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Par Carenews PRO - Publié le 11 mars 2015 - 09:39 - Mise à jour le 17 mars 2015 - 13:13
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[D'AILLEURS] Une fondation culturelle active depuis dix ans au Bénin

Marie-Cécile Zinsou, fille de l'économiste Lionel Zinsou et petite-nièce de l'ancien président du Bénin, Émile-Derlin Zinsou, possède la double nationalité française et béninoise. Elle a seulement 31 ans et a pourtant créé, il y a dix ans déjà, la Fondation Zinsou, qui se consacre aux arts et à la culture en Afrique subsaharienne. Quand cette fondation n'était encore qu'un projet, Marie-Cécile Zinsou a dû faire face à des critiques contestant l'utilité d'une fondation dédiée à la culture en Afrique, aujourd'hui. Elle n'a pourtant pas renoncé et peut aujourd'hui se réjouir de l'ampleur et du succès des actions qui ont vu le jour. Interrogée sur son engagement, elle livre ses convictions, ses satisfactions, ses ambitions et son analyse de la situation du secteur culturel en Afrique.

[D'AILLEURS] Une fondation culturelle active depuis dix ans au Bénin

L'idée de la création d'une fondation culturelle est venue à Marie-Cécile Zinsou en 2003, après avoir promis à ses élèves en histoire de l'art de les emmener au musée. Elle avait alors réalisé, après coup, qu'aucune structure dédiée aux artistes contemporains n'existait au Bénin. Au même moment, elle a fait la rencontre de Germain Viatte, directeur du projet muséologique du Musée du Quai Branly, qui lui a fortement conseillé de créer son propre espace d'exposition.

C'est quand elle a commencé à parler de son projet autour d'elle que Marie-Cécile Zinsou s'est confrontée aux premières tentatives de découragement, pourtant « bien intentionnées » : « Pourquoi ouvrir une fondation culturelle dans un pays pauvre ? L’Afrique a-t-elle vraiment comme priorité de se consacrer à la création contemporaine ? Entre la guerre, la famine et le sida, les Africains n’ont vraiment pas besoin de culture… ». Elle raconte qu'on lui a même soutenu que « si c’était une bonne idée, cela existerait déjà ! »

Depuis sa création, la fondation a mené de nombreuses activités et permis à plusieurs initiatives d'aboutir. En 2005, un espace gratuit d'exposition, respectant les normes muséales internationales, a été ouvert à Ouidah, dans la Villa Avajon, un exemple remarquable d'architecture afro-brésilienne. Marie-Cécile Zinson explique le choix de ce lieu : « Symboliquement, ouvrir un musée d’art contemporain dans cette ville nous a semblé très fort. Ouidah était l’endroit de départ de centaines de milliers, voire de millions d’esclaves. C’est donc une ville dont l’histoire nous touche universellement ».

Depuis, 24 expositions ont été présentée dans ce lieu, qui a reçu de nombreux prêts : 64 œuvres de l'artiste Jean-Michel Basquiat en 2007, mais aussi les Regalia (emblèmes royaux) dahoméennes (c'est-à-dire relatives à l'ancien État du Dahomey, devenu aujourd'hui le Bénin) conservées dans les collections nationales françaises.

Des expositions itinérantes ont également été créées, elles circulent dans des villes du Bénin, mais aussi de Belgique, des États-Unis ou même dans le métro parisien. Un projet photographique de Jean-Dominique Burton, intitulé Les Chasseurs Nagô du royaume de Bantè et comprenant 115 photographies couleur a ainsi été exposé dans les stations Madeleine et Pyramides lors de Paris Photo en 2011.

Mais la fondation Zinsou ne se contente pas de créer des expositions et des musées. Elle a également ouvert six bibliothèques, qui sont situées dans des quartiers populaires, à proximité d'écoles, et qui ont reçu plus de 115 000 lecteurs en 2014. Environ 3 000 ouvrages, des livres audio et des tablettes y sont stockés et accessibles à tous.

L'équipe de la fondation affirme sa volonté de mener « des actions très concrètes, adaptées à notre public », constitué à 80% de jeunes de moins de 18 ans. L'aspect pédagogique fait donc évidemment partie des priorités de Marie-Cécile Zinsou et de ses collaborateurs, qui ont notamment entrepris de faire paraître des livres et conçu des publications pour le jeune public. La fondation entretient également des relations de partenariat avec 364 écoles et elle s'est vu offrir un bus, grâce à la générosité de ses mécènes, qui leur permet d'aller chercher gratuitement les enfants dans tout Cotonou.

À l'heure du bilan provisoire de l'activité de la fondation, dix ans après sa création, Marie-Cécile Zinsou résume en trois points marquants ce qu'elle retient de cette décennie d'engagement. Le premier concerne l'efficacité et les succès de cette collaboration. La jeune femme s'étonne toujours aujourd'hui de la rapidité avec laquelle les actions sont conçues et menées, permettant par exemple la conception et la réalisation de nouveaux lieux en à peine quatre mois. Selon elle, c'est peut-être précisément parce qu'il s'agit du continent africain qu'une telle dynamique opère : « tout va beaucoup plus vite ici. Je ne suis pas certaine que nous aurions réussi à mener autant d'actions sur un autre continent », affirme-t-elle.

Le deuxième élément qu'elle retient est le rôle que jouent la dimension collaborative et l'investissement personnel de chacun des membres de l'équipe dans le succès de la fondation : « Quand je parle de la Fondation, je dis toujours « nous » car il ne s’agit bien évidemment pas d’une initiative individuelle, mais d’un véritable engagement. Celui d’une famille qui porte et finance le projet, celui d’une équipe de soixante personnes qui relève au quotidien des défis inattendus », tient-elle à souligner.

Enfin, à l'issue de ces dix ans d'engagement, Marie-Cécile Zinsou peut fournir une analyse de la situation actuelle du secteur de la culture en Afrique. Elle explique se réjouir de la création de galeries et de musées dans des villes comme Rabat, Johannesburg, Dakar ou encore Lagos. Mais cela ne l'empêche pas de déplorer le désintérêt et l'inaction des États. Plusieurs axes de travail devrait être sérieusement explorés, selon elle : la situation des artistes, qui « ne sont pas du tout aidés », la conservation du patrimoine, ou encore la création de scènes nationales ou de lieux dédiés à l'art.

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