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Par Chroniques philanthropiques - Publié le 7 novembre 2019 - 16:06 - Mise à jour le 12 décembre 2019 - 11:35
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La philanthropie en question

Pour la première fois depuis trente ans, la fiscalité du mécénat va se retrouver moins avantageuse pour des raisons de coupe budgétaire. Une économie de 80 millions qui paraît dérisoire face aux effets négatifs qu’elle aura sur les actions menées par les associations et fondations, mais aussi par l’État dans de nombreux secteurs de l’intérêt général. Au-delà de cette réduction de l’avantage fiscal, cette décision reflète une incompréhension par les décideurs du rôle de la philanthropie dans la vie démocratique. Trop souvent, le secteur de la philanthropie est considéré comme vivant sur une niche fiscale. Pourtant, aucun des donateurs ne s’enrichit par le don et les collectes de fonds alimentent des actions reconnues d’intérêt général.

La philanthropie en question

Nous sommes à un tournant pour le secteur. Il faut se poser la question de savoir pourquoi son action dans l’espace public n’est pas suffisamment reconnue alors qu’il a été un secteur d’innovations majeures mal connues permettant d’importantes avancées – soit structurelles par l’obtention de nouvelles législations, soit sectorielles. Par exemple : aider des groupes de personnes à améliorer leur cadre de vie, répondre aux besoins des personnes âgées, des jeunes, des enfants ou des personnes en situation de handicap, défendre la cause environnementale... Il reste toutefois un important travail à mener pour lutter contre le désespoir de nombreuses catégories de la population qui fait face à un avenir incertain. 

     

La philanthropie ciment du lien social et garant de la lutte contre le changement climatiques et les inégalités qu’il engendre 

 

Les évolutions de la société fragilisent la cohésion sociale. Le mécénat des particuliers ou des entreprises ne remplacera pas les actions structurantes que doit engager l’État, mais il a un rôle essentiel dans la bataille pour la préservation du lien social et pour la création de solutions, de la prévention à la réparation. 

     

Pour se faire mieux reconnaître et reconnaître, le secteur de la philanthropie doit rapidement donner un sens plus fort à son action, prendre de la hauteur sur ses missions et en permanence adapter son fonctionnement. 

 

Deux thèmes peuvent fonder une vision stratégique ambitieuse : lutter contre le délitement du lien social et les inégalités, comme nous l’avons dit ; mais aussi préserver l’environnement en prenant en compte l’impact sur les plus défavorisés. Ces deux thèmes sont et seront de plus en plus étroitement liés. S’inscrire dans cette perspective permet de répondre aux préoccupations de tous les acteurs (publics et privés) et de mieux faire comprendre le sens et l’importance de l’engagement des associations et fondations. La cohésion sociale est un enjeu majeur pour les années à venir. Des millions d’hommes et de femmes se battent chaque jour pour faire reculer la haine de l’autre, le rejet des différences et redonner le goût de vivre ensemble. Il faut les aider et engager résolument et sans naïveté ce combat .

 

Repenser les modes d’intervention du secteur de l’intérêt général

 

Avoir de bons objectifs ne suffit pas, il est nécessaire de sans cesse de s’adapter à un monde qui change, d’innover par des méthodes d’interventions imaginatives, par une digitalisation rapide, par la mise en place de cadres d’intervention plus souples... Pour cela, les organisations devront surmonter des obstacles :  montée des contraintes administratives, faible capacité des conseils d’administrations à assumer des prises de risques sur des nouveaux champs d’intervention, absence de financements pour la recherche et le développement, manque de fonds pour innover... Le recours systématique aux appels à projets limite les expériences et le soutien aux projets sortant du cadre, là où pourraient se trouver des pépites. 

La transparence est aussi beaucoup questionnée, les fondations sont soumises à de nombreux contrôles, les associations ont créé des organes de labellisation alors que certaines organisations comme les fonds de dotations évoluent dans un espace sans contraintes.  Les établissements publics collectant des fonds privés n’ont pas de comptes isolés transparents faisant apparaître les fraisde collecte. Comment sont contrôlées les mises à disposition de salarié faisant l’objet d’une déduction fiscale ? Comment sont évaluées les contreparties ? Ces questions doivent être posées pour être clarifiées afin que la transparence ne devienne pas un prétexte pour réduire les marge d’action des organisations faisant appel à la générosité du public.

     

     

Le secteur non-lucratif confronté aux nouveaux modèles d’action : plaidoirie de la coconstruction

 

Il faut aussi prendre en compte l’arrivée d’acteurs économiques de l’ESS (économie sociale et solidaire) et la montée en puissance de l’entrepreneuriat social. Ces acteurs utilisent des plateformes collaboratives, notamment pour la recherche de financement et s’engagent dans de l’investissement à impact social. Il faut aussi considérer  les entreprises qui proposent de plus en plus d’actions tournées vers l’intérêt général notamment à travers la RSE. 

Cela pose une question : les nouvelles formes d’actions doivent-elles être lucratives et s’engager dans un modèle d’entreprises ou doivent-elles rester une activité non lucrative?  Il faut bien définir et clarifier ce qu‘est la philanthropie avant de diluer le concept dans les modes de financements les plus divers. Ces questions interrogent donc le modèle actuel de recherche de ressources des associations et fondations. 

 

Aucun système n’est exclusif, il faut au contraire les amplifier et concilier l’intervention de tous ces acteurs. Des politiques ambitieuses d’alliances sont nécessaires entre associations, fondations, collectivités locales et entreprises pour assurer un effet d’échelle. Il sera aussi nécessaire que l’État prenne plus en considération ce secteur comme un acteur majeur dans la préservation du lien social et de la cohésion entre les populations les plus diverses. Ceci pourrait ouvrir l’ère d’un nouveau contrat social au bénéfice de tous. Cette ambition nationale doit aussi s’articuler avec les actions philanthropiques des pays de l’Union Européenne qui font face aux mêmes enjeux.

 

Beaucoup de ces thèmes méritent réflexions et débats. Ce blog à l’ambition de permettre à des points de vue différents –parfois opposés– de s’exprimer afin de contribuer à enrichir un débat qui permettra de faire exister et croître une philanthropie moderne et reconnue par tous.

 

Francis Charhon 

 

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