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Par Carenews PRO - Publié le 18 janvier 2013 - 11:43 - Mise à jour le 11 février 2015 - 13:14
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Un soldat au service du bien: Haji Aziz, démineur en Afghanistan

Aujourd'hui, Carenews dresse le portrait d'un héros inconnu: Haji Aziz est démineur en Afghanistan. Rencontré à Kaboul par notre journaliste, il se livre ouvertement sur sa vie passée au sein d'organisations de déminage sur le lointain théâtre des opérations afghanes. Un soldat au service du bien, c'est notre histoire du vendredi.

Un soldat au service du bien: Haji Aziz, démineur en Afghanistan

« Pour un démineur, le première erreur est aussi la dernière. Il n’y a pas de seconde chance. » Ainsi parle Haji Aziz, employé par le Centre Afghan de Coordination contre les Mines (MACCA), en fixant le bleu électrique si caractéristique du ciel de Perse. Depuis plus de vingt ans, il est démineur, dans l’un des pays les plus dangereux de la planète. Il nous raconte son histoire. « Tout a commencé en 1992, durant les premiers jours de la guerre civile en Afghanistan. Je vivais à Kaboul, et alors qu’une terrible bataille ravageait la ville, la maison familiale a été brûlée. J’ai dû fuir dans ma région d’origine, à Jajai Aryab, dans la province de Paktya, près de la frontière pakistanaise. » L’homme s’arrête un instant. Ses yeux se plissent, alors qu’il plonge dans ses souvenirs. Sans emploi à cette époque, il suit les conseils de son oncle qui lui recommande de se rendre à Peshawar, au Pakistan, où il suit des cours d’informatique et d’anglais. Étudiant sérieux, malgré de bons résultats, il sent que son destin est inexorablement attiré au-delà de son écran d’ordinateur, vers quelque chose de plus utile pour son pays. De plus dangereux, aussi. A cette époque, l’ONG « Afghan Technical Consultants », basée à Peshawar, lance l’ « Opération Salaam », une grande campagne de déminage en Afghanistan. Après des décennies de guerres et d’invasions, la situation est critique, et des dizaines de milliers de mines continuent de décimer les populations civiles. « J’ai alors demandé à l’un de mes cousins de me présenter à cette ONG, nous raconte Aziz. Les choses se sont mises à bouger très vite. Après une formation d’un mois, j’étais envoyé à Kaboul, pour ma première opération de déminage. » Kaboul, 1993. La guerre civile a presque complètement détruit la ville. Les ruines encore fumantes de l’ancienne capitale des rois sont en proie aux massacres, aux tortures et à la destruction systématique des ethnies ennemies. Haji Aziz commence son travail dans ce véritable enfer sur terre. Il est envoyé à Zindan, dans la province de Kaboul. « Le premier jour, je ne me sentais pas très confortable, nous dit-il. Heureusement, j’étais encore un débutant, et tous les débutants doivent commencer à travailler en binôme avec un démineur plus expérimenté. » « Après 17 jours de travail, alors que j’apprenais toujours la technique de l’excavation des mines, j’ai vu mon premier incident. C’était une mine russe, et l’un des mes collègues a été sérieusement blessé. » Généralement, après un tel incident, les démineurs ont droit à une journée de repos. Pour Aziz, ce fut une journée de doute. « J’avais peur, mais je devais continuer. La zone sur laquelle nous travaillions était le seul chemin reliant deux villages. Alors, après la journée de repos, je suis retourné sur le champ de mines. » Quelques jours plus tard, Haji Aziz découvre sa première mine. Alors qu’il prend mille précautions afin de la dégager du sable gris caractéristique de la vallée, il découvre une vingtaine d’autres mines alignées. Selon les procédures fraîchement apprises, il contrôle l’explosion. À son grand soulagement, tout se passe sans encombre. Et c’est ainsi qu’Haji Aziz devint un démineur. 1995, Jalalabad. Aziz fait partie d’une mission stratégique: nettoyer la zone de Sheikh Misri de façon à permettre aux afghans réfugiés au Pakistan de repasser la frontière afin de rentrer chez eux, pour la première fois depuis plus de cinq ans. “C’est là que j’ai été blessé”, raconte-t-il, presque en murmurant. “J’étais en train de dégager une mine, dans une pente, et soudain la mine est sortie de son trou et a roulé vers un fossé. Sans réfléchir, je me suis jeté au sol. La mine a explosé. J’ai été touché à la tête et au bras. Heureusement sans gravité.” Aziz fut finalement secouru par l’un de ses collègues. “J’ai eu la chance que d’autres n’ont pas eu” nous dit-il, presque en s’excusant. Un an plus tard, toujours dans la même zone, à Gardez. Deux equipes de démineurs travaillent côte à côte. Aziz fait partie de la première. Soudain, il entend une explosion. “J’étais en train de dégager une mine lorsque l’explosion s’est produite. Un long silence s’en est suivi. Nous savions tous que la deuxième équipe avait été touchée. Ce jour-là, nous avons perdu un collègue. Ce collègue était aussi un ami." A ce point de son récit, Aziz s’arrête de parler. Parfois un silence vaut mille mots. “Après cet incident, reprend-il, j’ai décide d’arrêter. Je suis retourné chez moi, à Paktya, pour retrouver mon père. Cela a duré quelques temps. Puis un jour, mon père m’a demandé d’aller acheter de la farine. J’ai réalisé que je n’avais pas assez d’argent pour cela. Alors j’ai fait mes bagages, et je suis retourné au travail.” 1997, Kandahar. Aziz s’apprête à vivre l’une des expériences les plus intenses de sa vie. La ville du sud du pays est alors la place forte du nouveau régime Taliban. Aziz est appelé en urgence près de l’aéroport. Un enfant d’une dizaine d’années est prisonnier d’un champ de mines. Il est blessé. Pour ne rien arranger, une tempête de sable se déchaîne sur la région. « Lorsque je suis arrivé, je n’ai d’abord rien vu, tout était obscur, plein de poussière. J’ai commencé à crier, et j’ai alors vu un visage jeune émerger du néant. C’était l’enfant. » Avec d’infinies précautions, Aziz marche vers le jeune garçon. La situation est pire que prévue. La jambe de l’enfant est arrachée, et il perd beaucoup de sang. Après lui avoir prodigué les premiers soins et tenté de stopper l’hémorragie, Aziz prend l’enfant sur ses épaules. Il connaît la façon dont les mines sont généralement placées, et devine un chemin dans le sable brûlant. Il parvient finalement aux tas de pierres marquant la limite du champ de mines, et file à l’hôpital. Grâce à ses efforts, l’enfant est sauvé. « C’était le pire, mais aussi le meilleur moment de ma vie de démineur. » Pour la première fois depuis le début de l’entretien, Haji Aziz sourit. Pendant des années, Aziz continua son métier avec courage et détermination, nettoyant des milliers de mètres carrés piégés, enlevant même deux autres enfants au piège mortel des mines anti-personnel. Par ses actions il a permis à des milliers de personnes d’êtres sauvées, et, dans un pays majoritairement rural, à des familles entières de continuer leurs activités agricoles. Aziz prend sa retraite opérationnelle en 2003. Il est alors promu chef d’équipe, superviseur de zone puis chef des opérations pour le nord du pays. Son discours pour le futur de son pays est porteur d’espoir : « En 2013, près de 80% des zones contaminées seront traitées. C’est un immense succès… Mais que d’efforts déployés en 20 ans ! Quand je me retourne et que je regarde le passé, je suis fier du chemin parcouru. » Ajoute-t-il. Cette fois, il sourit franchement. Puis soudain, ses yeux se voilent. « Mais il reste encore tant à faire. Chaque mois, près de 40 personnes meurent à cause des mines. C’est 40 de trop. Nous devons continuer nos efforts. » Avec le retrait des troupes de la coalition internationale (ISAF) en 2014, le futur de l’Afghanistan est incertain. Nouvelle guerre civile, retour des Talibans, ou bien une paix fragile mais durable ? « La démocratie… J’espère… » Conclut Haji Aziz, tout scrutant l’horizon, sans doute vers ce terrain auquel il a dédié sa vie de démineur.

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