverty), Xavier Darcos (Institut de France), Niels Peder Nielsen (Novo Nordisk Foundation) et Benoît Derenne (Fondation pour les Générations Futures) discutaient disruption et innovations, en parcourant les différentes formes de “mécénalité” en place à l’échelle européenne. "Notre plus grande problématique est d'appréhender la mobilité constante des populations et la pluralité des enjeux. Pour y arriver, il faut penser complexe et avoir une stratégie commune", a notamment déclaré l’ancien ministre.

Dans l’après-midi, une table ronde de droit comparé a également permis de confronter les pratiques de mécénat de plusieurs pays en Europe. L’Italie, l’Allemagne et la France étaient chacune représentées pour présenter leurs caractéristiques propres, avec Tifenn André pour Admical, Michael Alberg-Seberich pour Beyond Philanthropy, et Maria Serena Porcari pour la Dynamo Academy. En matière fiscale, l’Allemagne présente l’un des systèmes les plus avantageux d’Europe, avec une déduction à 100 % des donations de toute nature, dans la limite de 20 % du chiffre d’affaires de l’entreprise bénéficiaire, contre par exemple 60 % de déductibilité des dons en France. Les pratiques s’alignent en matière de sponsoring : toutes les dépenses à ce titre sont déductibles. En Allemagne, traditionnellement, les ressources ne sont pas données dans une orientation stratégique, mais les pratiques évoluent vers un mécénat d’impact. Enfin l’Italie, qui est actuellement à une étape charnière de son évolution en matière de mécénat, annonce avoir introduit pour la première fois l’obligation d’un reporting non financier pour ses entreprises, équivalent de l’obligation française de reporting en matière de RSE, rattrapant ainsi son retard en la matière. Pour Maria Serena Porcari, cela ouvrira certainement la voie à la mesure d’impact.

 

Le défi migratoire, exemple d’une cause commune  

 

La notion de synergie était également abordée par le prisme de la cause commune, autre terreau fertile de collaborations entre les mécènes. “Nous avons consacré un point important à la cause des réfugiés, car le défi migratoire est un exemple d’un défi que l’on ne peut régler qu’à l’échelle européenne”, avait prévenu Sylvaine Parriaux, déléguée générale de l’Admical, avant l’évènement. Dont acte. Un atelier était dédié durant l’après-midi au sujet, pour répondre aux questions suivantes : quels sont les principaux enjeux de la crise migratoire, et comment les mécènes peuvent-ils répondre aux besoins des acteurs de terrain ? Les intervenants se sont concentrés pour cette table ronde sur deux “nouveaux visages” de l’immigration : les mineurs isolés et les femmes seules. À titre liminaire, François Héran, professeur au Collège de France, a rappelé que la problématique principale de ces politiques migratoires n’était pas la capacité d’accueil des pays, mais bien la capacité d’anticipation des responsables. Christophe Deltombe, avocat et président de La Cimade, a renchéri en dénonçant l’important décalage entre la réalité migratoire et le discours politique. Nicolas Truelle, de la Fondation Apprentis d’Auteuil, a quant à lui témoigné sur la situation délicate des mineurs isolés arrivant en France, dont la principale problématique est de prouver leur minorité (la loi française prévoyant qu’un mineur étranger dans le besoin tombe sous le régime de la protection de l’enfance et est pris en charge par le conseil départemental). Face à ces enjeux cruciaux, Nicolas Truelle a dénoncé un phénomène de “refusés guichet” : on refuse en premier lieu à certains jeunes de s’inscrire à la procédure de reconnaissance de minorité. Richard Matis, médecin gynécologue pour Gynécologie sans Frontières, a lancé l’alerte sur la situation des femmes dans les camps de réfugiés, victimes de violences, de mutilations et d’un cruel manque de soins. Il témoigne d’une dure réalité de terrain, et pour lui, si le soutien financier des mécènes est fondamental, le plus important est de se savoir soutenu moralement et médiatiquement par les mécènes qui peuvent user de leur influence auprès des pouvoirs publics pour favoriser le déblocage de certaines opérations.


 

Des pistes d’action pour les mécènes

 

C’était l’un des autres grands défis du Mécènes Forum 2018 : le passage à l’action. Après la prise de parole inspirante de Ameernah Gurib-Fakim, l’amphithéâtre Guillaume Budé a rassemblé les amateurs de culture. Animée par Marianne Eshet, déléguée générale de la Fondation SNCF, la séance était introduite par la présentation du plan d’action “La culture près de chez vous” de Bernard Latarjet, doté par le ministère de la Culture de 6,5 millions d’euros. Deux binômes, composés d’un représentant d’une association et d’un élu, ont ensuite présenté leurs actions pour la culture sur leur territoire. Peut-elle vraiment le transformer, et comment ? L’ensemble des intervenants s’est accordé autour de l’importance de la co-construction entre acteurs publics et privés. “Notre initiative fonctionne parce que les acteurs territoriaux se la sont appropriée”, a résumé Gisèle Magnan des Concerts de Poche. Autour d’une autre table ronde, Florence Javoy (Fondation Groupe RATP), Jérémy Lachal (Bibliothèques sans Frontières), Sandrine Soloveicick (Fondation Groupe France Télévisions) et Isabelle Delaplace (Fondation d’entreprise FDJ) ont évoqué la question du numérique. À retenir ? Si la “maîtrise des outils numériques est un levier d’inclusion sociale et professionnelle”, dixit Isabelle Delaplace, ils deviennent également facteur d’exclusion s’ils ne sont pas maîtrisés. Les différents intervenants ont donc présenté leurs éléments de réponses par l’action, comme le projet “Voyageurs du numérique” de Bibliothèques sans Frontières.


 

 








 

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